Paris compte ses morts

Paris s’est levé samedi matin avec la gueule de bois. Au lendemain de l’attentat terroriste le plus meurtrier de son histoire, la Ville lumière avait des allures de ville morte. Les rues étaient désertes, les marchés fermés et de nombreux commerces ont préféré ne pas ouvrir leurs portes. Les Français ont pour l’essentiel suivi le conseil que lui avait donné le président François Hollande qui a proclamé l’État d’urgence sur tout le territoire, ils sont restés chez eux.

Pourtant, dans les 10e et le 11e arrondissement, des familles se sont rendues par petits groupes déposer des fleurs ou allumer des lampions devant les six lieux où les terroristes ont frappé simultanément faisant, selon le dernier bilan 129 morts et 352 blessés, dont 99 dans un « état d’urgence absolue ».

«On a passé un cap»

« On a déposé des fleurs, car il fallait bien faire quelque chose et fournir une explication aux enfants », dit Frédéric. Ce réalisateur de télévision de 40 ans est venu avec ses deux enfants de six et quatre ans se recueillir devant le café La Belle Équipe, rue de Charonne, où les terroristes avaient fait 19 morts la veille. Sa fille de six ans suit des cours de guitare juste en face. Vendredi soir, il y avait d’ailleurs une réunion avec les enfants.

« On aurait pu être là, dit Frédéric. Les victimes, ça aurait pu être nous. On vient d’ailleurs souvent manger dans ce café. » Selon lui, cet attentat aveugle est sans précédent. En France, dit-il « le terrorisme vient de passer à un cap supérieur ».

Sur les grandes avenues désertées, quelques familles marchaient d’un lieu à l’autre, s’arrêtant qui devant le restaurant Le Petit Cambodge où sont tombées 15 personnes, qui devant la rue de la Fontaine-au-roi où cinq clients sont morts sur la terrasse, qui devant la salle de spectacle Le Bataclan où ont été assassinées au moins 89 personnes. Un bilan qui sera certainement revu à la hausse.

La violoniste Irène Martin s’est faufilée entre les caméras des chaînes de télévision du monde entier pour y déposer une fleur. Si elle avait été moins fatiguée la veille, elle aurait assisté au spectacle qu’y donnaient hier les rockers californiens de Eagles of Death Metal. Plusieurs de ses amis y étaient.

Ophélie, 26 ans, a aussi déposé une fleur devant Le Petit Cambodge où elle a mangé avec son conjoint, Hubert, pas plus tard que jeudi dernier. Le soir du drame, elle fêtait dans un pub à deux pas. « Dès qu’on a entendu la fusillade, on s’est réfugiés dans l’épicerie à côté », dit-elle. Avec elle, il y avait une personne blessée à la jambe. « On ne va tout de même pas plier devant la terreur et s’empêcher de sortir », dit-elle, convaincue que les terroristes n’ont pas choisi ces cibles à la légère.

Des lieux de perversion?

De nombreux analystes voient dans ce choix, stade sportif, cafés, restaurants et salles de spectacle, une façon de s’attaquer au mode de vie des Français et des Françaises. Bref à ce que les islamistes considèrent comme des lieux de perversion. Les environs du Bataclan fourmillent de cafés branchés, de petites salles de spectacle et de restaurants à la mode. Les terrasses y sont nombreuses et très fréquentées par la jeunesse, surtout le vendredi soir lorsque la température est clémente comme elle l’était vendredi.

Sur les sites des attentats, il n’en fallait pas beaucoup pour que la foule engage des discussions parfois animées. « Les musulmans ne sont pas des terroristes, mais le terrorisme aujourd’hui est musulman. Il faut le reconnaître et cesser de se fermer les yeux », disait Yves, un professeur de collège dans la soixantaine qui étudie l’hébreu et l’arabe.

Encore sous le choc, dimanche, toute la France cherchait une façon de manifester sa solidarité. À l’hôpital La Pitié-Salpètrière, des centaines de personnes se sont présentées pour donner de leur sang. Il fallait attendre quatre heures pour atteindre le bout de la queue.

Malgré l’interdiction, à Montpellier, 2500 personnes se sont rassemblées sur la place de la Comédie, au centre-ville devant cinq drapeaux français en berne. À peine commencée, une manifestation a été dispersé sur la place de la République à Paris. Les rassemblements étant interdits jusqu’à lundi, des milliers de personnes ont décidé d’allumer une bougie à leur fenêtre. La Tout Eiffel, elle, a été éteinte en hommage aux victimes.

3 commentaires
  • Francine Ouellette - Abonnée 14 novembre 2015 15 h 33

    dénoncer ou ?

    Quand verrons-nous dans la rue ou dans les medias la protestation et l'indignation des musulmanes et musulmans dits ordinaires ou modérés, qui passent pour complices tacites tant leur retenue, leur discrétion est ambiguë? Nous avons grand besoin de les entendre haut et fort et de les voir en grand nombre, en très grand nombre.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 14 novembre 2015 22 h 43

      Oui en effet, qu'attendent-ils?

    • Hélène Gervais - Abonnée 15 novembre 2015 07 h 41

      On ne les voit pas malheureusement ces musulmans ordinaires. On ne voit et on entend parler que des revendicateurs, des extrémistes, c'est bien dommage. La religion catholique a fait des affrosités durant des siècles et des siècles, maintenant c'est au tour d'une autre religion. C'est triste à dire, mais la religion ne fait de bien à personne quelle qu'elle soit.