Hollande appelle l’Union européenne à «se retirer là où elle n’est pas nécessaire»

Le président français François Hollande a appelé lundi l’Union européenne à «se retirer là où elle n’est pas nécessaire» pour être efficace, au lendemain d’une poussée historique des europhobes aux élections européennes.
 

Les chefs d’Etat et de gouvernement se retrouvent mardi soir à Bruxelles pour un tour d’horizon consacré notamment à une analyse du scrutin européen, marqué par la défiance ou le rejet, particulièrement en France où l’extrême droite est devenue la première force du pays.
 

«L’Europe, elle est devenue illisible, j’en suis conscient, lointaine, et pour tout dire incompréhensible, même pour les États», a dit M. Hollande dans une adresse à la télévision.
 

Estimant que «ça ne peut plus durer» et que l’UE doit être «simple, claire, pour être efficace», il l’a appelée à «se retirer là où elle n’est pas nécessaire», sans donner davantage de précisions.
 

Le triomphe dimanche du Front national en France, arrivé largement en tête avec un score historique de 25,4% vécu comme un séisme politique, a symbolisé la forte poussée de l’extrême droite et des europhobes dans l’UE, même si la droite conservatrice garde le plus grand nombre d’élus au Parlement.

Par ailleurs le gouvernement socialiste français entend aller de l’avant avec ses réductions d’impôts et d’autres réformes, en dépit de la victoire éclatante enregistrée par l’extrême-droite française lors des élections au Parlement européen.
 

«C’est l’emploi par le soutien aux entreprises», a également réaffirmé M. Hollande. «Ce n’est pas l’Europe qui nous demande de faire des réformes. C’est pour la France que nous devons les mener à bien», a-t-il dit.

Le président français François Hollande avait convoqué lundi une rencontre d’urgence des principaux ministres de son gouvernement pour élaborer une réponse à cette râclée électorale, qui a vu son Parti socialiste prendre une lointaine troisième place.

«Notre pays traverse depuis longtemps une crise d’identité, une crise au sujet de la place de la France dans l’Europe, de la place de l’Europe dans notre pays», avait auparavant déclaré sur les ondes de la radio RTL le premier ministre Manuel Valls.
 

Important gains des eurosceptiques


Les partis eurosceptiques ont fait d’importants gains dans plusieurs pays aux élections de dimanche.

En France, le Front national de Marine Le Pen est arrivé en tête, avec 25,4 % d’appuis, contre 21 % pour les conservateurs de l’ancien président Nicolas Sarkozy et 14,5 % pour les Socialistes. Le Front national occupera 22 des 74 sièges de la France au Parlement européen.

Le Front national n’a pas été le seul parti à profiter de la désillusion à l’égard de l’Union européenne.

Au Danemark, le Parti populaire danois, décrit comme populiste et xénophobe, aurait fait passer son nombre de sièges à quatre, par rapport à un seul auparavant. Les sociaux-démocrates maintiendraient cinq sièges.

En Allemagne, un tout nouveau parti qui milite pour le retrait du pays de la zone euro aurait remporté 6,7 % du vote.

Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté (PVV), une autre formation eurosceptique, serait toutefois passé de la deuxième à la quatrième place dans les sondages.

En Suède, les élections européennes ont été marquées par l’arrivée d’un parti féministe pour la première fois à Bruxelles. Le Parti d’initiative féministe aurait récolté 7 % des suffrages, selon des sondages effectués à la sortie des urnes. Ce parti s’en est directement pris aux mouvements de droite sur le Vieux Continent en scandant «Remplacez les racistes par des féministes!».

«Les politiques européennes seront différentes à partir d’aujourd’hui, a prévenu le politologue Doru Frantescu. L’électorat indique clairement qu’il veut une Union européenne plus efficace, qui livre plus de résultats aux citoyens, qui règle les problèmes économiques et le chômage. C’est pourquoi les gens se sont tournés (...) vers les eurosceptiques en général.»

