La mosaïque eurosceptique

Marine Le Pen, chef du Front national (France)
Photo: Agence France-Presse (photo) Kenzo Tribouillard Marine Le Pen, chef du Front national (France)

Paris — Le Front national, qui risque d’arriver premier en France dans cette élection européenne, est loin d’être le seul parti eurosceptique à enregistrer des progrès dans cette campagne. De la Finlande au Royaume-Uni, la crise de l’euro a donné du grain à moudre à tous les eurosceptiques, qui devraient entrer largement au Parlement européen le 25 mai prochain.

 

Mais le scepticisme à l’égard de l’Europe est loin de s’exprimer de manière unitaire. Non seulement ces partis ne sont pas unis à Bruxelles comme le sont les partis de droite (PPE), social-démocrate (PSE) et centriste (PDE), mais ils expriment une diversité de points de vue qui va de l’euroscepticisme tranquille de l’UKIP britannique à la droite dure du Jobbik nostalgique de la grande Hongrie en passant par l’Italien Beppe Grillo qui promet « un référendum pour sortir de l’euro ».

 

Pour former un groupe au Parlement européen, il faut faire élire 25 députés (sur 751) dans au moins sept pays membres. Le regroupement dont rêve Marine Le Pen pourrait regrouper le PVV néerlandais, la Ligue du Nord italienne, le FPÖ autrichien, le Vlaams Belang belge et le SNS slovaque. Un septième parti, les démocrates suédois, n’a pas encore confirmé sa participation. Si tel devait être le cas, ces élus disposeraient de subsides, de bureaux et de sièges dans les commissions. Mais quoi qu’il arrive, leur voix restera très minoritaire au Parlement européen.

 

L’UKIP en route pour la gloire

 

« J’aime l’Europe ! Ma femme est allemande. J’ai travaillé pour une entreprise française. Ce que je ne supporte pas, c’est ce projet d’harmoniser l’Europe, de la pasteuriser au détriment de sa diversité, de ses cultures. Cette Union européenne est le nouveau communisme, un pouvoir sans limites. » C’est avec de tels mots que Nigel Farage, leader de l’United Kingdom Independance Party (UKIP), est sur le point de remporter 30 % des voix aux élections européennes en Grande-Bretagne, où il est aujourd’hui au coude à coude avec les travaillistes.

 

Né en 1993 pour combattre le traité de Maastricht, l’UKIP a souvent atteint la barre des 15 % aux élections européennes. La véritable nouveauté, c’est qu’il a récemment obtenu 23 % aux élections locales et qu’il joue de plus en plus les trouble-fête en politique intérieure. C’est à son succès grandissant que l’on doit probablement la promesse de David Cameron de tenir un référendum au cours de son prochain mandat sur la participation du Royaume-Uni à l’Union européenne.

 

Réminiscence de la droite dure des années Thatcher, l’UKIP veut aussi fermer les frontières du Royaume-Uni. Telle est la cause d’un succès qui déborde aujourd’hui les seules élections européennes dans un pays qui a connu 15 années d’immigration record. Mais le parti prend bien garde de présenter des candidats issus de l’immigration malgré les déclarations outrancières de quelques autres.

 

D’ailleurs, l’UKIP a refusé de faire alliance avec le Front national au Parlement européen étant donné son « ADN lié à l’antisémitisme », a déclaré Nigel Farage. L’ancien courtier de la City a préféré s’allier au souverainiste français Nicolas Dupont-Aignan, que personne ne soupçonne de xénophobie et qui ne souhaite pas que la France quitte l’Union européenne, mais seulement l’euro. Le pari de l’UKIP, c’est de transformer une victoire aux européennes en véritable influence nationale. Chose certaine, Farage a déjà un vrai pouvoir de nuisance chez les conservateurs.

 

Geert Wilders, le libéral anti-islam

 

Les Pays-Bas sont, avec la France, l’autre pays fondateur de l’Union européenne qui a dit non au référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Rien de surprenant à ce que le populiste Geert Wilders, leader du PVV, soit aujourd’hui dans le peloton de tête. Contrairement à plusieurs partis, Wilders n’a pas craint de s’allier à Marine Le Pen et au Front national pour former un groupe commun au Parlement européen. Cette alliance a d’ailleurs été sévèrement critiquée par certains soutiens du parti.

 

L’homme qui dirige la troisième force politique du pays mène un combat forcené contre le « monstre de Bruxelles » et l’influence envahissante de l’islam, dit-il. Il a récemment perdu des soutiens après avoir déclaré qu’il allait s’organiser pour qu’il y ait « moins de Marocains » aux Pays-Bas. Contrairement à Marine Le Pen qui défend les acquis sociaux, Wilders est un libéral pur jus peu enclin à critiquer la réduction de la taille de l’État souvent prêchée par Bruxelles.

 

Le FPÖ autrichien

 

Allié à Marine Le Pen, le FPÖ est le seul parti d’extrême droite qui ait jamais dirigé un pays membre de l’Union européenne. Pour cette élection, le parti et son président, Heinz-Christian Strache, ont mis de côté leurs déclarations incendiaires et leurs personnalités les plus sulfureuses. On a même congédié le député Andreas Mölzer, qui avait comparé l’Union européenne au IIIe Reich et à un « conglomérat de nègres ».

 

Le FPÖ devrait recueillir dimanche environ 20 % des voix en Autriche. Il ressemble beaucoup plus à l’ancien parti de Jean-Marie Le Pen qu’à celui plus épuré de sa fille. Même s’il dénonce la politique de Bruxelles, le FPÖ peut difficilement crier au désastre. Son pays connaît le plus bas taux de chômage (4,9 %) de l’Union européenne.