La France se donne un gouvernement resserré

Le président français, François Hollande (à droite), a salué son premier ministre, Manuel Valls, à son départ de l’Élysée, mercredi.
Photo: Agence France-Presse (photo) Éric Feferberg Le président français, François Hollande (à droite), a salué son premier ministre, Manuel Valls, à son départ de l’Élysée, mercredi.

À peine entré dans ses nouvelles fonctions, le nouveau premier ministre français, Manuel Valls, a prononcé ses premières paroles mercredi soir en montrant du doigt non seulement la crise économique, qui sera sa priorité, mais aussi « la crise d’identité », qui, dit-il, déchire la France. « Nous devons non seulement répondre à la crise économique, mais aussi à la crise de confiance », a-t-il déclaré sur le plateau de TF1.

 

Le premier ministre a défini ses priorités, qui consistent à redresser l’économie française abordant sans pudeur la réduction des déficits et n’hésitant pas à affirmer que « les entreprises ont besoin de liberté ». Il glisse au passage que la controversée réforme de la semaine de travail de 35 heures, longtemps considérée comme un marqueur de gauche, « c’est de la préhistoire ! » Une position qu’il ne juge en aucun cas contradictoire avec son engagement socialiste. « Je suis un homme de gauche profondément engagé », dit celui qui fut longtemps considéré comme le trublion du Parti socialiste (PS).

 

Le retour de Ségolène

 

En cette journée de remaniement, mercredi, le ballet des limousines s’est poursuivi toute la journée. Ce gouvernement resserré, comprenant seulement 16 ministres, est un des plus petits de la Ve République. Il marque le retour ou la montée en grade de plusieurs personnalités atypiques de la gauche, au premier rang desquelles se trouve l’ancienne candidate socialiste défaite à l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal.

 

À la tête d’un grand ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, la première compagne de François Hollande fait un retour fracassant et inusité pour un candidat défait à la présidence. Après Laurent Fabius, qui demeure au ministère des Affaires étrangères, où il est très apprécié, celle qui avait critiqué la naïveté des socialistes en matière de sécurité sera le numéro deux du gouvernement et aura la haute main sur l’Énergie, dont le nucléaire.

 

Autre représentant de cette école du PS, Bernard Cazeneuve remplacera Manuel Valls à l’Intérieur. L’ancien ministre du Budget avait soutenu son prédécesseur lorsque celui-ci avait affirmé que la majorité des Roms, en France, n’avaient pas nécessairement « vocation à s’intégrer ».

 

Duo de choc à l’Économie

 

L’autre changement majeur de ce remaniement est la nomination du couple Arnaud Montebourg et Michel Sapin au ministère de l’Économie. Bercy se voit redessiné sur le modèle d’un grand ministère de l’Économie de type allemand. Grand critique de la politique économique de l’Allemagne et chantre de la « démondialisation », Montebourg se retrouve à la tête de l’Économie, du Numérique et du Redressement productif. Ce bouillant partisan du « made in France »devra redonner du lustre à la compétitivité des entreprises.

 

Compagnon d’université du couple Hollande-Royal, Michel Sapin sera, lui, au ministère des Finances et des Comptes publics, responsable de la réduction des déficits et des dures négociations qui s’annoncent avec Bruxelles. Avec le départ de Bercy du vieil ami du Québec qu’est Pierre Moscovici, les rumeurs de sa nomination à la Commission européenne se multiplient. Il aurait alors à négocier avec son fougueux remplaçant, Arnaud Montebourg.

 

L’un des grands perdants de ce remaniement se nomme Vincent Peillon. Celui qui s’était cassé les dents sur la réforme des rythmes scolaires est remplacé à l’Éducation par Benoît Hamon, un représentant de la gauche du PS qui aurait fait alliance avec Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

 

Est-ce la fin des réformes de la famille qui avaient soulevé la contestation dans la France profonde ? L’égérie du mariage gai, Christiane Taubira, conserve son poste à la Justice même si les désaccords sont nombreux avec le premier ministre. Il en va de même de Najat Vallaud-Belkacem, qui reste au ministère des Droits des femmes, obtient les Sports, mais perd son rôle de porte-parole du président au profit de Stéphane Le Foll, un très proche de Hollande.

 

« Bateau ivre » ?

 

Gagnant des élections municipales de dimanche dernier, le président de l’UMP, Jean-François Copé, s’est dit « inquiet » et a qualifié le nouveau gouvernement de « bateau ivre ».

 

La plupart des analystes estiment cependant que François Hollande n’avait pas le choix de nommer Valls à Matignon après cette défaite sans précédent. Les critiques sont aussi venues de la gauche du PS, qui craint que le gouvernement mette de côté les réformes dites sociétales. Pour Christian Paul, proche de l’ancienne ministre Martine Aubry, il y a « un appel à l’expérience », mais pas à « l’imagination et aux idées nouvelles ». Si les Verts ont refusé de participer au gouvernement, les réactions de certains écologistes à la nomination de Ségolène Royal étaient parfois enthousiastes.

 

Le premier défi du nouveau premier ministre sera de mesurer son autorité dans sa propre majorité pour le vote de confiance qui doit avoir lieu à l’Assemblée nationale vendredi.

1 commentaire
  • Ève Marie Langevin - Abonnée 3 avril 2014 21 h 36

    Montesquieu à la rescousse

    Ils [les 'tantales' français] sont à présent dans une situation bien terrible. On vient d'établir une chambre qu'on appelle justice (1), parce qu'elle va leur ravir tout leur bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher leurs effets : car on les oblige de les déclarer au juste, sous peine de la vie. Ainsi on les fait passer par un défilé bien étroit : je veux dire entre la vie et leur argent. Pour comble d'infortune, il y a un ministre connu par son esprit, qui honore de ses plaisanteries et badine sur toutes les délibérations du Conseil. On ne trouve pas tous les jours des ministres disposés à faire rire le peuple, et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir entrepris.» LETTRE XCVIII, Usbek à Ibben, à Smyrne «Lettres persanes» Montesquieu, 1721.

    (1) Créée en 1716 par le Régent, en France, pour enquêter sur les abus des traitants ou financiers