La France rassemblée pleure ses morts

La France a rendu vendredi un hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre, à Paris, lors d’une cérémonie organisée dans la cour de l’Hôtel des Invalides.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse La France a rendu vendredi un hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre, à Paris, lors d’une cérémonie organisée dans la cour de l’Hôtel des Invalides.

C’est une nation rassemblée comme jamais qui a honoré vendredi les 130 victimes des attentats du 13 novembre. Un pays qu’on avait rarement vu si uni autour de son drapeau, de son hymne national et de ses morts, mais aussi autour de sa jeunesse, de sa culture et de son art de vivre. Deux semaines exactement après les meurtriers attentats de Paris, le pays a rendu un hommage solennel, aux Invalides, à ces femmes et ces hommes qui « étaient la jeunesse de France », a dit le président François Hollande.

Toute la classe politique s’était rassemblée pour cette célébration laïque suivie dans tout le pays et retransmise par plusieurs télévisions étrangères. Deux mille proches et officiels serrés au coude à coude avaient pris place dans la cour des Invalides, où Jean-Luc Mélenchon côtoyait Marine Le Pen. Parmi eux, des membres de presque toutes les familles endeuillées, que les caméras ont eu la pudeur de ne pas montrer.

Fait inusité pour un hommage national aux Invalides, des voix féminines ont ouvert la cérémonie en entonnant Quand on a que l’amour, de Jacques Brel, et Perlimpinpin, de Barbara (« C’en est assez de vos violences »), avant la longue et monotone récitation du nom de chacune des 130 victimes suivi de son âge.

« Une horde d’assassins a tué 130 des nôtres et en a blessé des centaines au nom d’une cause folle et d’un Dieu trahi », a affirmé le président dans un discours sans pathos d’une sobriété exemplaire. « C’est parce qu’ils étaient la vie qu’ils ont été tués, c’est parce qu’ils étaient la France qu’ils ont été abattus », a-t-il poursuivi.

Sur un ton solennel, le président a répété que « la France mettra tout en oeuvre pour détruire l’armée des fanatiques qui ont commis ces crimes ». Mais elle le fera, précise-t-il, sans esprit de vengeance. « La liberté ne demande pas à être vengée, mais à être servie », dit-il. Car l’autre message du président, c’était que, malgré les menaces, la France demeurerait elle-même. « Qu’est-ce que la France ? Un art de vivre, une volonté farouche d’être ensemble, un attachement à la laïcité, une appartenance à la nation. […] Je vous l’affirme ici, nous ne changerons pas. »

Le tricolore à l’honneur

Pour l’occasion, l’Élysée avait appelé les Français à hisser le tricolore, un drapeau que les Français brandissaient avec une certaine discrétion depuis un certain temps, mais qui est partout depuis deux semaines. Comme La Marseillaise d’ailleurs, reprise dans toutes les cérémonies et tous les rassemblements, à la cathédrale Notre-Dame comme à l’opéra Bastille. Plusieurs se souviennent pourtant d’une époque où la candidate à la présidence Ségolène Royal avait créé tout un émoi chez les socialistes en entonnant l’hymne national à la fin d’une de ses assemblées.

Probablement parce que leur mode de vie a été attaqué, dès le soir des attentats, des milliers d’internautes ont spontanément senti le besoin de personnaliser leur compte avec le drapeau français. « Dès lors que les tueurs du djihad se sont attaqués à la France et à ses valeurs, la République se doit de les défendre en arborant ses couleurs », écrit l’hebdomadaire Marianne.

Déjà très présents dans la manifestation monstre du 11 janvier, depuis deux semaines, les drapeaux tricolores pullulent. À Montpellier, un marchand en a vendu 500 dans la seule journée de jeudi. Rue Saint-Fargeau, dans le 20e arrondissement parisien, même le bazar du coin qui n’en avait jamais vendu a mis des drapeaux en vitrine.

« Le retour en grâce des symboles nationaux est manifeste, écrit dans Le Figaro l’historien Pierre Nora. […] Tant mieux. On ne peut que se réjouir de voir ces symboles nationaux échapper à leur appropriation par la droite et l’extrême droite et revenir à la nation tout entière. » Mais l’historien se désole que cela ne survienne « que dans la catastrophe ».

Soudain, on se rappelle que La Marseillaise avait été interdite sous l’Empire, la Restauration et en territoire occupé pendant la dernière guerre. « Soyons patriotes ! » clame aujourd’hui sans hésitation l’éditorialiste de RTL Alba Ventura. Pour Philippe Guibert, ancien directeur du Service d’information du gouvernement, après l’attentat contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, « l’union nationale avait été deux fois rompue », écrit-il sur le site Slate.fr. Une première fois par les jeunes qui avaient chahuté La Marseillaise dans les établissements scolaires. Une seconde fois par le refus d’inviter Marine Le Pen à la manifestation du 11 janvier. Cette fois, l’union n’a pas été rompue.

Ce n’est certainement pas une coïncidence si cette semaine, à l’école Charles Baudelaire dans le 11e arrondissement de Paris, les élèves de deuxième année du primaire devaient apprendre le poème Liberté de Paul Éluard. « Sur mes cahiers d’écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J’écris ton nom », récitait avec entrain le petit Léo, sept ans. Le lendemain, sa maîtresse lui a proposé un texte sur Jeanne d’Arc.

« Après avoir enterré les morts, il nous reviendra de réparer les vivants », a conclu François Hollande aux Invalides.

Un autre suspect est arrêté à Bruxelles

Bruxelles — Les autorités belges ont annoncé vendredi l’arrestation à Bruxelles d’un suspect qui sera accusé de terrorisme.

Le bureau du procureur fédéral a précisé que l’homme a été épinglé jeudi dans la capitale. Son identité n’a pas été dévoilée et les autorités n’ont pas voulu fournir plus de détails.

Le bureau du procureur fédéral a toutefois fait savoir qu’un autre suspect, connu seulement sous le nom de Ali O., sera maintenu en détention pendant encore au moins un mois.

Ali O. a admis avoir brièvement agi comme chauffeur pour Salah Abdeslam après les attentats de Paris. Les forces de l’ordre traquent activement Abeslam, qui aurait confié à Ali O. que son frère était un des kamikazes de Paris et qu’il a tué des gens.

L’avocat de Ali O. a lancé aux journalistes que le simple fait d’avoir conduit Abdeslam pendant quelques kilomètres ne fait pas un terroriste de son client.

Enfin, les procureurs allemands tentent de déterminer si un homme qui se trouve actuellement derrière les verrous pourrait avoir vendu quatre des fusils d’assaut utilisés à Paris.
Associated Press