La France doit-elle maintenant changer sa diplomatie?

La ministre de la Justice française, Christiane Taubira
Photo: François Guillot Agence France-Presse La ministre de la Justice française, Christiane Taubira

La France doit-elle revoir sa diplomatie, en particulier ses relations avec certains pays arabes, après les attentats djihadistes et antisémites de la semaine dernière ? Et qu’en est-il de ses engagements militaires ?

« Quand on voit ce que fait le Qatar au Sahel, où il soutient les groupes rebelles, il est évident que cela va clairement contre les intérêts de la France », estime l’analyste irlandaise Judy Dempsey, de la Fondation Carnegie Europe, à Bruxelles.

Régulièrement accusé d’aider les djihadistes du Sahel, le richissime émirat gazier, grand allié de Paris, est également soupçonné de soutenir au Proche-Orient des groupes extrémistes proches des Frères musulmans.

La France maintient pour sa part plus de 3000 soldats au Sahel, dans le cadre d’une vaste opération de lutte contre les islamistes radicaux qui couvre cinq pays (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso), et les responsables français insistent sur la nécessité de poursuivre l’opération sur le long terme, face à la « somalisation » de la Libye, repaire d’éléments armés.

L’Assemblée nationale a par ailleurs voté mardi à la quasi-unanimité, phénomène rare en France, la poursuite des bombardements français contre le groupe État islamique en Irak. Cet déploiement aérien, qui s’inscrit dans une coalition menée par les États-Unis, mobilise 800 soldats français.

Les alliances

Pour l’ancien premier ministre conservateur, François Fillon, les attentats de Paris obligent la France à « revoir ses alliances ». La cause de ces attentats, a-t-il expliqué mardi à la radio France inter, est « le basculement dans le terrorisme de territoires entiers, la Syrie, l’Irak, le Yémen, la Libye, une partie du Sahel ». Saïd Kouachi, un des deux frères auteurs du massacre au journal Charlie Hebdo, s’était entraîné avec al-Qaïda au Yémen, et Chérif Kouachi participait au recrutement de djihadistes pour l’Irak.

M. Fillon souhaite en particulier une révision de relations entre la France et ceux des pays arabes qui ont « un langage équivoque » concernant l’extrémisme islamiste. Avec le Qatar qui pourrait bientôt acheter les avions de combat français Rafale, et qui vient juste de prendre possession du tout nouveau A350 d’Airbus ? « Je n’en sais rien, répond M. Fillon, mais je voudrais qu’on mette les gens devant leurs responsabilités, que les pays arabes soient en première ligne. »

Autre choix possible pour Paris : associer à ce combat d’autres acteurs majeurs, tels que la Russie ou l’Iran. « On a laissé pendant 35 ans l’Iran en dehors du jeu, mais si on veut résoudre ce type de problèmes il va falloir compter avec les Iraniens, qui ont le pouvoir d’agiter toutes les communautés chiites de la région », explique un spécialiste français du renseignement, qui a requis l’anonymat.

Mince marge de manoeuvre

Mais la France, de même que l’Europe, ont une marge de manoeuvre limitée, lorsqu’il s’agit de repenser leurs alliances. Car comment travailler avec la Russie, allié traditionnel de Damas, quand on lui impose des sanctions pour son soutien aux rebelles ukrainiens ? Ou avec l’Iran, acteur de poids en Syrie, en Irak ou au Liban, soumis également à des sanctions occidentales tant qu’il n’aura pas clairement renoncé à l’arme nucléaire ?

L'Iran

« Espérer un appui accru de l’Iran à nos efforts contre Daesh [autre nom du groupe État islamique] en échange d’une complaisance de notre part sur les violations par Téhéran de ses engagements en matière de non-prolifération serait une erreur profonde », déclarait en décembre le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Et, du point de vue occidental, il y a peu à attendre de la Russie, « quand on voit les difficultés actuelles avec l’Ukraine », affirme Judy Dempsey.

Si elle ne peut pas se tourner vers la Russie, la France peut-elle au moins compter sur la solidarité européenne, face à la menace islamiste ? Pas au plan militaire en tout cas, souligne Alain Chouet, ancien responsable à la DGSE, le service de renseignement français. « Le poids de l’engagement militaire […] est laissé à la France et au Royaume-Uni », notamment dans l’alliance militaire contre Daesh, note cet expert de la Fondation Robert Schuman (Bruxelles). Cet effort militaire vaut par ailleurs aux deux pays des soupçons, de la part de leurs collègues européens, « d’une subordination excessive à l’atlantisme et d’entretenir des visées néocoloniales ou de puissance », ajoute-t-il.

1 commentaire
  • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 15 janvier 2015 08 h 12

    C'est vraiment intéressant

    Un ancien premier ministre conservateur qui soutient exactement la même chose que ceux que Bock-Côté, Martineau et Christian Rioux accusent d'être des apologistes de la terreur:

    «La cause de ces attentats, a-t-il expliqué mardi à la radio France inter, est « le basculement dans le terrorisme de territoires entiers, la Syrie, l’Irak, le Yémen, la Libye, une partie du Sahel »».