Un dangereux jeu de cache-cache

Bruxelles — Plusieurs incidents récents, où des avions militaires ou civils ont failli heurter des appareils militaires russes, illustrent le jeu dangereux auquel se livrent la Russie et l’Occident dans le ciel européen sur fond de crise en Ukraine.

Le dernier incident majeur a eu lieu la semaine dernière, lorsqu’un appareil de la compagnie scandinave SAS qui venait de décoller de Copenhague a manqué de peu un avion militaire russe qui avait éteint son transpondeur, ce qui le rend invisible pour d’autres pilotes.

« C’est totalement irresponsable de mettre en danger de cette façon des vies civiles », a commenté le ministre danois des Affaires étrangères, Martin Lidegaard. En signe de protestation, le Danemark et la Suède ont chacun convoqué l’ambassadeur de Russie, alors que Moscou rétorquait que l’augmentation de l’activité militaire russe ces derniers mois était « une réponse aux activités de l’OTAN et l’escalade dans la région ». L’ambassadeur de Russie au Danemark a ensuite insinué que les Suédois fumaient trop de cannabis, les accusant de voir des incidents alors qu’il n’y en avait pas »

Plus sérieusement, ces comportements à risque pouvant entraîner des collisions inquiètent les autorités. La Commission européenne a demandé à l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) de mener une enquête. Ses recommandations sont attendues en mars.

« Même si la Russie affirme que ses appareils militaires restent dans l’espace aérien international, éteindre les transpondeurs puis s’approcher d’autres avions est très dangereux », souligne Brooks Tigner, rédacteur en chef du magazine spécialisé Security Europe. « Cela perturbe des règles de sécurité aériennes acceptées par tous et constitue un jeu risqué pour la Russie. »

Les appareils de l’OTAN laissent toujours leurs transpondeurs allumés, fait-il remarquer. « Tout appareil, qu’il soit militaire ou civil, doit faire fonctionner son transpondeur », a insisté l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui réunit le grande majorité des compagnies aériennes. Cela fait partie des « règles de sécurité clairement établies », rappelle-t-elle.

De nombreux incidents

Pas une semaine ne passe sans que l’on apprenne un nouvel incident aérien entre la Russie et les Occidentaux. Certaines capitales ont diffusé des vidéos, comme celle filmée il y a quelques semaines depuis le cockpit d’un F-16 de l’armée norvégienne : un appareil, présenté comme un Mig 31 russe, apparaît soudainement par la droite, déclenchant un « Nom de Dieu » chez le pilote norvégien obligé de virer sur la gauche pour l’éviter.

Selon l’OTAN, les interceptions d’avions militaires russes s’approchant des frontières de l’Alliance, dont des appareils capables de transporter des bombes nucléaires mais aussi des avions de chasse, ont augmenté de 50 % cette année. Au-dessus de la Baltique, le nombre d’interceptions a même été multiplié par trois, à plus de 100.

L’OTAN a intensifié sa présence dans l’est, en augmentant fortement le nombre d’avions de chasse qui y sont stationnés et opèrent les interceptions, une façon de rassurer les pays Baltes et la Pologne, qui ont subi le joug soviétique et sont très inquiets de l’attitude de la Russie.

La flotte russe a été fortement modernisée ces dernières années, et le trafic aérien a augmenté dans les régions européennes voisines de l’Ukraine, dont l’est est interdit de survol depuis qu’un avion de la Malaysian Airlines a été abattu par un missile en juillet, faisant 298 morts.

Les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN ont reconnu la gravité de la situation. Lors d’une réunion début décembre, ils étaient convenus qu’en cette période de tension », il fallait reprendre des échanges réguliers entre les militaires de l’OTAN et de la Russie pour éviter tout incident ainsi que « les éventuels malentendus liés aux activités militaires ». Mais aucune communication au niveau des chefs d’état-major n’a eu lieu depuis le mois de mai, a reconnu l’OTAN la semaine dernière, blâmant Moscou qui n’a montré aucun intérêt.

« Des avions de l’OTAN et de la Russie se poursuivent depuis des années, relativise Brooks Tigner. Ce jeu du chat et de la souris est typique. Le risque d’escalade est plus politique que militaire ».

1 commentaire
  • Yvon Marcel - Inscrit 19 décembre 2014 01 h 01

    D'abord une désescalade de l'Occident

    Il n'y a pas d'intérêt objectif à chercher querelle à la Russie, ce conflit doit se résorber pour le plus grand intérêt des Européens.