La zone euro a le sort de la Grèce entre ses mains

Certains partenaires européens de la Grèce ont douché samedi les espoirs d’un accord rapide sur une aide financière au pays, doutant de sa volonté d’appliquer des réformes en échange d’un sauvetage financier et déplorant la confiance rompue avec Athènes.

« Il y a un gros problème de confiance », a lancé le patron de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, à son arrivée à une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles, cruciale pour le maintien ou non de la Grèce dans la monnaie unique.

« Est-ce qu’on peut faire confiance au gouvernement grec pour qu’il fasse ce qu’ils promettent dans les prochaines semaines, mois ou années », s’est interrogé M. Dijsselbloem.

Plusieurs pays, dans le camp des faucons vis-à-vis d’Athènes, emmenés par l’Allemagne, mettaient en doute ouvertement, en termes très durs, la sincérité du gouvernement de gauche radicale d’Alexis Tsipras.

Le grand argentier allemand, Wolfgang Schäuble, n’a pas hésité à prédire des négociations « extrêmement difficiles » avant l’ouverture de la réunion en milieu d’après-midi à Bruxelles.

« Plusieurs gouvernements, dont le mien, ont de sérieux doutes sur l’engagement du gouvernement grec et sur sa capacité à mettre en oeuvre » des réformes, a renchéri le secrétaire d’État aux Finances néerlandais, Eric Wiebes.

Même les colombes de l’Eurogroupe, favorables à Athènes, attendaient le ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos de pied ferme.

« Il faut des réformes mises en oeuvre rapidement [en Grèce], c’est la clé de tout [...] pour débloquer un programme, pour traiter la question de la dette », a souligné le Commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici.

Ton dur

Mais le ton très dur de plusieurs ministres à leur arrivée a laminé les espoirs suscités par les nouvelles propositions présentées vendredi par la Grèce à ses créanciers.

Ce programme, incluant une hausse de la TVA, des coupes dans les retraites et des privatisations, avait été accueilli plutôt favorablement par les créanciers, l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

Selon leurs calculs, si le troisième plan d’aide demandé par Athènes voit le jour, la Grèce pourrait recevoir entre 74 et 82 milliards d’euros sur trois ans, dont 16 milliards déjà prévus dans un programme du FMI devant expirer en mars 2016.

Mais cette aide massive ne pourrait se concrétiser qu’au prix de réformes difficiles et impopulaires, que le gouvernement grec devra mettre en oeuvre très vite malgré le non massif de ses électeurs dans le référendum du 5 juillet.

Les Grecs avaient alors rejeté, par 61 % des voix, des mesures d’austérité exigées par les créanciers, très semblables au dernier plan présenté par le gouvernement Tsipras et finalement voté dans la nuit de samedi par le Parlement à Athènes.

Six mois après l’arrivée au pouvoir du gouvernement dominé par la coalition de gauche radicale Syriza, les interminables négociations sur l’aide internationale à la Grèce ont usé la confiance entre Athènes et le reste des Européens.

Si les plus conciliants exhortent encore la Grèce, dont les caisses sont vides, à mettre en oeuvre de toute urgence son programme de réformes afin de pouvoir enclencher un nouveau cycle de négociations, d’autres n’hésitent pas à qualifier ce plan de très insuffisant.

Les propositions de réforme avancées par Athènes « sont loin d’être suffisantes », a ainsi jugé Wolfgang Schäuble. « Nous ne pouvons pas avoir confiance dans des promesses », a-t-il averti.

Les espoirs de règlement nés à la fin de l’année dernière « ont été réduits réduits à néant de manière incroyable », a encore lancé le ministre allemand.

Cette réunion à l’issue très incertaine doit en principe être suivie dimanche d’un sommet extraordinaire des 28 pays de l’Union européenne, avec pour objet, dans le meilleur des cas, de donner la première impulsion vers un accord, ou, si les blocages n’ont pu être surmontés, de trancher.

Avec, en toile le fond, le risque d’un « Grexit », une sortie de la Grèce de la zone euro redoutée comme un « scénario noir » par l’ensemble des dirigeants européens.

Population découragée

Dans les rues d’Athènes, samedi, Vassilis Papoutsoglou, 52 ans, faisait la queue pour retirer de l’argent à un distributeur, alors que les retraits sont plafonnés à 60 euros par jour depuis la semaine dernière et les banques fermées.

« Nous ne savons toujours pas ce qui va se passer. Peut-on s’attendre à du mieux, ou bien est-ce que ça sera l’Apocalypse ? », s’inquiétait-il.

« Quand je vais au supermarché, il n’y a pas beaucoup de nourriture, il n’y a même plus de lait pour mon bébé dans les pharmacies », confiait Marilena Mouzaki, 35 ans, en promenant son bébé de 11 mois.

Même si un accord était trouvé ce week-end, tout ne serait pas encore joué: au moins huit Parlements devront donner leur aval au plan d’aide, le Bundestag allemand devant même voter deux fois.

Feu vert

Le Parlement grec a donné son feu vert dans la nuit au gouvernement d’Alexis Tsipras pour négocier ce nouveau plan, mais plusieurs députés de la majorité ont voté contre.

Sept à huit mille personnes ont d’ailleurs manifesté vendredi soir à Athènes pour exprimer leur mécontentement contre ce qu’ils considèrent comme une trahison, alors que l’activité du pays est au ralenti depuis la fermeture des banques et l’instauration d’un contrôle des capitaux, le 29 juin.

La fermeture des banques grecques est prévue jusqu’à lundi, mais pourrait être prolongée, avec des aménagements.

1 commentaire
  • Maryse Veilleux - Abonnée 11 juillet 2015 17 h 32

    Ha oui!...

    ... la zone euro devrait peut-être se souvenir qu'elle est constituée de différents peuples, auparavant souverain. Elle pourrait réfléchir au fait que d'autres pays pourraient emboiter le pas à la Grèce et que ce serait la fin pour eux.