Un nouveau premier ministre à Matignon

Manuel Valls
Photo: Agence France-Presse (photo) Alain Jocard Manuel Valls

Moins de 24 heures après le terrible verdict des urnes municipales, François Hollande a « totalement » assumé la responsabilité de la débâcle du Parti socialiste et annoncé la nomination d’un nouveau premier ministre, Manuel Valls, pour prendre le relais de Jean-Marc Ayrault, mais en s’en tenant dans les grandes lignes à la politique menée depuis deux ans par l’Élysée et Matignon.

 

Dans une allocution de huit minutes diffusée à 20 h locales lundi, le président de la République française a dit recevoir « personnellement » le message que les Français ont envoyé au second tour de ces élections, et qui confirmait la gifle donnée au premier tour. « Pas assez de changements, encore donc trop de lenteur. Pas assez d’emplois, encore donc trop de chômage. Pas assez de justice sociale, encore trop d’impôts. Pas assez d’efficacité dans l’action publique et donc encore trop d’interrogations sur la capacité de notre pays à s’en sortir, alors qu’il y a tant d’atouts », le chef de l’État français a résumé ainsi le « message » envoyé par les électeurs qui ont voté dimanche.

 

M. Hollande a remercié Jean-Marc Ayrault d’avoir « réussi à rétablir la situation très dégradée dont nous avions hérité » et il a confié à son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, 51 ans, le soin de former « une équipe resserrée, cohérente et soudée » pour franchir « une nouvelle étape ».

 

Le nouveau premier ministre est considéré comme un partisan de la ligne dure en matière d’immigration et de sécurité. Il a déjà adopté des positions controversées en tant que ministre de l’Intérieur. M. Valls a souvent été comparé à l’ancien président UMP Nicolas Sarkozy, mais également à Tony Blair. Sa conception du « socialisme » ressemble à celle de l’ancien premier ministre britannique et, comme ce dernier, il est au moins aussi populaire à droite que dans son propre camp.

 

Trois objectifs pour Manuel Valls

 

Le président Hollande impose trois objectifs à son nouveau premier ministre. D’abord, il lui demande de mettre en oeuvre le « pacte de responsabilité » qu’il avait annoncé au début de l’année et qui vise à relancer l’économie et l’emploi en réduisant le coût du travail. « Moins de charges sur les entreprises et en particulier sur les bas salaires, et en contrepartie, plus d’embauche et plus d’investissement »,c’est ainsi que le président de la République a décrit ce pacte.

 

La justice sociale constitue la « seconde mission » confiée à Manuel Valls. « Au pacte de responsabilité doit correspondre un pacte de solidarité », a déclaré M. Hollande. Pour y arriver : éducation, santé et sécurité sociale, restauration du pouvoir d’achat en abaissant les impôts. La troisième mission consiste à réduire les dépenses afin de financer le tout. François Hollande a terminé son allocution en appelant les Français à surmonter leurs divisions.

 

Plusieurs ténors de la gauche du Parti socialiste avaient réclamé ces derniers jours un changement d’orientation de la part du président. La nomination de Manuel Valls comme premier ministre n’est pas de nature à les satisfaire, pas plus que les alliés écologistes du PS. « C’est plus que surprenant de prendre celui qui est le plus à droite au Parti socialiste », a estimé la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, un des ténors du courant gauchiste du PS. Chef de file des sénateurs écologistes, Jean-Vincent Placé a brandi la menace d’une rupture de la majorité, à laquelle ce courant participait jusqu’à présent avec deux ministres.

 

À l’issue de ces municipales aux allures de référendum, le camp socialiste a perdu, surtout au profit de la droite, au moins 155 villes de plus de 9000 habitants, dont certains bastions qu’il détenait depuis plus d’un siècle. Consolation non négligeable, le PS conserve Paris, avec Anne Hidalgo, qui devient la première femme élue à la mairie de la capitale.

 

Toulouse, notamment, est passée à la droite classique. Le Front national (extrême droite) pourrait quant à lui remporter une quinzaine de municipalités, mais il a perdu la ville stratégique d’Avignon, passée aux socialistes. Les écologistes ont pour leur part conquis la mairie de Grenoble.

 

Signe d’un certain dégoût de la politique dans l’Hexagone, le taux d’abstention pourrait atteindre ou dépasser 38 %, ce qui constituerait un nouveau record.

 

L’Élysée a indiqué que la composition du nouveau gouvernement serait annoncée mardi. Parmi les noms qui circulent figure celui de Ségolène Royal, ancienne candidate socialiste à la présidence et ex-compagne de François Hollande.


Avec l’Agence France-Presse et Associated Press

1 commentaire
  • Marcel Dubien - Inscrit 1 avril 2014 01 h 49

    Toréador

    Monsieur Valls est d' origine espagnole et apprécie la tauromachie.
    Mais ca n'est pas encore la "corrida" même si déjà les deux seuls ministres, issus du mouvement écologiste, refusent de faire partie du nouveau gouvernement à former.
    Ils n'appréciaient pas les propos de Valls sur les Roms, et sa fermeté en général, alors qu'il était ministre de l' intérieur.