Les plans antipasseurs de l’UE sont critiqués

Bruxelles — Plus de 300 universitaires ont dénoncé jeudi les opérations planifiées par l’Europe pour lutter contre le trafic des migrants en Méditerranée et son assimilation à une nouvelle traite d’esclaves, dans une tribune publiée sur le site Opendemocracy.net.

« Une dangereuse perversion de l’histoire est en train d’être colportée », pour justifier « que certaines des nations les plus riches mobilisent leur flotte d’une manière pouvant conduire à la mort des hommes, femmes et enfants venant de certaines des régions les plus pauvres au monde et ravagées par la guerre », accusent les 310 signataires, issus d’universités d’Europe, d’Afrique, d’Amérique et d’Australie.

Sociologues, historiens, ou politologues, ils dénoncent comme « totalement fausse et opportuniste » l’assimilation faite en Europe entre ce trafic des migrants et la traite des esclaves.

Le premier ministre italien, Matteo Renzi, qui a appelé l’UE à agir contre les « marchands d’esclaves du XXIe siècle » et le président français, François Hollande, qui a fustigé les « nouveaux négriers » de la Méditerranée, ont notamment fait ce parallèle.

« Les Africains réduits en esclavage ne voulaient pas se déplacer […] ceux embarqués vers l’Europe le veulent », relèvent ces universitaires, dont nombres issus de prestigieux établissements, Oxford, Yale ou Sciences-Po Paris.

Ils retournent l’argument contre les pays européens, accusés d’être ceux qui entravent la circulation en sécurité des migrants, poursuivant ainsi « une longue tradition », en vertu de laquelle « les États esclavagistes des XVIIIème et XIXe siècle ont usé de violence pour empêcher certains groupes humains de se déplacer librement ».

« Nous exigeons que les dirigeants européens cessent d’abuser de l’histoire de l’esclavage pour légitimer des actions militaires », poursuit le texte.

L’Union européenne a mis sur pied lundi une opération navale sans précédent pour combattre les trafiquants qui, selon la chef de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, « font mourir » des migrants en Méditerranée. Cette décision, dont l’entrée en vigueur est conditionnée à un feu vert des Nations unies, a été prise un mois jour pour jour après la mort de 800 migrants, dont beaucoup enfermés dans une cale, dans le naufrage d’un bateau de passeurs au large de la Libye.