«L’Europe est devenue illisible», dit Hollande

Le ministre français chargé des Affaires européennes, Harlem Désir, se rendant à une rencontre convoquée par le président François Hollande au lendemain du résultat des élections européennes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Francois Guillot Le ministre français chargé des Affaires européennes, Harlem Désir, se rendant à une rencontre convoquée par le président François Hollande au lendemain du résultat des élections européennes.

Le gouvernement français s’est réuni d’urgence au lendemain de la victoire du Front national de Marine Le Pen aux élections européennes tandis que, dans le reste du continent, on s’interroge sur l’ampleur réelle de la montée des partis populistes et eurosceptiques.

 

Cette progression tant redoutée par les états-majors des formations traditionnelles aura surtout touché la France, le Royaume-Uni et le Danemark. Ailleurs, elle a été plutôt modérée ou n’a tout simplement pas eu lieu.

 

Dans l’Hexagone, le Front national est arrivé nettement en tête du scrutin avec 25 % des voix. Il est devenu le premier parti de France, devant l’UMP (20,8 %) et les socialistes au pouvoir (14 %). Sa présidente, Marine Le Pen, a appelé le président socialiste François Hollande à déclencher de nouvelles élections législatives et à changer le mode de scrutin. Le FN n’a aujourd’hui que deux députés à l’Assemblée nationale française, et les prochaines législatives sont prévues en 2017.

 

Le gouvernement, dont les principaux ministres ont été convoqués pour une rencontre d’urgence par le président François Hollande, n’a pas l’intention de démissionner. « Notre pays traverse depuis longtemps une crise d’identité, une crise au sujet de la place de la France dans l’Europe, de la place de l’Europe dans notre pays », a cependant déclaré le premier ministre, Manuel Valls, sur les ondes de la radio RTL. Le chef du gouvernement s’est dit « convaincu que l’Europe peut être réorientée pour soutenir davantage la croissance et l’emploi ».

 

« L’Europe […] est devenue illisible, j’en suis conscient, lointaine, et pour tout dire incompréhensible, même pour les États », a dit le président Hollande dans un discours à la télévision. Il a appelé l’UE à « se retirer là où elle n’est pas nécessaire ».

 

Au Royaume-Uni, l’UKIP (United Kingdom Independence Party), la formation nettement eurosceptique que dirige Nigel Farage a remporté 27,5 % des voix et fait élire 24 eurodéputés, devançant les travaillistes, lesquels coiffent les conservateurs au pouvoir.

 

« L’armée populaire de l’UKIP a parlé et a délivré le résultat le plus extraordinaire en 100 ans de vie politique britannique », a déclaré M. Farage, qui entretient de sérieux espoirs en vue des législatives prévues en 2015. Aucune autre formation que les travaillistes et les conservateurs n’a remporté de scrutin à l’échelle nationale depuis 1910. L’ancien premier ministre travailliste Tony Blair s’est dit inquiet de la montée de l’UKIP. « Quand le monde évolue aussi rapidement, il ne faut pas que le débat soit dominé par les sentiments anti-immigrants et un désir de retirer la Grande-Bretagne de l’Union européenne : ce ne sont pas des solutions pour le XXIe siècle », a-t-il dit.

 

Au Danemark, le Parti populaire (DF) a remporté les élections avec 26,7 % des voix, devançant les sociaux-démocrates au pouvoir et remportant 4 des 13 sièges réservés au royaume au Parlement de Strasbourg.

  

Des percées à gauche

 

Dans la plupart des autres pays de l’Union européenne, les électeurs ont favorisé des formations centristes et mieux disposées à l’égard des institutions communautaires.

 

Cela a été le cas en Italie, où le Parti démocrate (centre gauche) du premier ministre Matteo Renzi a recueilli 40,8 % des votes, devant les eurosceptiques de gauche de l’humoriste Beppe Grillo. En Espagne, pays durement touché par la crise financière, les deux principaux partis se sont maintenus en tête, mais ils ont perdu des sièges au profit de nouveaux partis de gauche. Ceux de Grèce, probablement les plus durement touchés de toute l’Europe, ont favorisé les candidats d’un parti de la gauche dite « radicale », la « liste Syriza », qui gagne 42 sièges (7 de plus qu’en 2009). Ils l’ont préférée aux formations traditionnelles et à l’Aube dorée, un parti d’extrême droite souvent qualifié de « néonazi ».

 

Les Allemands ont constaté avec une certaine stupeur qu’un candidat de cette dernière mouvance, Udo Voigt, avait décroché un siège d’eurodéputé. C’est cependant le parti conservateur (CDU-CSU) de la chancelière Angela Merkel qui a fait le plein de voix (35,3 %) devant les sociaux-démocrates (27,3 %).

