Un nouvel obstacle pour Sarkozy 

L’ancien président français Nicolas Sarkozy photographié à Monaco, le 18 juin dernier, après avoir prononcé une conférence privée. Soupçonné de trafic d’influence et de violation du secret de l’instruction, il a été mis en examen après un long interrogatoire.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse L’ancien président français Nicolas Sarkozy photographié à Monaco, le 18 juin dernier, après avoir prononcé une conférence privée. Soupçonné de trafic d’influence et de violation du secret de l’instruction, il a été mis en examen après un long interrogatoire.

Les écueils s’accumulent sur le chemin du retour de Nicolas Sarkozy en politique. Après un interrogatoire de 16 heures, la nouvelle est tombée à 2 h 30 du matin. L’ancien président a été mis en examen et accusé de corruption active, de trafic d’influence actif et de recel de violation du secret professionnel. Deux de ses présumés complices ont aussi été accusés hier en fin de soirée : son avocat, Me Thierry Herzog, et Me Gilbert Azibert, avocat général de la Cour de cassation.

 

Dès 8 heures mardi matin, l’ancien président s’était présenté aux bureaux de l’office anticorruption de la police judiciaire de Nanterre, qui l’a mis aussitôt en garde à vue. Cette procédure, qui permet d’interroger un suspect pendant 24 heures, est courante en France. Mais c’était une première pour un ancien président. Nicolas Sarkozy est soupçonné de trafic d’influence et de violation du secret de l’instruction. Une accusation passible de dix ans de prison et de 150 000 euros d’amende.

 

Échange de services ?

 

Cette nouvelle « affaire » est apparue par hasard au début de l’année, alors que Nicolas Sarkozy et son avocat, Me Thierry Herzog, avaient été mis sur écoute dans le cadre d’une autre enquête. Depuis des mois, les juges d’instruction tentent de faire la lumière sur les accusations relatives au financement de la première campagne de Nicolas Sarkozy (2007) par le régime de l’ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. En septembre 2013, ils ont estimé que les soupçons justifiaient la mise sur écoute de l’ancien président et de son avocat.

 

Le 25 février 2014, le contenu de ces écoutes, réalisées sur une ligne téléphonique souscrite par Nicolas Sarkozy sous un nom d’emprunt (Paul Bismuth), a provoqué l’ouverture d’une nouvelle enquête. Les enregistrements laissaient penser que les deux hommes tentaient d’obtenir des informations confidentielles par l’entremise d’un juge de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, au sujet de la saisie des agendas de l’ancien président dans l’affaire Bettencourt. En échange, Azibert, proche de la retraite, aurait proposé qu’on intervienne en sa faveur pour qu’il soit nommé à Monaco. Nicolas Sarkozy et son avocat auraient aussi été informés illégalement qu’ils étaient écoutés et qu’une perquisition aurait lieu chez ce dernier.

 

L’UMP silencieuse

 

Devant cette nouvelle affaire judiciaire, les nouveaux dirigeants de l’UMP sont restés cois. Le triumvirat composé des anciens premiers ministres Alain Juppé, François Fillon et Jean-Pierre Raffarin n’a pas fait de déclaration.

 

Ce qui n’a pas empêché les proches de l’ancien président de protester haut et fort. Certains n’hésitent pas à parler d’un complot politique. « Nous sommes dans ce feuilleton à répétition dont vous verrez que tout sera fait pour empêcher Nicolas Sarkozy de revenir sur la scène politique », dit la députée européenne Nadine Morano, qui promet néanmoins « un happy end ».

 

Récemment, Nicolas Sarkozy avait comparé les enquêtes judiciaires dont il est l’objet à celles de la Stasi, les services secrets de l’ancienne Allemagne de l’Est. Son ami Arno Klarsfeld n’hésite pas lui non plus à faire de telles comparaisons, évoquant, cette fois, le régime de Vichy. « Un tel acharnement contre un opposant politique, excepté Vichy, on n’avait pas vu cela depuis le Second Empire », écrit-il.

 

Plus réservé, le maire de Nice, Christian Estrosi, estime que « jamais on n’aura affublé un ancien président d’un tel traitement, d’un tel déferlement de haine ». D’autres, à droite, se montraient confiants. Selon l’ancien ministre et ex-adversaire de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian, ces accusations ne pourront pas tenir, puisque l’ancien président n’avait pas l’autorité de promettre un poste à Gilbert Azibert.

 

Nouvelle embûche

 

À gauche, on était plus circonspect. Le président de l’Assemblée, le socialiste Claude Bartolone, a appelé à ne pas menacer par des déclarations inconsidérées « une institution républicaine comme la justice ». Selon le ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, « Nicolas Sarkozy est un justiciable comme les autres ».

 

Cette mise en examen apparaît comme une nouvelle embûche sur le chemin du retour éventuel de Nicolas Sarkozy en politique. L’affaire est d’autant plus embarrassante qu’elle est fondée sur des écoutes téléphoniques dont le contenu est aujourd’hui public. En toile de fond se profile aussi l’affaire Bigmalion qui ébranle l’UMP, soupçonnée d’avoir couvert frauduleusement le dépassement (d’au moins 50 %) des frais de la dernière campagne électorale de Nicolas Sarkozy.

