Le monde entier sur les Champs

Des soldats algériens paradaient sur les Champs-Élysées, à Paris dimanche, lors d’une répétition générale en vue du défilé de ce lundi.
Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse Des soldats algériens paradaient sur les Champs-Élysées, à Paris dimanche, lors d’une répétition générale en vue du défilé de ce lundi.

Pas moins de 80 pays seront représentés ce lundi sur les Champs-Élysées pour le traditionnel défilé du 14 juillet. En ce centième anniversaire du déclenchement de la Grande Guerre, trois militaires de chacun des pays qui ont participé d’une manière ou d’une autre à celle que l’on croyait être « la der des der » ouvriront le cortège. Cette parade aux drapeaux fera de ce défilé, depuis longtemps ouvert aux armées étrangères, le premier qui honorera toutes les victimes sans exception, alliés comme ennemis.

 

Il faut dire qu’il y a peu de pays où la mobilisation pendant la Première Guerre a été aussi internationale qu’en France. L’armée française à elle seule comptait alors des milliers de volontaires issus des nationalités les plus diverses. Un grand nombre fut recruté dans les colonies, mais d’autres, comme ces Canadiens français engagés dans la Légion étrangère, accoururent simplement pour défendre la mère patrie.

 

À l’époque, explique Michel Laval, auteur de Tué à l’ennemi, La dernière Guerre de Charles Péguy (Calman-Lévy), « la France est perçue comme la terre du droit et de la liberté. Les volontaires étrangers vont se précipiter dans les bureaux de recrutement pour s’enrôler. Parmi ceux qui se précipitent, il y a l’écrivain suisse Blaise Cendrars. On ne voit pas ça en Allemagne. Il faut voir les Arméniens qui se mobilisent. Il y a des affiches en yiddish à Paris qui disent que le temps est venu pour les Juifs de payer leur tribut à la nation qui les a émancipés. Dans les Antilles, les députés noirs appellent les hommes à se mobiliser pour défendre la patrie qui les a émancipés de l’esclavage. La France entraîne avec elle les populations étrangères qui sont sur son territoire. »

 

Marsouins, bigors, tirailleurs, spahis, zouaves et Légion étrangère rassembleront près de 600 000 étrangers dont 450 000 combattront en Europe. Tous les épisodes de cette mobilisation ne sont pas aussi glorieux. Certains enrôlements ont été plus ou moins forcés. Parmi eux, le cas des Algériens demeure aujourd’hui le plus délicat.

 

La réconciliation difficile

 

Même si la polémique a été circonscrite, plusieurs en Algérie et en France se sont offusqués de la présence de trois soldats algériens sur les Champs-Élysées. La nouvelle de cette participation a d’ailleurs été rendue publique à la dernière minute. Une pétition disant « Non au défilé des troupes algériennes le 14 juillet 2014 » a été lancée par le député du Front national Gilbert Collard. Elle a recueilli 18 000 signatures. Quelques associations de pieds noirs ont aussi protesté contre cette présence, même si le Comité national de liaison des harkis y voit au contraire « un premier pas vers la réconciliation ».

 

Si 173 000 soldats algériens ont participé à la Première Guerre mondiale sous le drapeau français, c’est parce que l’Algérie était à l’époque un département français (d’ailleurs représenté à l’Assemblée nationale) où la conscription fut appliquée de la même manière qu’en France. Parmi ces conscrits, 23 000 tomberont sur le champ de bataille. La présence de l’Algérie sur les Champs « est une preuve que nous sommes rentrés dans une phase pacifiée avec l’Algérie », affirme-t-on au ministère français de la Défense.

 

Même son de cloche du côté des représentants officiels algériens. « Le peuple algérien assume toute son histoire et honore ses propres contributions à la liberté à travers le monde », déclare Ramtane Lamamra (selon l’agence APS). Le ministre des Affaires étrangères d’Algérie en profite pour dénoncer au passage ceux qui ont récemment brûlé des drapeaux algériens à Bourges lors du match de football Algérie-Allemagne.

 

Mais les avis divergent. « Autant ces festivités représentent une occasion de joie pour les Français, autant elles constituent […] une source de tristesse pour les Algériens », affirme Abderrezak Mokri, président du Mouvement (islamiste) de la société pour la paix. « Plusieurs centaines de milliers d’Algériens sont morts entre 1954 et 1962 sous le feu de l’armée française, rappelle Said Abadou, secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidines (anciens combattants). L’armée algérienne ne peut donc parader avec elle à Paris. En tout cas, tant que des excuses officielles n’auront pas été présentées par la France au peuple algérien. »

 

En toile de fond, se profile la discrimination dont furent l’objet les habitants des colonies lors de l’octroi des pensions et des privilèges consentis aux anciens combattants. Sur TV5 Monde, le chercheur associé à l’IRIS Saad Khiari a estimé que cette invitation exprimait « un pas de plus vers la normalisation des rapports entre les deux pays. C’est un travail qui aurait dû être fait depuis longtemps. Du côté algérien, je pense que le geste a été apprécié, même si cela arrive (hasard du calendrier ?) au moment où la France a besoin d’un allié sûr aux frontières du sahel ».

 

Un défilé « blanc »

 

Parmi les monuments soulignant le sacrifice des populations arabo-musulmanes en France, on trouve un monument commémoratif à Verdun et un autre à la Grande Mosquée de Paris. Cette dernière a d’ailleurs été érigée en 1922 en remerciement de cette participation. Rappelons qu’à l’époque, la présence des indigènes des colonies dans les armées françaises avait soulevé l’indignation du commandement allemand. Mais ce n’était pas par anticolonialisme. La presse allemande jugeait avilissant que « ses nationaux prisonniers au Dahomey et au Maroc soient gardés par des nègres ».

 

Un quart de siècle plus tard, le commandement américain réclamera (avec l’accord tacite du commandement britannique) que l’armée française interdise à ses soldats noirs de participer à la libération de Paris. Les Noirs représentaient pourtant les deux tiers des effectifs et les forces françaises ne comptaient pas une seule division entièrement « blanche ». Faute de mieux, on comblera les vides avec des Espagnols et des Maghrébins. Ceux qui fouleront les Champs-Élysées en ce 14 juillet s’en souviendront peut-être.


 
1 commentaire
  • RONALD LESAGE - Inscrit 14 juillet 2014 07 h 53

    Ça prenais qu'un journaliste de Radio tralala ... chaîne 19

    Pour se couvrir de ridicule tout en faisant preuve d'irresponsabilité et de manque de respect en riant et tentant d'entonner le début de l'hymne des Français vers 7.30 hr. .