Le Bélarus gagné par la panique

Le Bélarus s’est trouvé confronté vendredi à un mouvement de panique de sa population qui s’est ruée vers les bureaux de changes de crainte de voir leur monnaie plonger dans la foulée de l’effondrement en Russie du rouble.

Les pays de l’ex-URSS restent très liés économiquement à la Russie, surtout le Bélarus et le Kazakhstan qui appartiennent à la zone de libre échange menée par Moscou, et le plongeon historique subi par le rouble fait craindre des effets domino dans toute la région. Le Kazakhstan a ainsi déjà dévalué sa monnaie de 16 % en février à cause de l’affaiblissement du rouble.

Intervention de la banque centrale

Alors que des queues se formaient devant les bureaux de changes de Minsk, souvent à court de devises, la banque centrale a décrété une taxe «temporaire» de 30 % sur l’achat de devises et imposé aux exportateurs de vendre la moitié de leurs revenus en devises.

Elle a aussi augmenté certains de ses taux pour pousser les Bélarusses à laisser leur argent sur des comptes offrant des rendements améliorés, selon un communiqué publié sur son site internet.

Cette ex-république soviétique à l’économie dirigiste, mis au ban des nations occidentales depuis la répression politique menée par le président Alexandre Loukachenko en 2010, dépend très étroitement de la Russie voisine. Ses habitants ont déjà vécu en 2011 une dramatique crise financière avec dévaluations en série et inflation galopante.

La tournure dramatique des événements pris par la crise en Russie a fait craindre aux Bélarusses une répétition du scénario.

Vendredi, certains bureaux de changes sont restés fermés et il fallait parfois faire la queue pendant deux heures pour retirer du liquide à la banque. Les cours du rouble bélarusse dans les bureaux de changes étaient vendredi matin en baisse de 8% par rapport à la veille. Les autorités ont préféré laisser fermés les marchés financiers locaux vendredi.

Vers une crise financière

Le mouvement de panique actuel «s’explique par la dépréciation du rouble russe et des rumeurs de dévaluation prochaine du rouble bélarusse», a expliqué à l’AFP l’économiste Vladimir Tarassov.

«Pour l’instant la crise n’est que technique: les banques n’étaient pas prêtes à répondre à une telle demande de devises. Mais dans les jours à venir, elle peut se transformer en crise financière de grande ampleur si la Russie n’accorde pas une aide de quelques milliards de dollars», a-t-il ajouté.

Le président Loukachenko, au pouvoir depuis 20 ans, a exhorté les Bélarusses à ne pas céder à la panique.

«Ne vous inquiétez pas: quoi qu’il arrive, nous stabiliserons la situation en six mois grâce au système de verticale du pouvoir et de forte exigence que nous avons créé», a assuré l’homme fort du pays.

«Si quelqu’un à l’intérieur ou en-dehors du pays —et cette panique est créée uniquement sous la pression de circonstances extérieures— cherche à nous déstabiliser, il n’y parviendra pas», a-t-il ajouté.

Un responsable de la banque centrale a assuré que des avions chargés de devises étrangères étaient en route pour alimenter les bureaux de changes.

Cela fait des mois que le Bélarus souffre du ralentissement de l’économie en Russie, qui représente plus de 40 % de ses exportations. Sa situation budgétaire s’est considérablement dégradée et ses réserves de devises nettement réduites.

Le FMI avait prêté 3,5 milliards de dollars à Minsk en 2009 mais avait refusé d’apporter un nouveau soutien après 2011, Minsk refusant d’appliquer les réformes de libéralisation et de rigueur budgétaires demandés.

M. Loukachenko, qui avait accusé le Fonds de défendre des «intérêts de l’Occident et de l’Amérique», s’est tourné vers Moscou a versé à Minsk un crédit de 450 millions de dollars en janvier.

En mai, il a annoncé avoir obtenu l’accord de la Russie pour un nouveau crédit de deux milliards $.