Grenoble, ville sans pub... ou presque

La Ville a mis fin à son contrat avec le géant français JCDecaux.
Photo: Jean-Pierre Clatot Agence France-Presse La Ville a mis fin à son contrat avec le géant français JCDecaux.

Des écrans partout. Dans le métro, sur les trottoirs, à l’entrée des villes, sur les murs des immeubles et aux arrêts de bus. Accrochée aux parois des Alpes, la ville de Grenoble a décidé d’en finir avec cet envahissement publicitaire. Du moins en partie.

La décision n’a pas fini de faire parler dans toutes les grandes villes européennes. À peine élu, le nouveau conseil municipal de Grenoble a décidé de mettre fin à son contrat avec le géant français de la publicité JCDecaux. Aux poubelles, les gigantesques panneaux lumineux de 8 mètres carrés et les plus petits de deux mètres de haut où les publicités tournaient en boucle. Le géant publicitaire devra même remballer ses colonnes Morris qui annonçaient les événements culturels.

C’est une première en Europe. La nouvelle coalition écologiste du maire Éric Piolle qui dirige la ville va ainsi supprimer de l’espace public de la ville 326 panneaux couvrant 2051 mètres carrés de publicité. On en profitera pour planter une cinquantaine d’arbres à la place et favoriser l’affichage des organismes communautaires.

Pour l’adjointe au maire Lucille Lheureux, chargée des espaces publics, « il s’agit d’une évolution normale liée à l’évolution de la ville. Cette publicité sauvage était liée à la ville des années 60 et 70, celle de la société de consommation avec son béton et ses autoroutes. Il fallait des publicités visibles de partout en voiture. Tout cela est devenu obsolète. La ville se tourne aujourd’hui vers les quartiers avec ses tramways et ses commerces de proximité. »

 

Une perte sèche

Lucille Lheureux affirme que cette décision est soutenue par les commerçants grenoblois qui n’utilisaient pas ces espaces essentiellement monopolisés par de grandes marques françaises et internationales. Le maire a d’ailleurs promis à ces commerçants de leur réserver une partie de cet espace maintenant libre afin qu’ils fassent connaître leurs activités, comme les marchés de Noël ou la Fête des lumières.

Ces contrats représentaient jusqu’à maintenant pour Grenoble des revenus de 645 000 euros (918 000 $) par an. À la mairie, on affirme que le nouveau contrat, s’il avait été renouvelé, n’aurait pas rapporté plus de 200 000 euros (285 000 $), soit moins de 1 % du budget municipal qui atteint 330 millions d’euros (470 millions de dollars). La Ville devra néanmoins installer de nouvelles colonnes Morris qui servent à annoncer les activités culturelles.

« C’est une décision politique que nous assumons, dit Lucille Lheureux. Nous l’avions promis en campagne électorale et nous l’avons fait ! Nous allons maintenant discuter avec les commerçants et les associations grenobloises de la façon dont nous devrions annoncer leurs activités. »

Chose certaine, cette décision a fait parler de Grenoble dans le monde entier. Lucille Lheureux a reçu des appels d’un peu partout. La ville de Prague s’est montrée intéressée par l’expérience de Grenoble. Quelques villes songent à lui emboîter le pas. À Bordeaux, un nouveau règlement devrait réduire la surface des affiches dans l’agglomération et supprimer les panneaux de 12 mètres carrés. Bien avant Grenoble, depuis 2009, la petite ville de Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence, avait banni la publicité de ses rues. Il faut dire que la ville est rattachée au parc régional du Luberon où une publicité trop agressive pourrait choquer les visiteurs.

À Lille, on songe aussi à imiter Grenoble. Mais, la note pourrait ici atteindre 1,5 million d’euros (2,13 millions de dollars) ! Dans le chef-lieu du Nord-Pas-de-Calais, un commando antipub appelé « Les Déboulonneurs » barbouille régulièrement les panneaux publicitaires de peinture.

Depuis les années 2000, les associations antipubs pullulent en France. Cela va de Paysages de France, aux Reposeurs en passant par Résistance à l’agression publicitaire (RAP). À l’appel du collectif Zéro Watt, vendredi dernier, une opération d’extinction des publicités lumineuses a été menée dans une vingtaine de villes françaises.

Les abribus

Ailleurs dans le monde, c’est la ville de Saõ Paulo qui, dès 2007, avait montré la voie avec sa loi Cidade Limpa (Ville propre) qui supprimait tous les panneaux publicitaires. Depuis, les habitants ont redécouvert l’architecture de certains immeubles qui étaient presque entièrement couverts.

À Grenoble, la publicité des abribus demeurera néanmoins intacte. Le contrat n’arrive à échéance qu’en 2019 et il en coûterait une fortune de le rompre unilatéralement, dit Lucille Lheureux. Sans compter qu’il ne concerne pas que la ville, mais toute l’agglomération, et rapporte 500 000 euros (711 000 $) chaque année. Il faudrait de plus reconstruire tous les abribus puisque, comme souvent en France, c’est l’annonceur qui les prend totalement en charge en échange de l’espace publicitaire offert par la ville.

Lucille Lheureux est convaincue qu’en supprimant la publicité, Grenoble montre la voie aux villes de demain. « Nous sommes des précurseurs. Ces panneaux publicitaires sont d’une autre époque et ils ne correspondent plus à la ville d’aujourd’hui. Il serait temps qu’on le comprenne. »

1 commentaire
  • Gilles Delisle - Abonné 23 décembre 2014 09 h 02

    Nous sommes jaloux!

    Des villes qui décident d'épurer les espaces verts, de cette publicité nauséabonde qui inonde les abords de nos autoroutes, et des régions touristiques comme les Laurentides , ici. Le métro de Montréal n'est pas en reste avec de la publicité partout, dans les wagons, sur les tourniquests, avec de grands panneaux de publicité dans chacune des stations! Nos grandes villes souffrent depuis trop longtemps de ce fléau, et elles sont devenues le dépotoir de la réclame. A quand, un mouvement municipal qui prendra la tête d'un renouveau du paysage citadin, au Québec!