L’Allemagne est prête à accueillir plus de migrants

Des migrants ont été rejoints par les forces policières mardi après avoir quitté un centre d’accueil près de la frontière serbo-hongroise.
Photo: Attila Kisbenedek Agence France-Presse Des migrants ont été rejoints par les forces policières mardi après avoir quitté un centre d’accueil près de la frontière serbo-hongroise.

L’Europe parviendra-t-elle à s’entendre sur l’accueil et sur la répartition des migrants ? Déjà très en avance par rapport à ses partenaires, l’Allemagne a appelé mardi l’Europe à ouvrir encore plus ses portes aux réfugiés qui se pressent par dizaines de milliers aux frontières de l’Union européenne en un flot ininterrompu malgré les obstacles, à la veille de la présentation par la Commission européenne d’une proposition sur un système de quotas.

L’Allemagne reste la destination rêvée de la plupart des migrants, un choix qui devrait encore être conforté par les dernières déclarations de la chancelière allemande, Angela Merkel, et de son ministre de l’Économie, Sigmar Gabriel. « Nous avons besoin au final d’un système ouvert de quotas pour la répartition obligatoire des personnes qui ont un droit à l’asile », a déclaré Mme Merkel, en jugeant que plafonner à l’avance nombre de migrants n’avait aucun sens.

Le président de la Commisson européenne, Jean-Claude Juncker, doit présenter mercredi devant le Parlement européen les détails de sa proposition, dont les grandes lignes sont déjà connues. Il va proposer aux États membres de l’UE d’accueillir via un système de quotas 120 000 migrants se trouvant actuellement en Italie, en Grèce et en Hongrie. Selon Mme Merkel, cette proposition n’est qu’un « premier pas », malgré les réticences de certains pays européens.

Concernant la seule Allemagne, « je pense que nous pouvons certainement gérer un chiffre de l’ordre du demi-million [de réfugiés par an] pendant plusieurs années […] peut-être même plus », a déclaré de son côté le vice-chancelier social-démocate, Sigmar Gabriel. Selon les derniers chiffres de l’ONU, plus de 380 000 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe par la Méditerranée depuis janvier et 2850 sont morts ou portés disparus.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a prédit que cet « exode », comme il l’a lui-même appelé, risquait de durer « des années ».

L’attente

À la frontière nord de la Grèce, qui permet à des milliers de migrants de passer chaque jour vers la Macédoine, la police a choisi d’identifier une personne par groupe parlant anglais, chargée de rassembler les papiers de tous ses camarades. Elle se voit affecter un numéro et quand ce numéro est appelé, c’est tout le groupe qui passe la frontière. Dans un flux continu, ils prennent ensuite le chemin de la Serbie, de la Hongrie et de l’Autriche d’où ils veulent rejoindre l’Allemagne.

Exaspérés d’avoir attendu en vain plusieurs heures à Roszke, dans le sud de la Hongrie et à proximité de la frontière serbe, des centaines de migrants ont forcé mardi des cordons policiers pour poursuivre leur route coûte que coûte. Ils se sont ensuite enfuis en courant à travers champs, certains portant des enfants, pour retrouver la voie ferrée qui devait les conduire plus au nord.

Plus loin, l’Autriche a renoncé à contrôler les trains à la frontière avec la Hongrie et des trains spéciaux relient désormais Vienne à Munich.

L’Allemagne, qui s’attend à 800 000 demandes d’asile juste cette année, a vu arriver environ 6000 personnes entre lundi et mardi matin, en plus des 20 000 du week-end. Accueillis sous les vivats de la population allemande, la situation des migrants n’y est pas toujours idyllique pour autant.

La bureaucratie

 

Après avoir pour beaucoup fui les horreurs de la guerre pour gagner la plus puissante économie européenne, ils se retrouvent plongés dans les méandres de la bureaucratie allemande, qui de son propre aveu est débordée.

Dans les centres d’accueil, l’atmosphère était mardi chaotique alors que les places dans les centres d’hébergement font défaut partout en Allemagne. Mais « il n’y a pas assez d’appartements à Berlin et les hôtels souvent ne veulent pas accepter les réfugiés », affirmait à Berlin Veron, un réfugié syrien de 30 ans. « Nous resterons dans la rue s’il le faut », assurait-il.

Malgré les difficultés, les signes de solidarité se multiplient un peu partout en Europe.

 

Les clubs de foot engagés dans l’Europa League vont ainsi donner un euro par billet vendu de leur première rencontre européenne. Les municipalités d’Espagne dirigées par le mouvement des indignés, notamment Barcelone, ont lancé un mouvement citoyen pour créer un réseau de « villes refuges européennes ».

Au Royaume-Uni, un débat a été organisé à la chambre des Communes à la demande de l’opposition travailliste qui estime que le pays pourrait faire mieux que l’accueil de 20 000 Syriens en cinq ans proposé par le gouvernement.

Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne, a appelé tous les membres de l’UE à agir « avec le même courage ». Face à l’ampleur du phénomène, Peter Sutherland, représentant spécial de l’ONU sur les migrations, a insisté sur la nécessité d’une « réponse globale » de la communauté internationale, dont l’Europe ne serait qu’un élément.

La France s’organise

Paris — La France, prête à ouvrir ses portes à 24 000 réfugiés en deux ans, s’organise pour ramener dès mercredi d’Allemagne un premier contingent de Syriens ou d’Irakiens, sur fond de controverse liée au souhait de deux maires de n’accueillir que des chrétiens.

Face à l’afflux d’exilés en Europe, le président François Hollande a annoncé lundi que la France était prête à accueillir 24 000 réfugiés au cours des deux prochaines années.

Par solidarité envers l’Allemagne, François Hollande a annoncé lundi être prêt à recevoir au plus vite jusqu’à un millier de Syriens, Irakiens ou Érythréens arrivés récemment chez son voisin.

L’Office de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), qui gère les demandes d’asile en France, a immédiatement dépêché une équipe « dans un centre d’accueil temporaire à Munich », a annoncé son directeur général, Pascal Brice. « L’objectif, c’est qu’une première centaine de personnes partent mardi soir pour être hébergées dans des centres en région parisienne, de façon temporaire », a-t-il précisé.

Deux cent exilés sont attendus mercredi en France, a confirmé la Croix Rouge française, qui va en prendre 93 en charge dans un bâtiment « proposé par les autorités » et situé à Champagne-sur-Seine, une petite ville de 6600 habitants au sud-est de Paris.


À voir en vidéo