À Donetsk, «l’élection présidentielle ukrainienne ne nous concerne pas»

Des miliciens prorusses vendredi près d’un poste de contrôle de Donetsk
Photo: Agence France-Presse (photo) Dimitar Dilkoff Des miliciens prorusses vendredi près d’un poste de contrôle de Donetsk
Donetsk — Entretien avec Denis Pouchiline, « président » séparatiste du conseil de la nouvelle « République populaire de Donetsk », où les combats s’intensifient.​
 

L’est de l’Ukraine va-t-il pouvoir voter à la présidentielle de dimanche ? À Donetsk, la capitale industrielle du Donbass, largement passée sous le contrôle des séparatistes, rien n’est moins sûr, à écouter Denis Pouchiline, « président » séparatiste du conseil de la nouvelle « République populaire de Donetsk ». Dans le même temps, les violences s’intensifient dans la région. Vendredi matin, sept combattants, a priori quatre insurgés prorusses et trois volontaires d’un des « bataillons » d’appui à l’armée ukrainienne, ont péri dans des affrontements près du village de Karlivka, sur la route permettant l’accès au nord-ouest de Donetsk.

 

Comment va se dérouler l’élection présidentielle ukrainienne dans le Donbass ?

 

Cette élection ne nous concerne pas, l’Ukraine est un pays voisin. Mais nous ne sommes pas des barbares, nous n’allons pas interdire le scrutin par la force. Nous ne pouvons pas aller contre la volonté des citoyens qui habitent ici. S’ils veulent voter, ils voteront. Cependant, beaucoup de gens viennent nous voir, et ils nous demandent d’empêcher ces élections. En fait, c’est la population elle-même qui ferme les bureaux de vote.

 

Les combats entre vos hommes et l’armée ukrainienne se sont intensifiés ces derniers jours. Prévoyez-vous de nouvelles offensives ?

 

Nous sommes en train d’élaborer une stratégie pour libérer notre territoire des occupants. L’armée ukrainienne est une armée d’occupation. Depuis le référendum du 11 mai dernier, nous sommes indépendants et nous devons défendre et libérer notre territoire. Nous formons des unités de volontaires, à Donetsk et à Slaviansk, pour résoudre ce problème.

 

Il y a quelques jours, Rinat Akhmetov, l’oligarque le plus puissant de l’Ukraine, a appelé les habitants du Donbass à descendre dans les rues pour des manifestations pacifiques contre les « bandits et les pillards » de la République populaire de Donetsk. On dit pourtant que l’oligarquevous a un temps financé. Pourquoi ce divorce ?

 

Rinat Akhmetov n’a jamais soutenu la République populaire de Donetsk. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois et nous avons négocié. Akhmetov a réaffirmé qu’il voulait que l’Ukraine reste unie. Ces dernières déclarations sont donc la fin logique de notre conversation. Il ne veut pas payer d’impôt à la République populaire de Donetsk, il veut continuer de payer ses taxes à Kiev. Il soutient donc la terreur organisée par le gouvernement ukrainien contre les citoyens du Donbass. C’est pourquoi nous avons décidé de nationaliser ses entreprises dans la région.

 

Est-ce une déception que Vladimir Poutine n’ait pas reconnu l’indépendance de la République populaire de Donetsk ? Qui sont les Russes qui travaillent au sein de votre gouvernement, comme le commandant Igor Strelkov et le chef du gouvernement, Alexander Borodaï ?

 

Vous pensez que Vladimir Poutine n’a pas soutenu l’idée de l’indépendance parce qu’il n’a pas encore fait de déclaration officielle ? Tout le monde à la Douma était derrière l’indépendance. Quant aux Russes qui travaillent avec nous, ce sont des volontaires. Nous ne pouvons pas refuser les volontaires. Il y a aussi dans nos rangs des citoyens d’autres « pays frères ».


Par Laurent Geslin