En France, l’école laïque comme rempart au terrorisme

Laïcité et sécurité, tels semblent être les maîtres mots de la riposte du gouvernement français aux attentats dont la France a été la cible. Deux semaines après la tuerie de Charlie Hebdo et la prise d’otages antisémite de Vincennes, le premier ministre Manuel Valls a annoncé une montée en puissance des moyens accordés à la police pour combattre le terrorisme. Mais cette riposte n’aurait pas de sens sans l’école, soutient François Hollande.

Sous le dôme de la Sorbonne, devant le monde de l’éducation, le président s’est donc livré à un vibrant plaidoyer pour « que l’école soit au rendez-vous de la nation ». Il a annoncé des mesures immédiates et d’autres à plus long terme pour assurer la transmission aux élèves des valeurs républicaines, à commencer par celle de la laïcité.

Liberté de conscience

« La laïcité, ce n’est pas l’oubli des croyances ou je ne sais quel conflit avec les religions, a déclaré le président. La laïcité, c’est la liberté de conscience, mais c’est aussi des règles qui font que les religions n’ont pas leur place dans l’école. » Ce qui n’empêche pas un « enseignement laïque des religions », précise-t-il.

Le ministère de l’Éducation nationale va créer des modules de formation sur la laïcité destinés aux enseignants actuels et futurs. La Charte de la laïcité, déjà affichée dans tous les établissements publics, sera présentée chaque année aux élèves et signée par les parents.

Visiblement heurté par les élèves qui, le lendemain des attentats, ont perturbé la minute de silence observée dans toutes les écoles, François Hollande souhaite aussi « un renforcement des maîtres et de leur autorité ». « Vous n’êtes pas seuls », dit-il. Selon lui, « le maître n’est pas un fonctionnaire comme les autres » et « l’école doit être un sanctuaire de civilité ». Aucun incident ne sera laissé sans suite, tranche-t-il.

Dans la foulée, le président a aussi annoncé un apprentissage plus systématique du monde des médias « pour que chaque élève puisse comprendre ce qu’est une information […], une rumeur, un bruit, une malfaisance ».

Les Français n’ont pas fini de parler du rôle de l’école à la suite de ces événements. Ce jeudi, un séminaire gouvernemental abordera l’ensemble de la question éducative sous l’angle des attentats qui se sont produits il y a deux semaines.

Des moyens exceptionnels

L’autre volet de la riposte gouvernementale concerne la sécurité. Écartant l’hypothèse d’un Patriot Act à la française, le premier ministre Manuel Valls a annoncé que l’État consacrerait à 736 millions d’euros supplémentaires à la lutte contre le terrorisme d’ici 2017, dont 246 millions dès 2015. Pour traquer les 3000 individus soupçonnés d’activités liées au terrorisme islamiste (1300 seraient passées par la Syrie), le gouvernement va engager 2500 personnes. La moitié sera affectée aux services de renseignement et les autres aux prisons, aux douanes ou au ministère de l’Économie pour lutter contre le financement des réseaux terroristes.

Le premier ministre a aussi annoncé la création d’un fichier particulier comme celui qui existe pour les délinquants sexuels. Il recensera « toutes les personnes condamnées ou mises en cause pour des faits de terrorisme ». On envisagera aussi de modifier certaines lois afin, par exemple, de faciliter la pose de balises GPS sous les voitures. Le gouvernement veut enfin renforcer les contrôles aux frontières de l’espace de Schengen, la surveillance d’Internet ainsi que la lutte contre la propagation du radicalisme islamiste dans les prisons. Déjà la prison de Fresnes, au sud de Paris, regroupe les islamistes radicaux dans des quartiers à part. Le programme sera étendu à quatre autres prisons et une soixantaine d’aumôniers musulmans supplémentaires seront recrutés.

Le gouvernement n’a pas rejeté la proposition de l’UMP de créer une peine d’« indignité nationale » qui permettrait de déchoir un terroriste de certains de ses droits civiques. L’étude en sera confiée aux présidents des commissions des lois de l’Assemblée et du Sénat.

À propos de l’UMP, il semble que l’union nationale prêchée par François Hollande connaisse ses premiers ratés. Nicolas Sarkozy est le seul chef d’un grand parti politique qui n’a pas assisté lundi soir la célébration des 70 ans de l’AFP célébrant justement la liberté de presse. mercredi, en direct sur France 2, l’ancien président a réclamé une application plus rapide des mesures proposées par Manuel Valls.

Apartheid ?

La polémique s’est aussi poursuivie sur les mots du premier ministre qui, la veille, avait décrit les banlieues françaises comme un « apartheid territorial, social, ethnique ». La comparaison avec un régime de ségrégation systématique inscrit dans les lois a été jugée « irresponsable » et « insultante » par le vice-président du Front national, Florian Philippot, qui accuse le premier ministre de « jeter de l’huile sur le feu ». La vice-présidente déléguée de l’UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, a elle aussi jugé ce mot « insultant pour la République ». Le premier ministre a même été désavoué par son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, pour qui, « en France, il n’y a pas de ségrégation juridique ».

Cette déclaration a soulevé de vives controverses dans le monde intellectuel, où l’on a souligné que jamais l’État français n’avait souhaité la création de ghettos, ceux-ci étant plutôt la conséquence d’une mauvaise gestion des flux migratoires. Invité sur Europe 1, le philosophe Alain Finkielkraut s’en est remis à Albert Camus, pour qui « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

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