Six pays de l’UE remettent en cause les directives sur l’asile

La crise des migrants au sein de l’Union européenne est devenue plus aiguë mercredi avec les réticences des six pays d’Europe centrale à appliquer un règlement de l’UE sur l’asile, alors que l’afflux de dizaines de milliers de personnes mobilise l’ensemble des gouvernements du continent.

Déjà mardi, la Hongrie avait annoncé qu’elle suspendait sine die le texte dit Dublin III, l’une des pierres angulaires de la politique commune envers les migrants. « La barque est pleine », avait lancé le porte-parole du gouvernement hongrois, Zoltan Kovacs. Mercredi, sous la pression de Bruxelles et de l’Autriche voisine, courroucée, la Hongrie a fait formellement machine arrière, tout en demandant à ses partenaires de la patience.

S’est ajoutée mercredi la voix des pays du Groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) qui ont réaffirmé leur droit de fixer eux-mêmes le nombre de migrants à accueillir, et leur refus des quotas que l’UE envisage de répartir entre ses pays membres.

« Le principe du volontariat est une claire priorité » de ces quatre pays, souligne une déclaration commune des premiers ministres du Groupe de Visegrad, publiée à Prague. « Les mesures de réinstallation doivent être prises sur une base volontaire, dans le respect des spécificités et des possibilités des États membres », indique aussi le texte.

La Pologne, la République tchèque et la Slovaquie ont déjà exprimé leur volonté d’accepter les migrants, mais sur une base volontaire et non selon des quotas obligatoires.

Capacité limitée

Concrètement, Budapest continue d’invoquer le manque de places d’accueil sur son sol pour refuser, au moins temporairement, que soient reconduites en Hongrie des personnes qui seraient entrées dans l’UE via ce pays, avant d’être interpellées ailleurs, notamment en Autriche ou en Allemagne.

Selon la branche hongroise de l’ONG Comité d’Helsinki, le nombre de personnes concernées est relativement modeste : quelques centaines depuis le début de l’année.

Venant après les appels de l’Italie à plus de solidarité européenne, la valse-hésitation hongroise est une nouvelle mise en cause de la politique migratoire de l’UE, à la veille d’un sommet européen à Bruxelles qui sera en partie consacré à ce sujet.

La Hongrie est devenue le point de passage principal des très nombreux migrants qui empruntent ce que l’agence européenne Frontex nomme « la route des Balkans occidentaux » pour gagner l’Europe du Nord. C’est l’un des trois itinéraires privilégiés par les personnes qui fuient la guerre, avec la Méditerranée centrale en Italie et la Méditerranée de l’Est en Grèce.

La route des Balkans

Chacun de ces parcours voit passer un tiers environ de ces migrants arrivant d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan et de plusieurs pays africains en proie à la violence. Mais selon le dernier bilan établi mardi par Frontex, c’est bien la route des Balkans qui connaît la plus forte augmentation depuis le début de l’année. Entre le mois de janvier et le mois de mai, plus de 50 000 migrants y ont été repérés, soit une hausse vertigineuse de 880 % par rapport à 2014.

Malgré ces chiffres, « tout le monde ne regarde que la Méditerranée », avait accusé mardi Zoltan Kovacs. Peter Szijjarto, le ministre des Affaires étrangères a encore insisté mercredi matin : son pays est dépassé « techniquement » par l’afflux des migrants.

Devant les députés hongrois, le gouvernement a expliqué qu’il devrait « augmenter ses capacités d’accueil avant de pouvoir accueillir d’autres réfugiés ». « Nous sommes en train de négocier la réception de 6000 à 7000 réfugiés, nous avons demandé patience dans leur cas », a précisé Laszlo Tasnàdi, le secrétaire d’État aux Armées.

Douvres et Calais

Le Royaume-Uni a de son côté annoncé mercredi le renforcement du contrôle de l’immigration clandestine au port de Douvres. La veille, des migrants avaient tenté de profiter de la grève de la compagnie MyFerryLink à Calais, sur la rive française de la Manche, pour monter dans des camions et rejoindre l’Angleterre.

Le premier ministre, David Cameron, s’est dit prêt, par ailleurs, à accroître la contribution financière britannique aux efforts français pour renforcer la sécurité à Calais.

Enfin en Italie, le chef du gouvernement Matteo Renzi a de nouveau réclamé, dans une tribune à La Stampa, que l’Europe prenne à bras-le-corps le drame des migrants. « Si la solidarité et la responsabilité l’emportent, les solutions se trouvent […]. Si au contraire prévalent l’égoïsme et la peur, nous risquons de perdre l’idée même de l’Europe », a-t-il dit.

