Quand le «oui» devance le «non»

Des partisans du camp du « oui » s’étaient rassemblés à Glasgow, le 28 août dernier, pour souligner la venue dans leur ville du premier ministre britannique, David Cameron.
Photo: Andy Buchanan Agence France-Presse Des partisans du camp du « oui » s’étaient rassemblés à Glasgow, le 28 août dernier, pour souligner la venue dans leur ville du premier ministre britannique, David Cameron.

Et si l’incroyable se produisait ? Et si l’énorme tabou de l’auto-détermination d’une région européenne tombait ? À dix jours exactement du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les partisans de la séparation se prennent à rêver.

 

Pour la première fois de la campagne, un sondage sérieux, de l’institut YouGov pour le Sunday Times, place le « oui » à l’indépendance en tête, avec 51 % en faveur, contre 49 % contre. Ce n’est qu’un sondage, parmi des dizaines d’autres qui ont jusqu’à présent toujours mis le « non » en tête, parfois même avec de gros écarts.

 

Et pourtant, il ne fait plus de doute que le camp du « oui » dispose d’un regain d’enthousiasme et que celui du « non » ne cache plus son inquiétude. La reine Élisabeth II, en principe neutre politiquement, serait, selon le Sunday Times, « horrifiée » à l’idée de voir son beau royaume éclater, trois cent sept ans exactement après les « Acts of Union » qui avaient consacré la réunion des royaumes d’Écosse et d’Angleterre.

 

Pragmatisme

 

Le camp du « Yes for Scotland » s’est bien gardé de faire preuve de triomphalisme. La vice-première ministre du parlement semi-autonome écossais, Nicola Sturgeon, a souligné que les partisans de l’indépendance avaient encore « beaucoup de pain sur la planche ». Mais elle s’est aussi félicitée du « fait que l’élan semble être du côté du oui ».

 

Le chancelier de l’Échiquier, George Osborne, a réagi immédiatement au sondage en annonçant qu’un plan de transferts de plus de pouvoirs d’autonomie au parlement écossais serait dévoilé dans les prochains jours et qu’il pourrait être mis en place très rapidement après le vote, à condition que le « non » l’emporte.

 

La campagne unioniste, « Better Together », a le désavantage de rassembler des partis qui d’habitude s’opposent : les conservateurs, les travaillistes et les libéraux-démocrates. Or, les conservateurs sont haïs en Écosse. Ils restent associés au souvenir de Margaret Thatcher et de ce qui a été perçu comme un dépeçage économique de la région. Au fil des années, les conservateurs ont été rayés de la carte politique écossaise. Aujourd’hui, seul un député conservateur écossais siège au Parlement de Westminster (contre 40 du Labour Party, 11 du Parti libéral-démocrate et 6 pour le Scottish Nationalist Party (SNP), le parti indépendantiste). Ce qui explique la relative discrétion du premier ministre David Cameron pendant la campagne.

 

Du côté travailliste, l’inquiétude se fait sentir. D’abord, parce que ce dernier sondage YouGov montre que de plus en plus de sympathisants travaillistes écossais désertent le camp du non pour se tourner vers l’indépendance. Près de 35 % d’entre eux s’apprêteraient à voter « oui » contre 18 % le mois dernier.

 

Et, pour Ed Miliband, le leader du Labour, la perspective d’une sécession du Royaume-Uni représente un véritable cauchemar, dans la mesure où le Labour puise énormément de ses députés en Écosse.

 

Le 18 septembre prochain, les 4,2 millions de résidents écossais âgés de plus de 16 ans devront répondre à une question très simple : « l’Écosse doit-elle être un pays indépendant ? ». David Cameron avait, au moment de s’accorder sur les termes employés dans le vote, refusé de rajouter une question sur une autonomie renforcée, dont Alex Salmond, le leader du SNP et premier ministre du parlement écossais, se serait contenté.

 

Aujourd’hui, la possibilité d’un séisme politique la semaine prochaine pour le Royaume-Uni n’est plus une utopie. Et même s’il répète à l’envi qu’il ne démissionnera pas, même en cas de victoire du « oui », personne n’imagine comment un premier ministre qui n’aurait pas réussi à maintenir l’unité de son pays pourrait rester en poste.

Une plus grande autonomie, promet Londres

Le gouvernement britannique prévoit offrir à l’Écosse davantage d’autonomie financière au cours des prochains jours. Le chancelier George Osborne a affirmé à la BBC, dimanche, que le gouvernement parachevait des plans pour accorder à l’Écosse une autonomie en matière de taxation et de fiscalité beaucoup plus importante, et qu’il dévoilerait ces propositions dans les prochains jours. Associated Press
10 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 7 septembre 2014 23 h 04

    Oui

    Oui, yes, si, da.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 8 septembre 2014 05 h 27

    Oui ou Non

    Que les fossoyeurs à la Chrétien et Trudeau se mèlent de leurs affaires.
    N'envoyez pas de Harper, à Londres, semer la zizanie.

    Laissez les Écossais décider entre eux.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 8 septembre 2014 08 h 22

    Vont-ils tombés dans le panneau comme nous?

    Voici la réponse de londres: http://www.ledevoir.com/international/europe/41783

    Pour ceux qui auraient la mémoire courte:

    « Ici, je m’adresse solennellement à tous les Canadiens des autres provinces. Nous mettons nos sièges en jeu, nous, députés du Québec, parce que nous disons aux Québécois de voter NON. Et nous vous disons à vous des autres provinces que nous n’accepterons pas ensuite que ce NON soit interprété par vous comme une indication que tout va bien puis que tout peut rester comme c’était auparavant. Nous voulons du changement, nous mettons nos sièges en jeu pour avoir du changement."

    Pierre Elliot Trudeau- Référendum 1980

    • Camille JURIE-JOLY - Inscrit 8 septembre 2014 16 h 39

      Un adepte de la pirouette, il ne s'en est jamais caché.

  • Bernard Plante - Abonné 8 septembre 2014 08 h 23

    Toujours les mêmes stratégies!

    Le discours du représentant du Non qui promet plus de pouvoirs aux Écossais est quasiment le même que celui de Trudeau père qui avait promis au Québec du changement si le Non l'emportait en 1980. Du changement il y en a eu: deux ans plus tard le Québec s'est fait imposer de force une Constitution dont il ne voulait pas et dont il ne fait toujours pas partie!

    Toujours les mêmes vieilles stratégies utilisées par les unionistes/fédéralistes lorsqu'ils sont acculés au pied du mur. Comme ils sont gentils lorsqu'ils n'ont plus le choix, n'est-ce pas? Risible. En espérant que les Écossais ne seront pas dupes.