Un «mur» technologique entre l’Ukraine et la Russie

Senkivka — Les clôtures métalliques barrent la campagne ukrainienne comme une longue balafre. Un large fossé antichar complète le tableau. Avec le « mur », l’Ukraine espère se protéger de son grand voisin, la Russie qu’on aperçoit à 200 mètres de là.
 

Depuis l’annexion en mars 2014 de la péninsule ukrainienne de Crimée par Moscou, les deux ex-républiques soviétiques « soeurs » sont devenues ennemies. Et Kiev, qui accuse Moscou de soutenir les séparatistes prorusses, a décidé l’an dernier de construire en trois ans un « mur » d’un coût de 250 millions de dollars pour renforcer les 1974 kilomètres de frontière poreuse qui séparent les deux pays.

Quelque 410 kilomètres de frontière ne sont plus sous le contrôle de Kiev mais sous celui des séparatistes depuis le début de la rébellion dans l’est de l’Ukraine en avril 2014 : cette partie de la frontière laisse passer armes, mercenaires et soldats russes, accuse Kiev et dément Moscou.

Pour lutter contre ce qu’elle considère être une invasion russe, l’Ukraine ne souhaite pas ériger un vrai rempart de béton comme le suggère l’appellation le « Mur », mais un système sophistiqué alliant des fortifications militaires et des moyens de surveillance électroniques modernes.

Il y aura à terme « des systèmes d’alarme et des systèmes pour détruire des équipements et des troupes ennemis », assure Olexandre Doudko, porte-parole des gardes frontières dans la région de Tcherniguiv qui fait visiter à des journalistes les installations, récemment construites près du petit poste-frontière de Senkivka, à 200 kilomètres au nord de Kiev. Pour l’instant, les travaux réalisés semblent modestes. Situé loin de la zone de conflit, Senkivka est désormais doté de quelques centaines de mètres de barrières métalliques hautes de 1,5 mètre.

L’ensemble du « mur » doit être construit d’ici à 2018, affirme cependant le chef des gardes frontières ukrainien Viktor Nazarenko.

« En trois ans, cette section de la frontière sera entièrement équipée et ni des groupes, ni des véhicules, ni des forces armées ne pourront la franchir illégalement », a-t-il promis.

En juin 2014, lorsque le conflit est devenu de plus en plus sanglant, le milliardaire ukrainien Igor Kolomoïski a suggéré de dépenser 100 millions de dollars pour ériger un mur de barbelés entre l’Ukraine et la Russie.