Paris foudroyée par la barbarie

Les terroristes ont frappé dans sept lieux des quartiers branchés de Paris. Des scènes d’horreur comme celle-ci, près du café La Belle Équipe, se sont multipliées dans les 10e et 11e arrondissements.
Photo: Jacques Brinon Associated Press Les terroristes ont frappé dans sept lieux des quartiers branchés de Paris. Des scènes d’horreur comme celle-ci, près du café La Belle Équipe, se sont multipliées dans les 10e et 11e arrondissements.

Dix mois à peine après l’attaque meurtrière contre Charlie Hebdo, la France vient de connaître les attentats les plus meurtriers de son histoire avec au moins 120 morts et plus de 200 blessés, dont 80 graves. La France est en guerre, ont répété en choeur tous les responsables politiques.

Des kamikazes, une première en France, se sont fait sauter au Stade de France, faisant au moins quatre morts, dont trois terroristes. Simultanément, des rafales de balles ont fait 15 morts devant Le Petit Cambodge, un restaurant branché situé juste en face de l’hôpital Saint-Louis. Les clients du Carillon, un bar situé à proximité, ont aussi été visés. D’autres tirs ont aussi fait des morts pas très loin sur la rue de Charonne et de la rue de la Fontaine au roi.

Mais c’est au Bataclan, une salle de 1500 places très fréquentée, notamment par les artistes québécois, que le véritable carnage s’est produit. Deux hommes armés de kalachnikov ont pénétré dans la salle alors que le spectacle mettant en scène un groupe de rock californien, Eagles of Death Metal, avait commencé depuis une demi-heure. Au début, les spectateurs croyaient que les détonations faisaient partie du spectacle. Mais ils ont vite déchanté. Les tirs ont duré de longues minutes, faisant plus de 75 morts.

C’est finalement la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) qui a donné l’assaut après minuit. Les quatre terroristes portaient des ceintures d’explosifs ; trois d’entre eux se sont donné la mort, tandis que le quatrième a été touché par la police avant d’exploser en tombant. Ils avaient lancé l’assaut en cherchant vengeance pour la Syrie et en hurlant « Allah akbar ». Les survivants ont décrit un véritable carnage et raconté comment ils ont dû fuir en marchant sur des corps. Une soixantaine de blessés ont été évacués dans les hôpitaux de Paris. D’autres ont été soignés sur place, rue Richard-Lenoir.

Des attaques ont donc eu lieu simultanément à Paris dans sept lieux différents, et huit terroristes ont été abattus. Jusqu’aux petites heures du matin, les sirènes des ambulances et des voitures de police ont résonné dans la capitale.

Un pays en guerre

« Face à la terreur, la France doit être forte, elle doit être grande, a déclaré le président François Hollande. Nous devons aussi appeler chacun à la responsabilité. Ce que les terroristes veulent, c’est nous faire peur, nous saisir d’effroi. Mais il y a face à l’effroi une nation qui sait se défendre. » Devant Le Bataclan, venu constater l’horreur, le président a ajouté : « Je tenais à être là pour mesurer cette tragédie, cette abomination que des barbares ont commise ici, sur plusieurs lieux de la capitale. Avec la volonté de tuer, de tuer le plus possible. […] Nous allons mener le combat. Il sera impitoyable. »

Le président a déclaré l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire, une première depuis la guerre d’Algérie. Lors des émeutes de 2005, l’état d’urgence avait aussi été décrété, mais sur le seul territoire où se déroulaient les émeutes. Les écoles, les universités et les salles de spectacle seront fermées samedi et les rassemblements et manifestations, interdits. Des perquisitions pourront être menées en Île-de-France. Un total de 1500 soldats supplémentaires investiront Paris alors même que des centaines de militaires montent déjà la garde depuis des mois devant la plupart des édifices importants de la capitale, les gares et les synagogues. Jamais, en temps de paix, les forces de l’ordre françaises n’ont été dans un tel état d’alerte.

François Hollande a aussi décidé de contrôler les frontières. Ces attentats n’ont pourtant pas surpris les autorités, qui ne cessaient de répéter depuis des semaines que les islamistes préparaient un attentat important. Au début de la semaine, les policiers avaient arrêté un terroriste à Toulon qui était sur le point de commettre un attentat contre la marine française. C’est en effet de Toulon qu’est récemment parti le porte-avions Charles-de-Gaulle, que la France vient de déployer en Syrie.

À deux semaines de la Conférence de Paris (COP21), où l’on attend près de 25 000 personnes, dont une centaine de chefs d’État et de gouvernement, la sécurité est à son maximum en France. Un conseil de défense se tiendra à l’Élysée samedi matin. Le président français a annulé sa participation au G20, dimanche et lundi en Turquie. Le Parti socialiste, les Républicains et le Front national ont aussi annoncé qu’ils suspendaient leur campagne pour les élections régionales qui se tiendront les 6 et 13 décembre prochains.

En fin de soirée d’apparence calme et de type printanier, à peine remis de leurs émotions, tous les Parisiens ont appelé leur fille, leur fils et leurs amis pour savoir s’ils étaient sains et saufs. Coïncidence, la plupart de ces attentats se sont déroulés à quelques centaines de mètres du lieu où les frères Kouachi avaient abattu les dessinateurs de Charlie Hebdo le 7 janvier dernier. « C’est horrible, c’est une guerre », a déclaré sur BFM-TV l’urgentiste Patrick Pelloux, un chroniqueur de Charlie Hebdo qui avait lui-même échappé au carnage en janvier dernier et qui a secouru les nouvelles victimes du terrorisme dans la nuit de vendredi à samedi.