Le Parlement européen, qui compte 751 sièges, est la seule institution élue par la population des 28 États membres de l’UE.

Merkel loue la France

À Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel a loué la France lundi pour avoir emprunté la voie des réformes, et a appelé à des politiques de «compétitivité» en Europe pour contrer la montée des partis populistes.

La montée des partis eurosceptiques et nationalistes est «regrettable», a déclaré Mme Merkel, tirant les conséquences du vote aux élections européennes de dimanche, au cours d’une conférence de presse à Berlin.

Elle a estimé qu’»une politique de compétitivité, de croissance, et d’emploi (était) la meilleure réponse» pour reconquérir les électeurs. «Cela vaut aussi pour la France», a-t-elle ajouté, soulignant qu’il fallait «faire une politique qui soit bénéfique pour la population».

La chancelière conservatrice a cependant salué «la politique de réformes» du gouvernement français, y décelant «des jalons pour mener la France à davantage de succès et de croissance».

Le vice-chancelier allemand, ministre de l’Économie, et chef des sociaux démocrates (SPD) Sigmar Gabriel, a estimé que le succès du Front National était «pour l’essentiel une expression aussi bien du mécontentement de la situation en France que naturellement une expression du mécontentement vis-à-vis de la situation actuelle de l’Union Européenne».

«On peut changer les deux», a-t-il dit, dans une autre conférence de presse à Berlin.

«Signal grave»

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a quant à lui qualifié la victoire du FN de «signal grave».

Mme Merkel a estimé qu’il fallait désormais «des discussions» pour nommer un nouveau président de la Commission européenne, tout en se réjouissant du «résultat solide» des conservateurs aux élections européennes.

En Allemagne, elle s’est réjouie du «net écart» de huit points séparant les conservateurs (CDU/CSU) arrivés en tête et les sociaux-démocrates du SPD, placés en deuxième position.

L’Union chrétienne-démocrate et l’Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) a cependant perdu 2,6 points par rapport à 2009, tandis que le SPD a enregistré un gain important de 6,5 points par rapport au point bas historique qu’il avait atteint il y a cinq ans.

La chancelière s’était beaucoup investie dans la campagne des européennes. Omniprésente sur les affiches de campagne de son parti, elle a aussi tenu de nombreux meetings à travers l’Allemagne.

Elle a salué lundi «la campagne menée avec (la tête de liste) Jean-Claude Juncker», qui a permis au parti populaire européen (PPE) de devenir la première force politique en Europe et «qui est notre candidat au poste de président de la Commission européenne».

Mais «ni les socialistes, ni les conservateurs ne réunissent suffisamment de voix par eux-mêmes pour former une majorité», a-t-elle souligné. «Il faut donc des discussions sur les personnes mais aussi sur le contenu» des politiques à mener, a-t-elle dit, évoquant des discussions mardi soir à Bruxelles au sein du Conseil de l’Europe et un dialogue avec le Parlement européen.

«Il est important pour nous qu’on discute aussi du fond, du chômage et de comment nous pouvons devenir plus compétitifs, comment nous pouvons créer de la croissance», a déclaré la chancelière allemande.

M. Gabriel a également plaidé en faveur de discussions au Parlement européen pour nommer le nouveau président de la Commission européenne: «le parti populaire européen va devoir faire des propositions afin que Jean-Claude Juncker obtienne l’aval du Parlement européen pour devenir président de la Commission».

Il a averti qu’»aucun président de la Commission ne pourrait être élu sans l’aval des sociaux-démocrates et de Martin Schulz».

L’Allemand Martin Schulz est le candidat du Parti Socialiste européen (PSE) à la présidence de la Commission européenne.

Mme Merkel, M. Gabriel et le président de la branche bavaroise des conservateurs (CSU), Horst Seehofer, les trois partenaires du gouvernement de grande coalition, devaient se rencontrer lundi soir à la chancellerie pour discuter du résultat du scrutin européen et trouver une ligne commune pour l’Allemagne avant la réunion de mardi à Bruxelles.