Un référendum, pourquoi? Qui appelle à voter quoi? L’après...

Des affiches du camp du «oui» et du camp du «non» sont placardées à Athènes.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse Des affiches du camp du «oui» et du camp du «non» sont placardées à Athènes.

Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, au pouvoir depuis février, a annoncé samedi dernier, en pleine nuit, un référendum pour dimanche sur le plan d’aide des créanciers (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international — la « troïka »). Cette initiative, envisagée depuis plusieurs semaines, doit permettre au gouvernement de consulter la population sur les conditions posées par la troïka, jugées inacceptables par l’exécutif.

L’annonce a entraîné la rupture des négociations de type « réformes contre argent frais » menées depuis des mois afin de débloquer l’ultime tranche des deux plans d’aide mis en place pour financer le pays depuis 2010 (soit 7,2 milliards d’euros, sur un total de 240 milliards).

La légalité du référendum, annoncé une semaine avant sa tenue, a soulevé un questionnement. Le Conseil de l’Europe a averti le 1er juillet que cette consultation populaire organisée en neuf jours « pose problème ». En Grèce aussi, certains doutes sont apparus sur la validité du vote : le Conseil d’État a confirmé vendredi la légalité du référendum. La formulation de la question posée aux électeurs pose également problème.

Quelle est la question qui sera posée lors du référendum ?

Le gouvernement grec a libellé ainsi la question soumise aux électeurs : « Le plan d’accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de la réunion de l’Eurogroupe du 25 juin 2012, qui comprend deux parties et constitue leur proposition commune, doit-il être accepté ? Le premier document est intitulé “Réformes pour l’achèvement du programme actuel et au-delà” et le second “Analyse préliminaire de la soutenabilité de la dette”. Non accepté/NON ; accepté/OUI. »

La question n’est pas très difficile à comprendre. Mais les deux documents mentionnés, encore en cours de négociation au moment de l’annonce du référendum, sont truffés de chiffres et d’acronymes, et difficilement compréhensibles pour le plus grand nombre.

Qui appelle à voter « non », ou « oui » ?

Le premier ministre, Alexis Tsipras, a appelé à plusieurs reprises à voter « non » au référendum sur l’accord « réformes contre argent frais », estimant que cela lui permettrait de négocier de meilleures conditions. Lors d’une allocution à la télévision le mercredi 1er juillet, il a affirmé qu’il s’agirait d’un message clair contre l’austérité. Il a cependant exclu qu’un tel vote conduise le pays à sortir de la zone euro. Le vendredi 3 juillet au soir, il devait défiler en tête d’une manifestation pour le « non ».

Outre Syriza, le parti antiaustérité du premier ministre, les nationalistes (Grecs indépendants) et l’extrême droite (Aube dorée) appellent également à rejeter la proposition européenne. Quant à l’opposition, que ce soit de centre droit (Nouvelle Démocratie, le parti de l’ancien premier ministre Antonis Samaras), de centre gauche (les socialistes du Pasok) ou du centre, elle est contre la tenue du référendum. Les partisans de ces formations devraient donc voter « oui » ou s’abstenir.

Les forces vives de l’économie grecque — confédérations d’agriculteurs, d’exportateurs, des ingénieurs et entrepreneurs de travaux publics, des professionnels du tourisme et de l’industrie — et l’association centrale des municipalités grecques ont lancé le 1er juillet un appel solennel au « oui ». Pour elles, il est essentiel de rester dans la zone euro.

Par ailleurs, la population semblait être majoritairement favorable au « non » avant la mise en place du contrôle des capitaux et la fermeture des banques, le 29 juin ; elle paraît désormais plus hésitante, d’après les sondages. Au point de voir le « oui » prendre pour la première fois une courte longueur d’avance dans une enquête d’opinion publiée vendredi par le journal Ethnos (44,8 % contre 43,4 %).

Face aux enjeux confus de ce vote — soutien ou défiance à l’égard des créanciers ? Pour ou contre l’appartenance à la zone euro ? —, les indécis représentaient encore une assez forte proportion, selon ce sondage réalisé mardi et mercredi : près de 12 % des personnes interrogées sur leurs intentions de vote n’étaient pas en mesure de répondre.

Quels sont les points qui bloquent encore aujourd’hui ?

Pour l’instant, et jusqu’à sa tenue dimanche, c’est le référendum lui-même qui empêche toute reprise des tractations. Les créanciers européens ont décidé d’attendre l’issue du vote, pour reprendre, ou non, les discussions.