3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 24 juin 2015 14 h 28

    Capacité d'accueil

    En octobre 2011, la population totale de la Hongrie s'établissait à 9 937 628 personnes.

    Aujourd'hui, la Hongrie se dit incapable d'accueillir 6 à 7 000 des réfugiés qui trépignent à ses portes.

    Pendant ce temps, ici, Couillard voudrait nous faire croire que nous sommes capables d'accueillir plus de 50 000 immigrants par année.

    Sur dix ans ça fait au-delà de 500 000 personnes. Dont une majorité ne s'intègreront jamais à la société Québécoise. Je dis ça comme ça, on jase...

    Pour en revenir à l'Europe, le rapporteur de l'ONU pour les réfugiés a lancé un pavé dans la mare en affirmant récemment, de Bruxelle je crois, que l'Europe devrait s'apprêter à accueillir plus de deux millions de migrants d'ici peu.

    Là on voit qu'à l'ONU sévit avec force le principe de Peter.

    Et à l'intention de tous les bons apôtres qui sévissent partout et notamment chez-nous, regardez bien ce que disent les Britanniques : «Le premier ministre David Cameron s’est dit prêt, par ailleurs, à accroître la contribution financière britannique aux efforts français pour renforcer la sécurité à Calais.»...

    Pas dans ma cour disent les Brit's. non non on va payer pour que vos polices les gardent à distance. Et à l'Europe ce faisant, ils disent clairement démerdez vous avec le problème.

    Et pourtant les crises et les violences qui poussent les hordes de migrants sur les routes c'est bien la conséquence directe des attitudes guerrières des anglos-saxons. Bush, Rumsfeld, Chainey, leur perfidie n'est plus à établir.

    N'oublions pas au passage un certain Tony Blair, vu par plusieurs comme ayant participé activement aux mensonges, et accusé d'être de la sorte un criminel de guerre. C'est pas moi qui l'invente.

    Les mensonges d'hier de ces zèbres font la réalité d'aujourd'hui qui met le feu à l'occident, et peut-être demain le sang.

    Pas grave, dans cent ans ils feront dresser un mémorial quelque part au Moyen-Orient, sur lequel ils feront graver leurs plates excuses...

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 25 juin 2015 11 h 56

    Ce qui me "chicote"!

    Mais!où donc tous ces réfugiés trouvent-ils l'argent comptant pour payer les passeurs?De leurs économies personnelles?C'est possible en partie,quoique ces gens sont loin et très loin de rouler sur l'or.De prêts familiaux avec promesses de renvois
    d'argent dès qu'ils profiteront de la manne européenne une fois installés?
    Depuis que j'observe ce phénomène migratoire,aucunes informations fouillées éma-
    nant d'une sérieuse introspection journalistique ne me sont parvenues.Pourtant ce ne
    sont pas les sources d'informations qui font défaut parmi ces milliers de migrants à qui poser les bonnes questions!Le Devoir ne pourrait-il pas se distinguer,via ses cor-
    respondants européens,en initiant une recherche statistique véridique sur les sources
    de financement de cet exode?
    Pour que des "miséreux" déjà se jetent corps,âmes et enfants entre les dents de la mer,n'a-t-il pas,préalablement fallu,que l'on leur ait doré la pillule en leur payant la
    traversée?Les "capitaines-passeurs" n'encaissent tout de même pas pour eux seuls les sommes versées par les migrants!Ces dits "capitaines-crasseux" ne doivent en-
    caisser qu'un % de la cagnotte;le restant doit retourner aux financiers de l'exode qui
    le réinvestissent pour continuer le business!Mais que peut bien être la valeur ajoutée
    d'une telle dépense,d'un tel investissement de ce business?

    Certains y voient déjà une stratégie d'islamisation de l'Europe par ce déversement
    migratoire favorisée par les circonstances géo-politiques d'une guerre de Religion
    entretenue à la fine pointe de la technologie d'aujourd'hui et financée par ceux qui
    ont véritablement les moyens de leur idéologie religieuse.Un petit mille coups de
    fouet avec ça?

  • Bernard Terreault - Abonné 25 juin 2015 13 h 55

    Hongrois oublieux

    En 1957,nous avons accueuilli à bras ouverts des milliers de Hongrois. Il est vrai que c'étaient présumément de bons chrétiens victimes du communisme, pas des musulmans ou des païens.