Une initiative québécoise qui essaime en France

Cette femme essaie un voile sur cette photo prise en France. Une manifestation est prévue ce vendredi à Paris pour la Journée sans voile.
Photo: Thomas Sanson Agence France-Presse Cette femme essaie un voile sur cette photo prise en France. Une manifestation est prévue ce vendredi à Paris pour la Journée sans voile.

L’initiative est partie du Québec l’an dernier, mais elle a surtout été reprise en France. La Journée sans voile, qui se déroule ce vendredi 10 juillet, sera couronnée cette année dans l’Hexagone par une manifestation à la place de la République à Paris. Ailleurs dans le monde, celles qui veulent se joindre au mouvement se contenteront de porter une marguerite dans leurs cheveux. Une marguerite au lieu du voile islamique évidemment.

Loin de prêcher l’interdiction du voile, les mouvements féministes qui soutiennent cette initiative s’insurgent d’abord et avant tout contre les pressions communautaristes qui forcent de plus en plus de femmes arabo-musulmanes à se couvrir sous peine de passer pour de « mauvaise musulmane », explique Michèle Vianès, présidente du collectif français Regards de femmes.

Récemment, dit-elle, une femme de culture musulmane s’est fait agresser à Bourg-en-Bresse parce qu’elle achetait de la viande qui n’était pas halal. « Dans les banlieues, des jeunes filles se font interpeller parce qu’elles ne portent pas le voile. Elles se font traiter de “ mauvaises musulmanes ”, de “ putes ” ou même cracher dessus. En leur imposant ce symbole patriarcal, on veut les enfermer dans un mode de vie réglé par la charia. Un mode de vie qui n’a d’ailleurs rien à voir avec les traditions ancestrales de l’Algérie ou de la Tunisie. »

Protéger les mineures

Nadia Benmissi a vu le voile proliférer jusqu’à devenir pratiquement la norme à Aubervilliers, en banlieue parisienne. Avec quelques amies, cette enseignante du collège Rosa-Luxemburg a fondé l’association des Femmes sans voile d’Aubervilliers pour défendre ces jeunes femmes qui subissent dorénavant les mêmes pressions qu’elle a subies 30 ans plus tôt en Algérie. « En Algérie dans ma jeunesse, ça a commencé ainsi : par des remarques désobligeantes, des insultes et des pressions de toutes sortes. Aujourd’hui, les femmes n’ont plus le choix de ne pas porter le voile. Il n’est pas possible que la même chose se produise en France. Aujourd’hui, on impose même le voile à des petites filles de 12 ans ! »

Un jour que Nadia expliquait à une de ses élèves que le voile n’était pas un objet sacré, mais un symbole patriarcal antérieur à la religion musulmane, elle se fit répondre : « Pour ce que vous dites, je pourrais vous tuer ! » Selon Nadia, cette jeune fille a depuis quitté le collège pour rejoindre des mouvements salafistes en Afrique. Les pressions communautaristes donnent d’autant plus de résultats que les adolescentes sont souvent mal à l’aise avec leur corps, croit Nadia Benmissi. « À cet âge, elles sont très vulnérables, explique-t-elle. J’ai des amis dont les enfants ont décidé de se voiler alors que leur mère et leur grand-mère ne l’avaient jamais fait. »

Une initiative québécoise

La première Journée sans voile a eu lieu au Québec en 2014. Il s’agissait alors de répondre à la journée Essayez un hidjab, organisée par l’Association des étudiants musulmans de l’Université Concordia. On a choisi le 10 juillet, date de naissance de Thérèse Forget Casgrain, en l’honneur de cette féministe québécoise d’ailleurs honorée par la même université. Si le mouvement semble avoir surtout des répercussions en France, où une vingtaine d’associations féministes soutiennent l’initiative, il est suivi à titre individuel un peu partout dans le monde, explique Guylaine Saint-Pierre, qui coordonne la journée au Québec. Cela va de l’Iran au Royaume-Uni, en passant par l’Allemagne et la Suisse. Malgré une demande en ce sens, cette initiative n’a pas reçu le soutien du Conseil du statut de la femme.

Les Femmes sans voile d’Aubervilliers souhaitent surtout que l’on protège les mineures. Michèle Vianès déplore quant à elle l’inertie des gouvernements qui laissent libre cours à ces pressions communautaristes. « Les pouvoirs publics ne font rien, car ils ne veulent surtout pas créer de trouble dans les quartiers difficiles, dit-elle. Ce faisant, ils abandonnent aux islamistes des femmes qui veulent simplement vivre comme toutes les autres Françaises. »

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 juillet 2015 20 h 20

    Super chronique

    Bravo !