Mardi, en fin d’après-midi, Alexis Tsipras semblait être prêt à de nouveaux compromis avec ses créanciers. En cas d’accord, il suggérait même d’annuler le référendum. Dans une lettre envoyée à l’Eurogroupe, le premier ministre grec s’est dit prêt à accepter la plupart des réformes requises par les créanciers — avec seulement quelques amendements.

Alexis Tsipras a cependant demandé des contreparties : un prêt de deux ans d’un montant total de 29,1 milliards d’euros auprès du Mécanisme européen de stabilité (MES, le fonds de secours de la zone euro), afin que la Grèce puisse payer ses dettes envers ses créanciers dans l’intervalle ; une restructuration de la dette du pays auprès du FESF (Fonds européen de stabilité financière), qui est d’environ 130 milliards d’euros ; enfin, une extension, très courte, du deuxième plan d’aide à la Grèce. Mais cette tentative de reprise du dialogue a tourné court. Angela Merkel, en particulier, a souligné que rien ne serait discuté avant la consultation.

Que peut-il se passer en cas de victoire du « oui » au référendum ?

Les Grecs redoutent une nouvelle période d’instabilité politique. Depuis le début de la crise en 2009, la Grèce a déjà connu pas moins de cinq premiers ministres en cinq ans. Si le « oui » l’emporte, le gouvernement au pouvoir à Athènes depuis février pourrait être obligé de démissionner. Mais vendredi, il était encore difficile d’estimer avec certitude s’il tomberait en cas de défaite. Alexis Tsipras l’a laissé supposer en affirmant lundi : « Je ne suis pas un premier ministre qui reste en place qu’il pleuve ou qu’il vente. » Il n’a cependant jamais déclaré nettement qu’il quitterait son poste.

Son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, a été le premier à signifier clairement le jeudi 2 juillet, sur Bloomberg TV, qu’il démissionnerait si le « oui » l’emportait. Il a même affirmé sur une radio australienne que le gouvernement entier pourrait démissionner en cas de victoire du « oui » au référendum de dimanche. Cependant, le jour même, le vice-président du Parlement, Alexis Mitropoulos, a estimé que « le premier ministre doit rester en place même si le vote est un “oui” aux mesures » des créanciers.

Du côté des créanciers, par contre, un « oui » rouvrirait sûrement la possibilité de discuter. La France et le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, estimaient jeudi qu’un accord pour sauver la Grèce de la faillite était possible si les électeurs se prononçaient en faveur du « oui » dimanche. Selon Dijsselbloem, « il y aura évidemment, du côté européen, une volonté d’aider la Grèce à s’en sortir ». On repartirait donc pour nouveau round de négociations. Par ailleurs, la BCE maintiendrait aussi ses prêts d’urgence aux banques, qui ont jusqu’ici permis d’éviter une faillite du secteur.

Que peut-il se passer en cas de victoire du « non » au référendum ?

« Si le résultat est négatif, l’avenir sera considérablement plus compliqué », a averti le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Pendant la semaine de campagne, les créanciers européens de la Grèce ont, pour certains, demandé l’annulation du vote, et plusieurs responsables (dont le président français François Hollande) ont prévenu qu’un « non » provoquerait une sortie de la zone euro : un « Grexit ».

Si Alexis Tsipras a écarté cette possibilité d’un revers de main lors de son allocution à la télévision le mercredi 1er juillet, et dit n’avoir aucune intention de faire sortir le pays de la zone euro, on entrerait en tout cas en terre inconnue. La situation est d’autant plus incertaine que le second plan d’aide au pays est arrivé à son terme le 30 juin. Or, sans programme d’assainissement, la BCE pourrait décider de mettre un terme à son dispositif de perfusion du système bancaire grec.

L’État, dont les caisses sont déjà vides, et qui ne peut plus bénéficier des aides de ses créanciers, serait très vite à court de liquidités. Après avoir été incapable le mardi 30 juin de rendre les sommes (1,5 milliard d’euros) dues au FMI, il devrait avoir le plus grand mal à rembourser la BCE (une échéance de 3,5 milliards d’euros est prévue pour le 20 juillet). À terme, le pays pourrait progressivement, et dans le pire des cas, être amené à revenir à une monnaie nationale, par exemple, pour payer ses fonctionnaires.

Cependant, dans les traités communautaires, rien n’est prévu pour quitter la zone euro, l’adoption de la monnaie unique étant censée être irréversible. Un « Grexit » se ferait donc selon des modalités encore inconnues. Et il aurait des conséquences politiques et financières difficiles à évaluer pour la Grèce, comme pour ses voisins de la zone euro.

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