La Croatie: une nouvelle route vers l’Europe occidentale

Tovarnik — Un premier groupe de migrants est entré mercredi depuis la Serbie en Croatie, qui s’est dite prête à faciliter leur transit, ouvrant une nouvelle route vers l’Europe occidentale après le verrouillage des frontières hongroises.

Au même moment, en Turquie, des centaines de Syriens cherchaient une porte d’entrée terrestre vers la Grèce, pour rejoindre l’intarissable flux de migrants dont 500 000 sont déjà arrivés en Europe occidentale cette année dans l’espoir d’une vie meilleure, après de longs et périlleux voyages sur les routes ou dans des embarcations de fortune.

Principal pays de transit en Europe centrale avec plus de 200 000 passages depuis janvier, la Hongrie s’est barricadée mardi derrière une clôture de barbelés, poussant les migrants à chercher d’autres voies d’entrée dans l’Union européenne.

La police de Tovarnik, dans l’est de la Croatie, a ainsi indiqué que 181 migrants étaient arrivés en matinée. Le premier ministre croate Zoran Milanovic a assuré mercredi devant le Parlement que la Croatie était prête à «les diriger vers les destinations où ils souhaitent se rendre, l’Allemagne et la Scandinavie». «Ces gens sont ici (...) mais ne veulent pas venir en Croatie, ou en Hongrie et je ne comprends pas où est le problème de les laisser passer», a dit-il, tandis que la présidente croate Kolinda Grabar annonçait la convocation du Conseil de sécurité nationale sur la crise migratoire.

En matinée, des journalistes de l’AFP ont vu un groupe de 30 à 40 personnes – majoritairement des Syriens et Afghans avec des enfants – passer la frontière à Tovarnik, depuis la ville serbe de Sid.

«La Hongrie a fermé sa frontière, c’est pourquoi nous sommes venus en Croatie, pas le choix», a expliqué Waqar, un Pakistanais de 26 ans. Les migrants ont été interpellés par la police croate peu après avoir franchi la «frontière verte» — à travers les champs où, côté croate, quelques zones n’ont toujours pas été déminées depuis le conflit avec la Serbie (1991-95) — puis conduits à Tovarnik pour y être enregistrés et, éventuellement, soignés.  

Peur d’être bloquée en Croatie

M. Milanovic a critiqué comme étant «nuisible et dangereuse» la politique de Budapest. «La construction de murs n’arrêtera personne et envoie un message horrible», a-t-il insisté. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a abondé, estimant mercredi qu’un règlement du conflit en Syrie constituait la seule solution pour endiguer le flot des réfugiés syriens, car «la solution au problème des réfugiés ne peut être (..) de mettre des barbelés à la frontière».

Selon la police, seulement 367 migrants ont pénétré illégalement en Hongrie mardi. Ils ont tous été arrêtés et encourent jusqu’à cinq ans de prison.

Le poste-frontière de Horgos, principal point de passage à la frontière serbo-hongroise, était toujours fermé mercredi matin. Environ 200 migrants ont passé la nuit sur place, certains à même le sol, selon un journaliste de l’AFP. «J’espère que les Hongrois vont ouvrir la frontière. J’ai peur d’être bloquée en Croatie. Je veux me rendre en Europe de l’Ouest. Je ne veux pas rester en Croatie ou en Slovénie, car je ne connais pas ces pays», dit Racha, 26 ans, professeur d’anglais à Damas qui voyage avec sa fillette de cinq ans.

Depuis la Turquie aussi, les réfugiés, essentiellement syriens, ont décidé de chercher d’autre voie que la mer – si meurtrière – pour rejoindre l’Europe. Des centaines ont pris d’assaut mardi la gare routière d’Istanbul avec l’espoir de gagner Edirne (nord-ouest) porte d’entrée terrestre vers la Grèce. Certains ont pris la route à pied, avec leurs enfants et sacs au dos, pour une marche de 250 km jusqu’à Erdine. Un millier étaient réunis mercredi dans cette ville, sous le contrôle des forces de l’ordre, dans l’espoir d’un éventuel passage en Grèce, a rapporté un photographe de l’AFP.

Nouveau sommet européen

La détermination des migrants met l’Europe à l’épreuve et Berlin semble à bout de patience face aux divergences au sein de l’UE. Mardi, la chancelière allemande Angela Merkel et son homologue autrichien Werner Faymann ont demandé la tenue rapide d’un sommet européen pour s’entendre sur une répartition contraignante de 120 000 réfugiés après l’échec la veille des ministres de l’Intérieur des 28.

La principale difficulté sera de convaincre les pays d’Europe de l’Est (Hongrie, République tchèque, Pologne, Slovaquie et Roumanie) réticents à accepter l’accueil massif de réfugiés. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, va mener des consultations.

Les ministres de l’Intérieur de l’UE doivent, eux, se retrouver le 22 septembre à Bruxelles pour une nouvelle réunion extraordinaire.

Débordée par l’afflux de dizaines de milliers de réfugiés – elle en attend jusqu’à un million en 2015 –, l’Allemagne avait annoncé dimanche le rétablissement des contrôles à la frontière, et a entraîné dans son sillage la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque.

L’Autriche a procédé mercredi à ses premiers contrôles frontaliers. Mercredi, l’Allemagne a renforcé ses contrôles à la frontière avec la France, dans le Land du Bade-Wurtemberg (sud-ouest), frontalier de l’Alsace.  


 

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