Kiev commence le retrait d’armes lourdes

Des soldats ukrainiens ont quitté jeudi leur position près d’Atemivsk, emportant leurs armes lourdes.
Photo: Anatoli Stepanov Agence France-Presse Des soldats ukrainiens ont quitté jeudi leur position près d’Atemivsk, emportant leurs armes lourdes.

L’Ukraine a entamé jeudi le retrait des armes lourdes du front dans l’est séparatiste prorusse où la trêve semble globalement respectée, mais le bras de fer continue entre les Occidentaux et la Russie.

Aux abords de la ville d’Artemivsk, à 55 kilomètres au nord du fief rebelle de Donetsk, au moins quinze canons ont été tirés par des engins à chenilles, accompagnés de plusieurs dizaines de soldats ukrainiens se dirigeant vers l’ouest, s’éloignant de la ligne de front.

« L’Ukraine commence le retrait des canons de 100 millimètres de la ligne de démarcation », premier pas vers le retrait des armes lourdes qui va se faire sous la surveillance de l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE), a déclaré l’état-major de l’armée ukrainienne dans un communiqué. Cette première étape va prendre 24 heures et sera suivie du retrait de lance-roquettes multiples Grad et autres pièces lourdes, a précisé un porte-parole militaire, Anatoli Stelmakh.

Les rebelles se retirent

De son côté, le dirigeant de la République populaire autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, a affirmé que ses forces avaient déjà retiré 90 % de leurs armes lourdes. Les séparatistes avaient montré mercredi à la presse ce qu’ils avaient présenté comme le retrait de ce type d’armes près de leur bastion de Donetsk, mais l’OSCE n’a pas été en mesure de confirmer qu’il s’agissait bien d’un retrait et non d’un mouvement habituel.

Le retrait des armes lourdes prévu par les accords Minsk 2 signés le 12 février était censé commencer dimanche, mais Kiev avait jusqu’à présent fait savoir qu’il n’en était pas question avant le respect total du cessez-le-feu. La trêve instaurée à partir du 15 février semble enfin tenir ces derniers jours dans l’est séparatiste du pays, l’armée ukrainienne n’ayant aucun mort à déplorer pour la deuxième journée consécutive.

Vendredi marquera le premier anniversaire de la prise par un commando prorusse du Parlement de Crimée, étape qui fut le premier pas vers le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie.

Tensions

Malgré l’accalmie relative sur le front, les autorités de Kiev ont toutefois averti qu’elles était prêtes à revoir le calendrier du retrait en cas de tentatives d’assaut de la part des rebelles prorusses. L’armée ukrainienne dénonce notamment une concentration des troupes ennemies près de Marioupol, port stratégique sur les bords de la mer d’Azov et dernière grande ville de l’est rebelle sous contrôle de Kiev. Sept drones ont survolé la zone de Marioupol en 24 heures, selon Andriï Lyssenko, porte-parole militaire.

Des échanges de tirs à l’arme automatique ont été entendus dans la ville de Tchermalyk, à 30 kilomètres au nord-est de Marioupol, où forces ukrainiennes et combattants rebelles se trouvent à un kilomètre de distance. Marioupol, dont la prise serait une étape clé pour construire un pont terrestre entre la Russie et la Crimée, est considérée comme la prochaine cible potentielle des séparatistes après la prise la semaine dernière du noeud stratégique ferroviaire de Debaltseve, reliant les villes rebelles de Donetsk et Lougansk.

Scepticisme

Les Occidentaux semblent néanmoins peu convaincus de la volonté de la Russie, qu’ils accusent d’armer les rebelles, d’apaiser le conflit.

Selon le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, Moscou a transféré « dans les derniers mois plus de mille pièces » d’armements lourds dans l’est de l’Ukraine. Il a appelé Moscou à les retirer. La Russie dément toute implication dans ce conflit. Et pour le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, les nouvelles menaces de sanctions, brandies notamment par le secrétaire d’État américain, John Kerry, sont le signe de la mauvaise volonté des Occidentaux.

Sur le plan énergétique, le ton est aussi monté depuis que le géant gazier russe Gazprom a commencé la semaine dernière à approvisionner directement les zones sous contrôle des rebelles sans l’aval de Kiev.

La Commission européenne, qui craint qu’une rupture entre Kiev et Moscou n’affecte ses livraisons de gaz a proposé aux ministres de l’Énergie des deux pays de se retrouver lundi à Bruxelles pour régler leur querelle. Kiev a déjà annoncé sa participation.