600 000 arrivées prévues cet hiver en Europe

Un nouveau drame migratoire en mer Égée a coûté la vie à deux enfants jeudi, entraînant une mobilisation sur l’île de Lesbos « pour que cessent les noyades » entre la Turquie et la Grèce, une zone qui va rester sous haute tension avec 600 000 nouvelles arrivées attendues d’ici février.

La Commission européenne a pour sa part estimé jeudi dans ses prévisions économiques que trois millions de migrants devraient arriver d’ici à 2017 en Europe, avec « un impact faible mais positif » sur la croissance.

Dans l’immédiat, c’est le bilan humain qui s’est encore alourdi : une fillette et un garçon se sont noyés dans la nuit après le naufrage, près des côtes de l’île de Kos, d’un canot parti de Turquie. Le mauvais temps dans la zone y a provoqué la mort de quelque 90 migrants, principalement des enfants, depuis la semaine dernière.

La dépouille de la fillette a été retrouvée, tandis que les recherches se poursuivaient pour retrouver le corps du garçon, âgé de six ans. Figurant parmi les 14 rescapés de ce naufrage, son père a raconté qu’il avait tenté de le sauver, en vain, de la noyade et avait abandonné sa dépouille pour aider d’autres passagers.

Un crime

« Un crime est commis en Égée, qui doit être arrêté », a réagi le premier ministre grec, Alexis Tsipras, qui effectuait avec le président du Parlement européen, Martin Schulz, une visite sur l’île de Lesbos, plus au nord, devenue la principale porte d’entrée des exilés en Europe.

Le premier ministre a appelé l’Union européenne à « immédiatement arriver à un accord avec la Turquie pour arrêter les flux, en frappant les passeurs ». Il a aussi réitéré sa demande que l’enregistrement et la sélection des réfugiés éligibles à l’accueil dans l’UE soit organisé en Turquie même « pour que personne ne risque sa vie en Égée ».

« L’Égée est remplie de cadavres de migrants, Européens assassins des peuples », accusait une banderole tendue sur la mairie de l’île par un groupe de manifestants.

D’autres militants, vêtus de gilets de sauvetage orange devenus symbole de l’exode et de ses périls, ont aussi exigé qu’un accès sécurisé en Europe soit offert aux migrants lors d’une manifestation dans le camp d’enregistrement et de sélection (dit « hotspot ») de Moria où MM. Tsipras et Schulz se sont rendus.

« Ouvrez la barrière, que cessent les noyades », exhortaient leurs panneaux, relayant les appels qui se multiplient en Grèce pour l’ouverture d’un passage à la frontière terrestre gréco-turque, où une barrière a été érigée en 2012. M. Tsipras a exclu un tel geste au nom d’une « gestion responsable » des flux.

L’ampleur de ceux-ci a été révisée à la hausse par le Haut-commissariat aux Réfugiés de l’ONU (HCR), qui a prévu l’arrivée en Europe de 600 000 personnes supplémentaires ces quatre prochains mois par la Turquie.

Pire

De quoi faire redouter de nouvelles tragédies : « Pour ceux qui continuent d’arriver en Europe, les conditions hivernales froides et humides ne vont qu’exacerber les conditions déjà dures, et pourraient conduire à de nouveaux décès si des mesures ne sont pas prises de toute urgence », a mis en garde le HCR.

Au total, plus de 752 000 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe cette année et 3440 sont morts ou portés disparus lors de la traversée de la Méditerranée, selon le HCR. Plus de 608 000 sont arrivés en Grèce, et quelque 140 200 en Italie.

Pour tenter de limiter les traversées de la Méditerranée, l’UE va essayer d’obtenir des pays africains un effort supplémentaire de contrôle des flux lors du sommet de La Valette prévu à Malte les 11 et 12 novembre.

Quant à l’impact économique de l’afflux de migrants, Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques, a relevé jeudi qu’il devrait « augmenter le Produit Intérieur Brut (PIB) de 0,2 à 0,3 % d’ici 2017 » dans l’UE.

Cette évaluation « vient combattre un certain nombre d’idées reçues », a poursuivi M. Moscovici lors d’une conférence de presse, alors que les 28 membres de l’UE peinent à s’entendre sur le partage de la prise en charge de ces arrivants.

L’Allemagne a indiqué avoir enregistré au mois d’octobre 181 166 demandeurs d’asile, un nouveau record portant le total depuis le début de l’année à 758 473.

Le cimetière de Lesbos est plein

À Lesbos, la mairie de Mytilène est recouverte depuis mardi de rideaux noirs en hommage aux réfugiés morts noyés sur la côte grecque, mais le deuil ne laisse pas le temps aux autorités locales de respirer. Déjà un nouveau problème se pose : où va-t-on pouvoir inhumer ces réfugiés ?

« Nous espérons que les autorités vont vite trouver une solution et que les corps qui se trouvent actuellement dans un conteneur réfrigéré près de l’hôpital vont pouvoir vite être enterrés », souligne Effi Latsoudi.

À la morgue de l’hôpital de Mytilène, Thodoris Noussios, médecin légiste, court dans tous les sens. « Nous avons encore reçu ce matin cinq corps, dont ceux de deux enfants. Il faut que cette tragédie s’arrête », soupire-t-il. 55 corps répartis entre la morgue et un conteneur réfrigéré de 12 mètres, situé à l’extérieur de l’hôpital, attendent actuellement d’être inhumés. 

Au cimetière Aghio Panteleimona, qui surplombe Mytilène, les tombes des réfugiés sont souvent marquées de la mention « inconnu » et de la date du décès. Quelque 80 tombes ont été creusées jusqu’à présent dans ce recoin des personnes non identifiées.


À voir en vidéo