Hollande appelle à l’éradication du groupe EI

À peine remis du deuil qui a frappé la France, le président François Hollande a appelé lundi à constituer une grande coalition afin d’éradiquer le groupe armé État islamique (EI), d’où ont été commandés les attentats meurtriers qui ont fait 129 morts vendredi dernier à Paris. Dans une allocution solennelle exceptionnellement prononcée devant les élus de l’Assemblée nationale et du Sénat réunis à Versailles, le président a appelé à éliminer l’organisation terroriste. Mais il a aussi annoncé toute une série de mesures sécuritaires destinées à doter la France de tous les moyens d’un pays « en guerre ».

« Les actes commis vendredi soir à Paris et près du Stade de France sont des actes de guerre, a déclaré le président. […] Ils constituent une agression contre notre pays, contre ses valeurs, sa jeunesse, son mode de vie. Ils sont le fait d’une armée djihadiste qui nous combat parce que la France est un pays de liberté, parce que nous sommes la patrie des droits de l’homme. »

Face à une communauté internationale qu’il juge « divisée et incohérente », le président réclame une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Dans les prochains jours, il rencontrera Barak Obama et Vladimir Poutine afin d’unir toutes les forces contre le groupe EI. En clair, la France tourne la page de son combat contre le président syrien Bachar al-Assad pour concentrer toutes les énergies contre l’organisation terroriste et elle semble prête, pour la première fois, à s’allier à la Russie et à l’Iran.

« Il faut un rassemblement de tous ceux qui peuvent lutter contre Daech dans le cadre d’une grande et unique coalition », dit François Hollande. Pour le président, « il ne s’agit pas de contenir, mais de détruire Daech [acronyme du groupe EI en arabe][…]. La Syrie est devenue la plus grande fabrique de terroristes que le monde ait connue. »

Le politologue Dominique Moïsi voit dans ce discours un tournant. Il exprime « l’espoir d’une sorte de grande coalition avec la Russie et avec l’Iran », a-t-il déclaré sur BFMTV. Une coalition dont pourrait cependant être exclu le Canada, qui a confirmé qu’il suspendrait bientôt ses frappes en Syrie. Selon Moïsi, le califat est aujourd’hui au groupe EI ce qu’étaient les talibans afghans à al-Qaïda avant le 11 septembre 2001.

Sécurité renforcée

Tout au long de son discours, François Hollande n’a pas prononcé les mots « islamisme radical », ont noté les observateurs. Il a cependant précisé : « Nous ne sommes pas engagés dans une guerre de civilisations, car ces assassins n’en représentent aucune. »

Dans ce discours, qui est probablement le plus important de son mandat, il dit vouloir doter la France des moyens d’un pays « en guerre ». Il propose un amendement constitutionnel permettant d’adopter un nouveau régime d’exception adapté à ce type de guerre. Il a aussi annoncé la prolongation de l’état d’urgence pendant trois mois, la création d’une Garde nationale et l’engagement de 8500 agents de police, de la Justice et des douanes. Quitte à accroître un déficit budgétaire pourtant déjà important, précise-t-il.

Fragile consensus

Tendant la main à l’opposition, le président a repris plusieurs propositions de la droite, comme la possibilité de déchoir de la nationalité française un terroriste binational même si celui-ci est né en France. Quant à la proposition de Nicolas Sarkozy d’assigner à résidence les 11 000 personnes soupçonnées de radicalisation qui sont fichées par les services de renseignement, elle sera soumise au Conseil constitutionnel. Mais elle a peu de chances de survivre, non seulement parce que ces individus n’ont rien fait d’illégal, mais parce qu’ils font souvent l’objet d’une surveillance permettant de remonter des filières.

Malgré des applaudissements polis et une Marseillaise bien sentie, ces concessions n’ont cependant pas suffi à rallier l’opposition. Contrairement aux journées qui avaient suivi les attentats de janvier dernier, l’état de grâce du président n’aura pas duré 48 heures. « Que de temps perdu », a déclaré François Fillon, qui avait déjà proposé, l’an dernier, la constitution d’une grande coalition contre le groupe EI. L’ancien premier ministre estime que la France devrait maintenir le contrôle de ses frontières tant qu’elle sera « en guerre ».

À droite, le député républicain Eric Ciotti, proche de Nicolas Sarkozy, voit dans ce discours « un aveu d’échec ». Même si l’idée est issue d’un rapport de l’ancien premier ministre de droite Édouard Balladur, « rien à ce stade ne semble justifier » une révision de la Constitution, a dit le président du groupe de députés Républicains, Christian Jacob. Sans l’appui de la droite, le projet, qui exige une majorité majorée, risque donc de demeurer lettre morte.

