La fin des gouvernements majoritaires?

À l’approche des élections britanniques, le 7 mai, les nationalistes écossais, les antieuropéens et les verts ont le vent dans les voiles. Les conservateurs — au pouvoir — et les travaillistes en font les frais. Résultat le plus probable : un deuxième gouvernement minoritaire consécutif. Une indication claire que le système parlementaire britannique, qui n’a pas été conçu pour permettre l’expression d’une multiplicité de préférences électorales, est devenu dysfonctionnel, affirme Denis Saint-Martin, spécialiste de l’administration publique comparée et des questions de gouvernance au CERIUM.

On connaît bien les conservateurs et les travaillistes, les deux grands partis historiques. Mais quels sont les autres partis qui émergent et viennent remettre en question le bipartisme?

Le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), antieuropéen, et les verts feront vraisemblablement des percées historiques, mais modestes en matière de sièges. Le plus important joueur à surveiller sera le Parti national écossais (SNP). Les sondages promettent aux nationalistes une cinquantaine de sièges. Ce nombre garantit au SNP un rôle crucial dans le prochain Parlement.

L’arrivée en force du SNP à Westminster vient perturber les équilibres politiques. Comme pour le Bloc québécois à son époque, la montée du SNP est une conséquence directe du non référendaire. Comme les Québécois en 1995, les Écossais ont rejeté l’indépendance. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ont abandonné leur quête d’autonomie. Ils poursuivent plutôt cet objectif par d’autres voies.

La ressemblance des systèmes parlementaires britanniques et canadiens permet de mieux étudier les effets des institutions sur les comportements politiques. Dans les deux pays, des institutions semblables produisent des comportements semblables, malgré les différences d’histoire, de culture et de contexte.

Qu’est-ce qui alimente la popularité de ces tiers partis? À quel contexte la doivent-ils?

Les institutions parlementaires ont de plus en plus de difficulté à produire des gouvernements majoritaires. Le Canada, le Québec et le Royaume-Uni ont tous connu des gouvernements minoritaires dans les dernières années. Certains voient dans la présence à répétition de ce type de gouvernement une anomalie, car les institutions de Westminster ont été conçues pour produire des majorités peu habituées à partager le pouvoir. Ces institutions et le système électoral qui les accompagne ont des origines anciennes. Elles sont inscrites dans des sociétés d’une autre époque.

Le Royaume-Uni a été le premier pays au monde à se doter du système électoral uninominal à un tour. Ce système était fonctionnel lorsque les élites commandaient l’obéissance des masses et imposaient leurs choix à la société, comme à l’époque victorienne. Mais il est aujourd’hui devenu dysfonctionnel. En 2015, le bipartisme hérité du XIXe siècle apparaît plutôt comme une camisole de force qui limite le choix des électeurs. Les tiers partis viennent proposer à l’électorat un éventail d’options plus large qui reflète mieux la multiplicité de leurs préférences.

Dans ce paysage politique en recomposition, comment se répartissent les intentions de vote? Quelle est l’issue la plus probable de ces élections?

La montée du SNP fait surtout mal aux travaillistes. Elle empêchera leur chef, Ed Miliband, d’être à la tête d’un gouvernement formé par son parti seul. Les conservateurs pourraient à nouveau gouverner avec les libéraux démocrates, mais ces derniers sont dans une position fragile : la promesse de David Cameron de tenir un référendum au cours d’un prochain mandat sur l’appartenance à l’Europe divise les Lib-Dems et les Tories.

L’issue la plus probable est un gouvernement minoritaire, pour une deuxième fois consécutive. Les citoyens n’ont plus suffisamment confiance dans leurs élites politiques pour leur confier tout le pouvoir que donne une majorité dans le système de Westminster. En 2009, le scandale des allocations de dépenses des députés a créé un véritable tremblement de terre politique. La récente affaire du «?cash for access?» impliquant un lord conservateur et un travailliste offrant leurs services de lobbyistes pour le compte d’une compagnie chinoise fictive risque de favoriser les nouveaux partis.

2 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 25 mars 2015 11 h 27

    Jean-Frédéric a parfaitement raison

    Le système parlementaire britannique n’a pas été conçu pour permettre l’expression d’une multiplicité de préférences électorales. Et c'est en effet la raison pour laquelle il est devenu dysfonctionnel.

    Nous le vivons douloureusement chez-nous présentement. Ce système induit une distorsion profonde entre les besoins de la société et sa gouvernance. un gouvernement majoritaire ça donne Harper, ça donne Couillard.

    Si quelqu'un pense que ce serait mieux autrement c'est bien nous. Mais le système doit être revu en profondeur notamment par une révision du mode de scrutin.

    Un scrutin électoral ne devrait plus permettre que l'élection d'un candidat ou une candidate qui aurait obtenu 50% plus un vote. Un système qui permettrait l'élection directe du ou de la cheffe du gouvernement.

    En fait il faut quitter ce système dépassé et que nous entrions en République.