 

Les grands partis européens resteront largement majoritaires à Strasbourg, même s’ils perdent des plumes. Le Parti populaire européen (PPE), qui rassemble les formations de centre droit, dont la démocratie chrétienne, remporte probablement 214 sièges (59 de moins qu’aux élections européennes de 2009), tandis que les socialistes et les sociaux-démocrates sont crédités de 189 sièges (- 7).

 

À l’échelle du continent, un électeur sur deux n’est pas allé voter. C’est une des raisons qui expliquent le désarroi ressenti par une bonne partie de la classe politique traditionnelle, qui avait pourtant accordé beaucoup d’attention à ce scrutin qui s’est déroulé sur quatre jours, de jeudi à dimanche.

 

Les résultats en France et au Royaume-Uni retiennent l’attention de plusieurs éditorialistes, en Europe et aux États-Unis. Les mots « séisme » et « choc électoral » reviennent souvent. Le New York Times a parlé de « percée des groupes extrêmes ». Aux États-Unis, où l’on ne se passionne pas pour la politique européenne, on se demande surtout quel impact les résultats de ces élections auront sur les négociations pour le traité de libre-échange transatlantique, ainsi que sur le contentieux qui oppose plusieurs pays du Vieux Continent à la NSA et à des entreprises Internet comme Google.

 

« Le slogan “plus d’Europe” pourrait avoir fait son temps », écrit le Frankfurter Allgemeine Zeitung, constatant que de nombreux électeurs ont exprimé leur mécontentement envers les politiques suivies par leurs gouvernements et les institutions de Bruxelles.

 

Les chefs d’État et de gouvernement se retrouvent mardi soir dans la capitale belge pour analyser le scrutin. Le traité de Lisbonne, entré en vigueur en janvier 2010, recommande à ces dirigeants de désigner le président de la Commission européenne (premier fonctionnaire de l’UE) « en tenant compte des résultats des élections européennes ».

 

Avec l’Agence France-Presse
 

15 commentaires
  • Lisa Hamel - Inscrite 27 mai 2014 02 h 39

    C'est quoi ca?

    C'est Marine Le pen qui se régalera de cette sortie de Hollande. Qu'on le veuille ou non, il ne fait que prouver son point par cette sortie désespérée.

  • Patrick Asselin - Inscrit 27 mai 2014 02 h 45

    La fin d'une époque

    L'Europe en a assez du multiculturalisme. Ses différents peuples veulent retrouver leur identité et leur indépendance. Les grandes structures ne fonctionneront jamais. Le Canada en est un bon exemple. Que l'on soit fédéraliste ou souverainiste, il est temps que le Québec redevienne nationaliste. Notre héritage culturel est tout ce que nous avons.

    • Jacques Moreau - Inscrit 29 mai 2014 00 h 28

      Juste au sud de notre frontière, il y a une "grande structure" qui attirent des millions d'immigrants illégaux. Et ce pays est pratiquement fondé sur le "multicuralisme". Ils ont sues adopter des lois et des règles pour vivre ensemble, d'origine anglaise, allemande, italienne, française, espagnole, chinoise, etc. Je crois que le principe pour réussir est de ne pas demander "aux autres" ce que tu n'est pas prêt à faire ou céder toi-même.

  • michel lebel - Inscrit 27 mai 2014 02 h 57

    Désarroi

    La France est politiquement bien mal en point. Aucun leader d'envergure pour faire face à la situation. Ce pauvre Hollande ne fait pas le poids. Je vois des mois encore plus difficiles pour la France à l'horizon.

    Michel Lebel
    Paris

    • François Dugal - Inscrit 27 mai 2014 08 h 23

      Monsieur Lebel, croyez-le où non, je suis d'accord avec vous!

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 27 mai 2014 03 h 00

    Les grands empires ne durent pas

    Demandez à Alexandre Le Grand!

  • Guy Lafond - Inscrit 27 mai 2014 04 h 34

    Et la Suisse, elle?


    Que pense-t-elle de tout cela?

    • François Dugal - Inscrit 27 mai 2014 08 h 25

      La Confederaion Helvétique compte son argent, monsieur Lafond.

    • Michel Proulx - Inscrit 27 mai 2014 21 h 23

      Et la Suisse, elle?

      Et bien, le quotidien suisse Le Matin du 22 mai 2014 rapportait que le Tribunal fédéral a annulé la condamnation d'un néo-nazi pour avoir fait le salut nazi lors d'une manifestation sous prétexte qu'il ne faisait que montrer sa position d'extrême-droite, en hommage à Hitler.

      Le quotidien souligne "... en Suisse, les signes et symboles extrémistes ne sont pas poursuivis par la loi, à la différence de la propagande, suite à une volte-face du Conseil fédéral sur la question en 2010".

      À la question du quotidien: "La progression des partis d'extrême-droite aux élections européennes vous fait-elle peur?" 65,5% ont répondu NON (sur 2152 votes).

      Les élections européennes confirment cette montée de l'extrême-droite et vous devez vous en inquiéter.