Même si le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a révélé que la police avait déjoué six projets d’attentats terroristes depuis le printemps, nombreux sont les Français qui estiment que les attentats du 7 et du 9 janvier n’ont pas été suivis des mesures nécessaires.

C’est notamment le cas de Marine Le Pen, qui a demandé « l’arrêt immédiat de tout accueil de migrants ». Selon elle, « la sécurité des Français rend cette prudence impérieuse ». La présidente du Front national s’appuie sur le fait qu’un des kamikazes du Stade de France, celui retrouvé à côté d’un faux passeport syrien, est entré en Europe le 3 octobre dernier par l’île de Leros, en Grèce.

Attention aux amalgames

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland, a aussitôt appelé à ne pas faire d’amalgame entre migrants et terroristes et à ne « pas accuser de terrorisme ceux qui le fuient ». Chez les Républicains, plusieurs élus sont partisans d’un moratoire en la matière.

Même si le député européen FN Louis Aliot a fustigé un « discours Canada Dry », Marine Le Pen a tout de même salué de « bonnes inflexions » sur « l’évolution de nos rapports diplomatiques avec la Russie », « la déchéance de nationalité » et « la reconstitution des effectifs de police ».

Sur un ton beaucoup plus consensuel, à midi lundi, dans les écoles, les gares, les places publiques et même des usines, la France s’est immobilisée pour une minute de silence. Fait marquant, presque partout, on a chanté La Marseillaise. Place de la République, qui est devenue depuis trois jours un lieu de recueillement, la « minute » en a duré au moins dix. Le consensus aura néanmoins été de courte durée.


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6 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 17 novembre 2015 00 h 30

    Beau discours M.Hollande

    Les mesurs suggérés par M.Sarkozy, et Mme Lepen me semble plus que nécessaire vu les circonstances. Et bravo à l'évolution des choses pour enfin tendre la main à l'Iran et à la Russie pour nous débarasser de l'ÉI.

  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2015 00 h 38

    Des éléments tres jeunes et anarchistes

    Mais je crois que c'est plus facile a dire qu'a faire car ce sont souvent des factions et des groupes quasi anarchistent, qui se déplacent facilement et sont passé maitre dans le chantage et la déstabilisation et qui se réfèrent aux anciennes valeurs des guerres de religions appelé le jhad, une vision d'une autre époque et envahient par des éléments jeunes,qui puisent dans les anciennes religions leur motivations

  • Marc Leclair - Inscrit 17 novembre 2015 01 h 17

    moi, je suis pour la paix.

    Moi je suis pour l'éradication des grossiers préjugés et de tout ceux qui les véhiculent.

  • Yves Corbeil - Inscrit 17 novembre 2015 11 h 02

    Le mal qu'ils ont crée partout...

    Ne se retrouve pas dans un pays. Non, il se retrouve partout sur la planète. Les gens qu'ils s'acharnent à éradiquer et démocratiser se retrouve partout dans tous les pays, nos concitoyens, nos collèges, nos voisins et cela tu ne peux pas le combattre avec des soldats et des fusils comme dans les autres guerres qu'ils ont fait dans le passé face à face avec des habits de camouflages.

    Le jour ou ils reconnaitront leurs erreurs, ils pourront peut-être commencer à les réparés en attendant ils achètent du temps avec de plus en plus de massacre de population ce qui ne fait que jeter encore plus d'huile sur le feu de la haine mondialisé.

    Bravo les champions, vous avez crée un beau bordel à ciel ouvert.

    Est-ce qu'il y a un comique économique plus brillant que tous ceux qu'on nous a proposé depuis la nuit des temps qui a la solution car sur cette planète on ne sait plus comment pensé autrement qu'en ces termes économiques de cette bande de comiques qui sont de moins en moins drôles.

    Moi aussi je suis pour la paix...si ça peut encore se faire dans le contexte ou nous sommes embourbé.

  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2015 13 h 42

    ils ont les défauts de leur qualités

    Attention si les francais se déchainent ils ont la réputation d'être de tres bon soldats et tres durs, en affaire, surtout qu'ils connaissent bien les populations concernés, a leur place j'aurais peur, surtout qu'ils ne sont pas a la veille d'oublier, les derniers événements, s'Ils prennent le leadership avec les russes et les américains, avec l'appuie de leur population, ce sera a surveiller, les francais ont les défauts de leur qualités