Marche de dignité pour les morts de Maïdan

Le président ukrainien, Petro Porochenko, se trouvait en tête de cortège avec à ses côtés des invités européens, dont le président du Conseil européen, Donald Tusk, les présidents allemand, polonais, lituanien, slovaque, géorgien et moldave.
Photo: Sergei Chuzavkov Associated Press Le président ukrainien, Petro Porochenko, se trouvait en tête de cortège avec à ses côtés des invités européens, dont le président du Conseil européen, Donald Tusk, les présidents allemand, polonais, lituanien, slovaque, géorgien et moldave.

Kiev — « J’étais ici il y a un an, c’était terrible », se souvient Nadejda, les larmes aux yeux. Dimanche cette retraitée est revenue avec plusieurs milliers d’Ukrainiens dans le centre de Kiev, pour le premier anniversaire du soulèvement de Maïdan réprimé dans le sang.

« Je suis venue vers midi, ça tirait ici », se souvient cette petite femme rondelette. « Nous avons couru en bas » de la rue Institutska vers Maïdan, épicentre de la contestation pro-européenne ayant entraîné il y a un an la chute du régime prorusse.

« Je ne sais pas comment nous avons tenu face à tout cela », raconte-elle à quelques centaines de mètres de l’hôtel Ukraine près duquel ont péri la plupart des membres de la « centurie céleste », comme on appelle la centaine de manifestants morts à Kiev entre le 18 et le 20 février 2014, avant la fuite en Russie de l’ex-président Viktor Ianoukovitch.

Un an plus tard, ce carnage n’est toujours pas élucidé malgré l’arrivée au pouvoir des pro-occidentaux dirigés par Petro Porochenko. Il reste une profonde blessure pour les Ukrainiens qui sont descendus par milliers dimanche dans la rue pour une « marche de dignité » à Kiev à la mémoire de ces morts.

Des fleurs sont déposées devant les portraits des victimes. Des drapeaux ukrainiens bleu et jaune flottent dans la manifestation à laquelle participent aussi des parents avec leurs enfants.

En tête de la marche, le président Porochenko et le gratin politique ukrainien avancent lentement au coude au coude avec des invités européens de marque, dont le président du Conseil européen, Donald Tusk, les présidents allemand, polonais, lituanien, slovaque, géorgien et moldave.

Une fois la procession arrivée sur la place Maïdan, la prière commune commence. Un ange passe. Beaucoup se mettent à pleurer.

« Poutine, tire-toi d’Ukraine »

Mais à part la mémoire de la répression sanglante sur Maïdan, c’est le conflit armé dans l’Est séparatiste de l’Ukraine, et ses plus de 5700 morts en dix mois, qui plane sur le rassemblement.

Alors que Kiev et l’Occident accusent la Russie d’armer les rebelles et d’avoir déployé ses troupes dans l’Est, certains manifestants affichent des portraits de Vladimir Poutine déguisé en Hitler ou scandent « Poutine, tire-toi d’Ukraine » tout en réclamant de l’Europe plus d’action face au conflit.

« Nous voulons la paix et nous espérons que les leaders européens qui sont à Kiev actuellement nous aideront », dit Valentina Oleksiivna, une femme médecin. « Nous espérons que l’Europe enverra ici un contingent de maintien de la paix », poursuit-elle.

Natalia, une esthéticienne, est venue à la marche avec son fils Ostap de 11 ans. « Nous espérons beaucoup que l’Europe renforce ses sanctions contre la Russie et nous fournisse enfin des armes », ajoute-elle.

Si les Européens restent opposés à l’idée de livraisons d’armes à Kiev craignant une escalade, Washington dit depuis plusieurs semaines réfléchir à cette option.

Pour les Ukrainiens, les Occidentaux devraient se dépêcher. « Il reste peu de temps. Si l’Europe ne fait rien, il y aura une grande guerre », estime Nadejda.

« L’Europe doit comprendre que nous en sommes une partie. Et si cela va mal pour nous, cela ira mal pour elle aussi », renchérit Mykola Podrezan, assis dans son fauteuil roulant.

Alors que la marche avance dans le centre-ville, les manifestants scandent « Dalia ! Dalia ! » saluant la présidente lituanienne Dalia Gribauskaite.

Cette dernière est très populaire en Ukraine pour le soutien apporté à Kiev lors de la guerre dans l’Est et plus particulièrement pour son langage ferme face à Moscou. Elle avait notamment accusé la Russie de se comporter comme un « État terroriste » à l’égard de l’Ukraine.

Des représentants européens, dont le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont marché aux côtés du président ukrainien Petro Porochenko.

Deux morts dans un attentat présumé

Au moins deux personnes ont été tuées dimanche dans une explosion lors d’une marche pro-Kiev à Kharkiv, une région voisine de la zone de guerre dans l’Est de l’Ukraine où l’armée et les rebelles prorusses ont annoncé le prochain début du retrait des armes lourdes. La tension montait aussi autour de Marioupol, dernière grande ville de l’Est sous contrôle de Kiev située dans le sud de la ligne du front qui pourrait devenir la prochaine cible d’une offensive rebelle, après la prise par ceux-ci cette semaine du noeud ferroviaire de Debaltseve. Grande ville industrielle et universitaire avec presque 1,5 million d’habitants, Kharkiv était en état de choc après l’explosion, qui s’est produite lors d’une marche patriotique et a été aussitôt qualifié d’« attentat terroriste » par la police. L’explosion d’un engin artisanal rempli de pièces de métal et dissimulé dans la neige au bord de l’avenue Joukov y a fait au moins deux morts — un policier et un militant pro-européen — et une dizaine de blessés, selon les chiffres officiels. L’explosion s’est produite peu après 11 h 00 GMT, au moment où commençait à Kiev une autre marche de solidarité avec l’Ukraine. Cet incident intervient alors que l’Ukraine et les séparatistes prorusses semblaient avancer légèrement dans l’application du plan de paix pour le conflit dans l’Est.
1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 23 février 2015 09 h 54

    La peur...

    L'Europe sans courage a peur. Elle a la trouille devant Poutine. Si la témérité ne fonde pas une politique, la peur ne le fait pas non plus. Que l'Europe, si elle en est capable, se réveille.Vive Dalia!


    Michel Lebel