L’armée tente d’isoler EI avant de donner l’assaut à Ramadi

Les forces irakiennes aidées des milices chiites ont lancé mardi une opération destinée à isoler les djihadistes du groupe État islamique (EI) dans la province stratégique d’Al-Anbar avant de tenter de reprendre sa capitale Ramadi.

Le premier ministre irakien, Haider Al-Abadi, a promis de reprendre cette région à EI, qui contrôle la majorité de la province d’Al-Anbar (ouest) s’étendant des limites de la région de Bagdad aux frontières syrienne, saoudienne et jordanienne. Pour ce faire, il a fait appel aux Unités de mobilisation populaires (Hachd al-Chaabi), force paramilitaire à majorité chiite qui a déjà aidé l’armée.

Dans le cadre de l’opération lancée mardi, les forces irakiennes et paramilitaires se dirigeront du sud de la province de Salaheddine, frontalière d’Al-Anbar, vers les régions désertiques au nord-est de Ramadi en vue d’isoler les djihadistes et de préparer l’offensive pour reprendre la capitale provinciale.

La force paramilitaire a indiqué qu’environ 4000 hommes avançaient vers les limites nord de Ramadi.

L’objectif de l’opération est de libérer les régions entre les provinces de Salaheddine et d’Al-Anbar et d’essayer d’isoler celle-ci, a expliqué Ahmed Al-Assadi, un porte-parole des Unités de mobilisation populaires.

Avancées

Ces derniers jours, les forces armées, les miliciens chiites et les tribus sunnites, étaient parvenues à reprendre une partie du territoire à l’est de Ramadi. Elles ont en outre avancé au sud et à l’ouest de la ville, reprenant la zone d’Al-Taech. Elles contrôlent aussi la ville de Haditha, des secteurs de celle d’Al-Baghdadi et la base Al-Assad où sont stationnés des centaines de conseillers militaires américains.

Les forces pro-gouvernementales « ont désormais coupé toutes les routes d’approvisionnement d’EI pour Ramadi », selon un membre du conseil provincial, Arkan Khalaf al-Tarmuz. Mais EI s’est probablement préparé à une attaque en disposant des explosifs un peu partout à Ramadi, comme il le fait dans chaque ville conquise.

La perte de cette capitale provinciale a constitué un revers pour Bagdad et son allié américain engagé depuis plus de neuf mois avec d’autres pays arabes et occidentaux dans une campagne aérienne contre EI en Irak et en Syrie voisine, où les djihadistes occupent la moitié du territoire.

Stratégie remise en question

La chute de Ramadi a soulevé des questions sur la stratégie non seulement du gouvernement Abadi mais aussi des États-Unis. Plus de 3000 raids n’ont pas empêché EI d’étendre son « califat » proclamé en juin 2014 sur les régions conquises à cheval entre l’Irak et la Syrie.

Fort de dizaines de milliers d’hommes et responsable d’atrocités, EI a réussi en janvier 2014 à prendre des secteurs d’Al-Anbar, avant de lancer le 9 juin son offensive fulgurante en Irak qui lui a permis de s’emparer de régions au nord et à l’est de Bagdad. Il a profité de la guerre civile en Syrie pour prendre le contrôle en 2013 de vastes régions et s’est encore emparé le 21 mai de la cité antique Palmyre dans le désert syrien frontalier de l’Irak, d’où il pourrait menacer Homs et Damas, des bastions du régime.

Le trafic des parrainages

Bagdad — Les restrictions imposées aux Irakiens fuyant les combats de la province d’Al-Anbar, dans l’ouest de l’Irak, génèrent un trafic des parrainages exigés par les autorités pour entrer dans les zones tenues par le gouvernement, a dénoncé une ONG mardi.

Redoutant la présence de djihadistes parmi le flux de milliers de réfugiés fuyant l’avancée du groupe État islamique, les autorités irakiennes ont mis en place ce système de parrainage, détourné par des parrains peu scrupuleux allant jusqu’à réclamer plusieurs centaines de dollars.

« Le système de parrainage entraîne une grave exploitation, certains parrains vendant leur parrainage jusqu’à 700 dollars », selon le Comité international de secours (CIS). Ce phénomène est « un fardeau financier inacceptable pour une population déjà extrêmement vulnérable », selon le CIS.

Certains réfugiés dépourvus de moyens financiers n’ont de ce fait pas d’autre choix que de retourner dans les zones de conflit, a ajouté le groupe.

Fuyant la ville de Ramadi, prise par EI le 17 mai, « des milliers de personnes sont coincées à des points de passages, interdit d’entrée dans les zones sûres, a affirmé Mark Schnellbaecher, du CIS, dans un communiqué. Pour certaines personnes, la situation est devenue si désespérée qu’elles retournent à Ramadi. »