1,6 milliard d’euros saisis à une famille mafieuse

Un policier inspecte une entreprise saisie à la famille Virga.
Photo: Agence France-Presse Un policier inspecte une entreprise saisie à la famille Virga.

Rome — Les autorités italiennes ont placé mercredi sous séquestre des biens d’une valeur record de 1,6 milliard d’euros appartenant à une famille mafieuse sicilienne soupçonnée d’avoir joué le jeu de la lutte contre le racket pour détourner l’attention de son propre empire.

Selon la direction antimafia (DIA) de Palerme, il s’agit de l’une des plus grosses saisies jamais réalisées, avec au total 33 entreprises, essentiellement dans le secteur du ciment, 700 maisons, villas et immeubles, 80 comptes bancaires, 40 polices d’assurance et plus de 40 véhicules.

Un cimentier de Marineo près de Palerme, dans le nord-ouest de la Sicile, Gaetano Virga, et son père Carmelo, 66 ans, étaient au centre d’« une véritable stratégie pour s’affranchir des enquêtes » sur leurs biens illégalement acquis, a expliqué le colonel Riccardi Sciuto, responsable de la DIA de Palerme. « Ils avaient eu l’idée de se rapprocher des associations antiracket pour se blanchir après avoir été eux-mêmes l’objet d’enquête », a-t-il ajouté dans une conférence de presse.

Les soupçons pèsent aussi sur les frères et soeurs aînés de Carmelo : Vincenzo, 78 ans, Francesco, 71 ans, Anna, 76 ans, et Rosa, 68 ans.

La Cosa Nostra

D’origine très modeste — ouvriers agricoles, petits éleveurs, femmes au foyer —, ces cinq frères et soeurs étaient devenus très riches, après avoir secrètement rallié la cosca (clan mafieux) de Toto Riina et Bernardo Provenzano, qui dominait alors Cosa Nostra, la pieuvre sicilienne.

« Les complexes enquêtes économico-patrimoniales […] ont permis de montrer comment les Virga ont bénéficié de l’appui déterminant de Cosa Nostra dans l’adjudication des travaux et appels d’offres publiques dans le secteur du bâtiment », a assuré la DIA. « Membres de la famille mafieuse de Marineo, liée au clan de Corleone [de Riina], ils ont réussi, avec le temps, à développer et à imposer leur “ groupe d’entreprises ”, en s’appuyant aussi sur la méthode dite “ Siino ”, qui consiste à organiser des cartels d’entrepreneurs en vue de l’adjudication “ pilotée ” des appels d’offres publics », a-t-elle ajouté.

Ces dernières années, Gaetano Virgo avait réussi à devenir pour les associations antimafia un symbole de la lutte contre le racket opéré par la mafia sicilienne sur les entreprises.

Pour ralentir les contrôles sur les biens de la famille, il s’était rapproché de ces associations en dénonçant des extorsions.

Le témoignage de Gaetano avait même conduit à l’arrestation de cinq chefs mafieux de Misilmeri, près de Palerme, et la famille Virga avait été jusqu’à se constituer partie civile dans un procès.

Des menaces

Gaetano Virga avait ainsi témoigné que l’un des chefs arrêtés, Stefano Polizzi, était venu en 2010 sur le chantier immobilier où il travaillait à Marineo pour réclamer le « pizzo », l’impôt mafieux ; en menaçant : « Rappelle-toi que tu as des enfants. »

L’un des oncles de Gaetano avait finalement chassé Polizzi en jurant de ne jamais lui verser un centime, à en croire ce qu’il avait raconté aux enquêteurs.

« Une fois de plus, la stratégie consistant à s’attaquer au patrimoine a été payante et essentielle dans la lutte contre les mafias », s’est félicité le ministre de l’Intérieur, Angelino Alfano.

Après des années de lutte contre Cosa Nostra en Sicile, la Camorra à Naples ou la ‘Ndrangheta en Calabre, l’État italien est à la tête de quelque 3000 entreprises et propriétaire de plus de 12 000 biens immobiliers.

L’Agence nationale des biens saisis à la mafia (ANBSC), qui dépend du ministère de l’Intérieur, gère aussi un pactole de plus de 2 milliards d’euros constitués de dépôts bancaires et de biens mobiliers.

En cas de condamnation définitive de leurs propriétaires, ces biens deviendront propriété de l’État, qui cherchera alors à revendre les entreprises solvables et les biens immobiliers, ou souvent à céder bâtiments, terrains ou véhicules à des communes, des coopératives, des associations.