Au moment d’écrire ces lignes, les attentats n’avaient pas été revendiqués, mais plusieurs observateurs les reliaient de près ou de loin au groupe armé État islamique. La police demandait aux Parisiens d’éviter de sortir puisqu’on ne savait pas si certains terroristes n’étaient pas toujours en cavale. Depuis des semaines, les responsables de la sécurité redoutaient un attentat impliquant des kamikazes comme il s’en produit régulièrement en Israël et dans les pays arabes. Ces attentats avaient jusqu’ici épargné la France.

Pour le politologue François Heisbourg, il s’agit d’« une opération d’une très grande complexité organisationnelle, puisqu’il y a sept lieux qui ont été ciblés de manière quasi simultanée. Et elle a été conduite par des gens avec une connaissance intime des quartiers dans lesquels ils ont évolué. » En d’autres mots, il s’agit du scénario cauchemar que redoutaient les services de sécurité. « Exactement tout ce qu’on craignait. Je suis surpris et atterré par la sophistication de l’ensemble », a déclaré François Heisbourg.

COP21 encore possible?

Les attentats meurtriers de Paris surviennent à deux semaines du sommet sur le climat (COP21) prévu dans la capitale française, au parc des expositions Paris–Le Bourget. Ce sommet, qui doit permettre à 195 États de signer un important accord de lutte contre les changements climatiques, doit normalement se tenir du 30 novembre au 11 décembre. Vendredi soir, dans la foulée de la commotion suscitée par les attaques terroristes de Paris, certains se sont questionnés sur la possibilité de tenir une telle rencontre de la communauté internationale à la fin du mois. Rien n’a été annoncé vendredi en lien avec la tenue du sommet de Paris sur le climat, un événement prévu depuis longtemps. Pas moins de 80 chefs d’État et de gouvernement sont attendus dans la capitale, mais aussi des dizaines de ministres et de négociateurs. Des milliers d’autres participants doivent aussi participer au sommet, dont des groupes environnementaux et de la société civile, mais aussi des représentants politiques. Alexandre Shields
12 commentaires
  • Stéphane Laporte - Abonné 14 novembre 2015 00 h 53

    Ici maintenant

    C’est un nouveau 11 septembre.
    L’Européen.
    Et maintenant nous n’aurons plus peur de prendre l’avion,
    mais bien d’aller au spectacle ou voir un match sportif ou même
    aller prendre un verre pour refaire le monde.

  • Yves Côté - Abonné 14 novembre 2015 02 h 46

    Oui, la France est dorénavant en état de guerre

    On vient d'apprende que les attaquants du Bathaclan y sont arrivés en criant "Nous allons venger nos frères tués en Syrie".
    Alors oui, la France, pays phare du monde en matière de liberté des Hommes, est dorénavant bel et bien en guerre.
    Malgré elle, mais en résultat à des siècles d'une exploitation clanique, obcène en complicité des dirigeants de nos gouvernements, de nos multinationales et de leurs dirigeants, des richesses de pays où les populations sont tenues dans la misère et l'ignorance.
    S'il faut par tous les moyens possibles rayer de la Terre le groupe DAESH et ses semblables, la nécessité commande que nos modes de vie quotidiens inclus dorénavant l'obligation pour nos gouvernements de dépenser des sommes considérables pour diffuser partout une éducation scientifique véritable aux enfants et de mettre en place des contraintes incontournables pour les entreprises de ne travailler qu'avec et dans les pays qui se préoccupent du partage réel de leurs richesses dans leurs populations.
    Si nous nous contentons de l'usage de la force et des armes pour rétablir la paix, encore une fois la déclaration "Plus jamais ça !" montrera sa fragilité dans les faits.
    Parce que la paix ne sera encore une fois que temporaire.
    Voir, fugace...

    Merci de m'avoir lu.

    • Daniel Bérubé - Abonné 15 novembre 2015 01 h 21

      Très belle vision, pour ne pas dire "revision"...

      Merçi !

  • Cyr Guillaume - Inscrit 14 novembre 2015 03 h 03

    Une révision de la politique de multiculturaliste

    Une révision de la politique d'immigration et du multicultiralisme tel que véhiculé en France me semble plus que nécessaire. Voilà pourquoi chaque État doit bien prendre en compte ses besoins, et choisir les individus qu'il laisse entrer sur son territoire en fonction de ceux-ci. Allah ackbar, je crois que ça dit tout ici. C'est politique et religieux, et non pas « de la folie » comme voudrait nous le faire croire les médias.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 14 novembre 2015 04 h 03

    Je suis Paris

    L'Atlantique et la distance qui nous sépare n'atténue en rien la peine et le chagrin qui nous affecte autant que la France elle-même; il n'y a pas de mots pour qualifier de tels actes immondes.

    France, nous sommes de tout coeur avec toi et partageons ta douleur, bon courage à vous tous.

  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 14 novembre 2015 04 h 08

    A quel agenda bénificient ces attentats?

    C'est la question-réponse.