L’OTAN va se renforcer dans l’est de l’Europe

L’OTAN a décidé jeudi de renforcer la défense de son flanc oriental en créant une nouvelle force de 5000 hommes rapidement mobilisable et six centres de commandement en Europe de l’Est, en réponse à « l’agression » de la Russie en Ukraine.

La France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni ont accepté d’être les premiers pays à participer à cette nouvelle force baptisée Fer de lance, a précisé le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, à l’issue d’une réunion des ministres de la Défense de l’alliance à Bruxelles. Elle doit être opérationnelle en 2016.

« Nous avons décidé que cette force de réaction très rapide sera composée d’une brigade terrestre d’environ 5000 hommes », a-t-il précisé, en soulignant qu’elle serait soutenue par une composante aérienne et maritime et par des forces spéciales. Ses éléments avancés devront pouvoir être déployés dans un délai de 48 heures et être rejoints en une semaine par le reste de la brigade.

Pour ne pas provoquer Moscou, ses éléments terrestres resteront stationnés à l’ouest, mais ils devraient rapidement participer à des exercices dans les anciens pays sous la botte soviétique ou s’y déployer si l’Alliance décide d’y lancer une opération. La force pourra également intervenir sur d’autres terrains, notamment pour faire face aux menaces créées par l’instabilité en Afrique du Nord et au Proche-Orient.

Présence permanente

Dans un geste à forte portée symbolique destiné à rassurer les alliés orientaux qui s’inquiètent de la politique de Moscou, les ministres ont également approuvé une présence permanente de l’OTAN en Europe de l’Est. « Nous sommes convenus d’établir immédiatement six centres multinationaux de commandement et de contrôle en Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Roumanie, a précisé M. Stoltenberg. Si une nouvelle crise survient, ils garantiront que les forces nationales et de l’OTAN en provenance de l’ensemble de l’Alliance seront capable d’agir de concert dès le début. »

Ces quartiers généraux serviront à faciliter le déploiement de la force le cas échéant. Ils soutiendront aussi la planification de la défense collective et aideront à coordonner des exercices, a expliqué M. Stoltenberg. L’Allemagne, le Danemark et la Pologne ont accepté de mettre sur pied à Szczecin, dans l’ouest de la Pologne, le quartier général qui coordonnera l’action des nouveaux centres de commandement.

Pour le patron de l’OTAN, il s’agit du plus important renforcement de sa défense collective depuis la fin de Guerre froide. «C’est une réponse aux actions agressives de la Russie, qui a violé la loi internationale et annexé la Crimée», a-t-il expliqué, en insistant sur le caractère défensif de ces décisions.

Des armes

Ce renforcement avait été esquissé lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’OTAN au Pays de Galles en septembre dernier, dans la foulée de l’annexion de la Crimée par la Russie, suivie par son intervention dans l’est de l’Ukraine. Mais la situation en Ukraine s’est depuis lors encore détériorée, malgré les sanctions économiques visant Moscou et le soutien politique et en matériels apporté par l’Ouest à Kiev.

Les dirigeants ukrainiens réclament de l’armement supplémentaire pour contrer les séparatistes. M. Stoltenberg a une nouvelle fois souligné que l’OTAN n’en possède pas et qu’il revient à chaque État de décider.

Pour sa dernière participation à une réunion de l’OTAN, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a reconnu à demi-mots que l’administration américaine passait les options en revue. « Je pense que l’assistance que nous apportons, tant les États-Unis que les partenaires de l’OTAN, doit être continuellement évaluée. Nous sommes en train d’évaluer l’assistance à l’Ukraine », a-t-il déclaré. Mais il a tempéré sa remarque en insistant sur le fait que la crise en Ukraine ne sera pas réglée par des moyens militaires.