 

Les inconditionnels de l’ancien président dénoncent un acharnement judiciaire. Seul contre tous : juges, Hollande, UMP. Il ne faut jamais attaquer un fauve blessé, titre l’hebdomadaire de droite Valeurs actuelles. À l’opposé, l’ancien premier ministre et rival de Sarkozy, François Fillon, aurait confié à l’AFP que « jamais Sarkozy ne pourra revenir, à cause des affaires ». Hier, sur les chaînes d’information, on se demandait si ces nouvelles accusations ne contribueraient pas à accélérer le retour de l’ancien président, qui devait faire connaître son intention de se présenter ou non à la direction de l’UMP avant la rentrée de septembre.

18 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 2 juillet 2014 01 h 00

    Au moins les cousins sont sérieux..

    Sarko en garde à vue, faut le faire.

    Ici on a une commission d'enquête et la juge qui la préside offre le thé... C'est ce qu'elle a fait avec Nathalie Normandeau. Quant à Charest, elle l'a rencontré en privé à ce qui parait. Et on ne saura pas ce qu'elle lui a demandé...

    Et on ne verra rien venir probablement après les multiples perquisitions au PLQ et aux multiples interrogatoires des ex ministres de Charest, et même des députés actuels du Gouvernement Couillard.

    Sont sérieux les cousins, avec les gens qui doivent rendre des comptes. Ici c'est clair, on est des amateurs...

    • Christian Fleitz - Inscrit 2 juillet 2014 08 h 19

      Oui, c'est aussi, tout simplement, l'héritage républicain : la Justice est indépendante, le droit est germano-latine et non le ramassis coutumier de la ''commom law'', la loi est la même pour tout le monde et les trafics électoraux sont proscrits. On est loin du système ''Whiggs'' anachronique encore subit par le Canada et le Québec.

    • Louis Huot - Inscrit 2 juillet 2014 12 h 41

      Non, M. Théberge, les cousins ont trop souvent démontré qu'ils ne le sont pas, sérieux, dans ces dossiers. Ce n'est qu'un baroud d'honneur.

      Ainsi dans l'affaire Juppé et les trafics de l'hôtel de ville de Paris, Alain Juppé fut condamné par la cour d'appel de Paris à un an et demi de prison, ce qui démontrait le sérieux du crime. Mais ce fut...avec sursis, le pauvre.
      L'automne suivant, il venait ici, invité pour un semestre par l'UQAM, faire une session de parlaillage devant les étudiants, question de se refaire une virginité. Puis l'année suivante, il était élu maire de Bordeaux. Et on parle de lui comme de l'un des plus sérieux candidats à la présidence pour l'an prochain. Incroyable!

      Rappelez-vous aussi le laxisme de la justice française dans l'affaire des diamants de Bokassa de Giscard, jamais poursuivi, même après avoir perdu son immunité en étant battu aux présidentielles de 1981 et dans l'affaire de la ''cellule africaine'' (un nid de vipères) à l'Élysée, du fils de François.

      Je mettrais beaucoup plus ma confiance dans l'UPAC!

    • Jean Cantin - Inscrit 2 juillet 2014 21 h 22

      Avez-vous remarqué d'ailleurs qu'ici, nous n'avons pas tardé à clouer au pilori le maire de la ville de Montréal qui a eu la décence de démissionner avec tous les soupçons de corruption qui planaient sur la ville dont il avait la charge et, il a dû témoigner publiquement à la fameuse commission Charbonneau alors que pour le chef au niveau provincial, nada.

      Le chef de la province ici semble intouchable.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 2 juillet 2014 02 h 07

    Et vive la France

    Qui n'a pas besoin d'une commission Charbonneau pour finalement aboutir à quelque chose et surtout la rapidité à laquelle elle peut réagir dans le cas de politiciens corrompus. Nous aurions beaucoup à apprendre sur le plan judiciaire pour avoir autant de dynamisme, nous qui ne cessons de tourner autour du pot (lire PLQ) et jamais aucune accusation n'est portée et notre argent coule... et coule encore.

    Ce que Jean Charest doit-être déçu de voir ainsi traité son grand ami français, lui qui se remettait à peine de la perte de son autre ami, feu Paul Desmarrais. C'est à croire qu'un malheur n'arrive jamais seul; mais patience, son tour viendra sûrement.

  • Pierre-Paul Roy - Abonné 2 juillet 2014 05 h 41

    Chez les Demarais ?

    Pour venir nous dire de rester dans le Canada a-t'on glisser une petite enveloppe à Sarko? Pourquoi ne pas enquêter ici aussi.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 2 juillet 2014 08 h 14

      C'est de noriété publique. Desmarais a financé la campagne de Zarkosy en échange de sa participation dans la pétrolière Total, et sa promesse de mettre fin au "Non-ingérence, non-indifférence" traditionnel de la France depuis DeGaule. Qui ne se souvient de ces individus ivres au Crillon, qui n'est pas sans rappeler "Letemps des bouffons" de Falardeau.

  • Danielle Houle - Inscrite 2 juillet 2014 07 h 49

    J'ai déjà oublié

    La plupart des Québécois ont déjà oublié (ou ignorent) les liens d'amitié tissés entre Sarko, Charest et Desmarais, comme ils ont déjà oublié les liens d'amitié tissés entre Couillard et Porter. On commence à voir un pattern au parti libéral qui pourrait se résumer à "qui se ressemble, s'assemble".

    • Daniel Lemieux - Inscrit 2 juillet 2014 14 h 17

      Ça nous donne aussi une idée des propos qui devaient s'échanger lors de leurs rencontres chez les Desmarais, à Sagard.

  • Jean-Pierre Contant - Inscrit 2 juillet 2014 08 h 03

    bienvenu les cousins

    La corruption, est-ce génétique?