La créativité au coeur des échanges à Liège

Trois ans après le premier Forum mondial de la langue française tenu à Québec, s’ouvre ce lundi à Liège la seconde édition de ce grand rendez-vous de la société civile francophone. Plus de 1000 francophones venus de 90 pays se sont donné rendez-vous dans la métropole wallonne.

Étrangement, à l’entrée du magnifique Théâtre de Liège, les participants qui venaient à peine de débarquer étaient accueillis par une affiche géante proclamant « Liège Together » ! Parmi ces participants, on trouve une quarantaine de jeunes Québécois, artistes, militants associatifs et entrepreneurs, qui participeront aux 130 projets et à la centaine d’événements qui rythmeront la semaine.

Ce second forum se veut très différent du premier, explique l’ancien administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Liégeois Roger Dehaybe. « Après le premier sommet de Québec, qui avait dressé l’état des lieux de la Francophonie dans tous les domaines, culturel, économique et linguistique, il n’était pas possible de rééditer ce qui avait été fait. Il fallait faire autre chose. »

Des centaines de créateurs

Dès le départ, la région Wallonie-Bruxelles a voulu faire de la « créativité » le thème du forum. Il faut dire que la région Wallonie-Bruxelles parraine, depuis le sommet francophone de Bucarest, tenu en 2006, le Réseau francophone de l’innovation (Finnov). Liège accueille donc cette semaine des centaines de « créateurs » dans tous les domaines.

Au lieu de faire le bilan de la Francophonie, on discutera donc de projets très concrets, explique Roger Dehaybe. Cela va de l’impression en trois dimensions au Togo à la réalisation d’émissions de radio en français à Bucarest, en passant par la création de bibliothèques numériques au Sénégal et la formation à distance de jeunes médecins laotiens. « Même si l’innovation n’est pas nécessairement liée au français, c’est tout de même le français qui permet à tous ces créateurs de se parler et d’échanger », dit Dehaybe.

Tania Longpré, enseignante québécoise en francisation des immigrants, présentera au forum un exposé sur les facteurs qui favorisent l’intégration et l’apprentissage de la langue française par les immigrants. « Ce forum est une occasion extraordinaire de nouer des liens avec des francophones de partout dans le monde », dit-elle.

La ville de Liège veut en profiter pour faire valoir son dynamisme. Un dynamisme symbolisé par la magnifique gare de Liège-Guillemins, située au pied de la colline de Cointe. Cette gare futuriste, conçue par l’architecte espagnol Santiago Calatra Valls, est l’une des plus belles en Europe. Depuis 2009, elle est devenue l’image de marque d’une ville qui a longtemps souffert de la désindustrialisation qui frappe toujours la Wallonie.

Le cap nord

Contrairement au Canada, le français a historiquement été la langue dominante en Belgique. Avant 1930 et la création de la première université flamande, toutes les élites belges étaient formées en français, même si les Flamands étaient le groupe majoritaire. Malgré cela et même s’ils sont à proximité de la France et fêtent le 14 juillet, explique Roger Dehaybe, les Wallons vivent avec le sentiment d’être aux frontières de la Francophonie. « Liège représente le cap nord de la Francophonie en Europe, dit-il. Ici, nous sommes à 15 kilomètres des Pays-Bas et à 25 de l’Allemagne. Contrairement au Canada, la Belgique offre aussi l’exemple d’une fédération construite sur de véritables bases linguistiques. »

Plusieurs artistes québécois auront l’occasion de se produire durant le Forum, dont les chanteurs Antoine Corriveau, Salomé Leclerc, Monogrenade, Webster et le conteur Stéphane Guertin. Catherine Huard et Camille Brunet-Villeneuve, de la compagnie In Extremis, présenteront un récital de poésie et de chansons intitulé Retour au territoire.

Visiblement enthousiaste à l’aube de ce forum, Tania Longpré ne semblait pas bouder son plaisir. « De nombreux Québécois gagneraient à venir faire un tour à Liège, histoire de découvrir que le français n’a rien de ringard et qu’il est la deuxième grande langue internationale, dit-elle. Ça fait toujours du bien de se le rappeler et de se rendre compte qu’on n’est pas les seuls à parler le français dans le monde. »