Le nouveau numéro provoque la colère

Pendant que la France enterre ses morts, la parution d’une caricature de Mahomet en une de Charlie Hebdo provoquait une fois de plus l’indignation tant dans le monde musulman qu’au Vatican, jeudi, au lendemain de la publication de cette « édition des survivants » du journal.

La solidarité affichée ces derniers jours avec la France se transformait rapidement en courroux, les gouvernements de nombreux pays à majorité musulmane réagissant durement à la une de l’hebdomadaire où figure, sous le titre provocateur « Tout est pardonné », un dessin de Mahomet, larme à l’oeil, tenant une affiche « Je suis Charlie », slogan des défenseurs de la liberté d’expression depuis les attentats. En France, « on peut tout dessiner, y compris un prophète », a insisté la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Peut-être, mais ailleurs l’image passe plus difficilement.

L’Iran, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal et la Turquie, parmi d’autres, ont carrément interdit la diffusion du journal sur leur territoire, considérant la caricature comme une « insulte » aux deux milliards de fidèles de l’islam dans le monde, tandis que le roi de Jordanie qualifiait le journal d’« irresponsable et inconscient » et que le Parlement pakistanais criait au blasphème.

« Sur instruction du président, le Niger a décidé d’interdire la publication et la vente de ce numéro sur l’ensemble du territoire national », a précisé le ministre de la Justice Marou Amadou. Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, faisait pourtant partie des six chefs d’État africains qui ont participé à la Marche républicaine le 11 janvier à Paris. « Nous sommes tous Charlie », avait même déclaré M. Issoufou, une prise de position fortement critiquée par des associations musulmanes et des ONG locales.

Au Koweït, des dizaines d’islamistes rassemblés devant l’ambassade de France arboraient des banderoles condamnant le journal. D’autres manifestations se sont tenues en Syrie et ailleurs dans le monde arabe. « Nous condamnons les attentats terroristes, mais aussi toute atteinte à la religion musulmane, ses symboles et son prophète », a déclaré pour sa part le gouvernement du Maroc par l’entremise du ministre de la Communication, Mustapha el-Khalfi. Le Maroc a décidé « de ne pas autoriser la diffusion […] des publications étrangères qui ont reproduit de nouveaux dessins » du prophète, a-t-il ajouté. M. Khalfi n’a pas souhaité communiquer « le nombre et les titres » concernés par cette mesure « prévue par la loi ». Mais plusieurs quotidiens étrangers comme Le Monde ou Libération, habituellement distribués au Maroc, étaient introuvables. Le Sénégal, pays « laïque » où la censure de journaux est rare, a lui aussi interdit la vente du journal.

Le journal turc Cumhuriyet fut le seul du monde musulman à reproduire la une du numéro de Charlie Hebdo. La caricature, qui accompagne deux éditoriaux, a valu aux auteurs des deux textes des accusations d’« incitation à la haine » et d’« insulte aux valeurs religieuses », a précisé l’agence gouvernementale Anatolie.

Plus près d’ici, face à l’inconfort suscité par les caricatures de Mahomet dans la presse anglophone, l’agence La Presse canadienne a annoncé qu’elle diffusera vendredi aux entreprises de presse abonnées à son service deux versions d’un reportage vidéo sur Charlie : la première ne contiendra pas de cliché du dessin, l’autre, disponible sur demande uniquement, le présentant.

Émouvantes funérailles

Au cours des funérailles d’un des dessinateurs de Charlie Hebdo, Tignous, sa compagne a appelé, très émue, au respect de la laïcité. Les obsèques de quatre autres victimes, dont l’emblématique caricaturiste Wolinski, ont également été célébrées jeudi. Celles de Charb, le patron du journal et premier tué dans l’attentat, auront lieu vendredi dans l’intimité au nord de Paris. C’est dans ce contexte qu’est arrivé jeudi soir à Paris le secrétaire d’État américain John Kerry, après l’absence remarquée de responsables américains de haut niveau à la manifestation monstre de Paris.

Un jour après sa publication, l’édition des survivants de Charlie Hebdo continuait d’être en rupture de stock un peu partout dans le monde, y compris à Montréal et à Paris. Cinq millions d’exemplaires devraient être mis en vente. En graves difficultés financières dans les mois précédant la tragédie, l’hebdomadaire avait réduit son tirage à 60 000 exemplaires.

Madrid enquête

Madrid a ouvert jeudi une enquête afin d’en savoir plus sur un possible séjour d’Amedy Coulibaly, l’un des auteurs des attaques de Paris, en Espagne. L’Espagne enquêtera sur l’éventuelle présence en Espagne de Coulibaly, de sa compagne Hayat Boumeddiene et d’une « troisième personne qui pourrait avoir aidé cette dernière à se rendre en Syrie ». Les enquêteurs espagnols chercheront à déterminer s’il était en contact avec des personnes censées lui fournir un soutien uniquement logistique en l’hébergeant ou si cette éventuelle cellule pouvait avoir une vocation plus opérationnelle et chercher à passer à l’action par le biais d’attentats en Espagne. Agence France-Presse
1 commentaire
  • Gilles Delisle - Abonné 16 janvier 2015 08 h 16

    Ils n'ont rien compris.

    La liberté d'exression et la laicité en France ne date pas d'hier! Il suffit de lire le texte de Christian Rioux aujourd'hui: et faites le traduire en langue arable S.V.P.