Municipales en France: le premier ministre admet l’échec du gouvernement

Paris — Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a reconnu dimanche que le sérieux revers subi lors des élections municipales par les socialistes au pouvoir était un échec pour le gouvernement et promis que ce «message clair» serait «pleinement entendu».

Ces élections «ont été marquées par la désaffection significative de celles et ceux qui nous ont fait confiance en mai et juin 2012», a-t-il déclaré. Elles sont «l’occasion pour les citoyens d’adresser un message, ce message est clair, il doit être pleinement entendu», a ajouté le premier ministre qui pourrait perdre sa place lors d’un prochain remaniement.

La gauche au pouvoir en France a enregistré dimanche un revers sévère au second tour de municipales au profit de la droite dans plusieurs villes importantes, tandis que l’extrême droite remportait au moins deux villes moyennes, Béziers et Fréjus, selon des premiers résultats et des estimations.

Le scénario d’un remaniement rapide du gouvernement français, qui comptait sur une vaste mobilisation des électeurs socialistes pour limiter les pertes enregistrées lors du premier tour le 23 mars, était donné comme le plus probable au lendemain du vote.

Comme dimanche dernier, l’abstention a été massive, à environ 38 %, selon les premières estimations. Le Parti socialiste a notamment perdu les villes de Roubaix (Nord), Reims (Est), Saint-Etienne, Limoges et Angers (Centre) et Quimper (Ouest).

Le Front national, qui a revendiqué le «meilleur score de toute son histoire», a remporté au moins six villes, dont Béziers (Sud-Ouest) et Fréjus (Sud), mais a échoué à conquérir Perpignan (Sud) et Avignon (Sud-Est).

La porte-parole du gouvernement socialiste Najat-Vallaud Belkacem a reconnu «des résultats indéniablement mauvais pour la gauche». «Nous en prenons acte, ils sont décevants pour nous», a-t-elle dit, en estimant que l’exécutif devait «renouer le dialogue avec les Français».

De son côté, le chef du parti de droite UMP Jean-François Copé a revendiqué «une grande victoire».

La droite obtiendrait en moyenne 45 % des voix au deuxième tour des élections municipales dans les communes de 1000 habitants au moins, et la gauche 43 %, selon un sondage OpinionWay pour Le Figaro.

Le FN obtiendrait 7 % des suffrages et les divers 5 %, selon ce sondage réalisé dans la journée de dimanche auprès de 4480 inscrits sur les listes électorales, représentatif de la population française (méthode des quotas).

Test électoral

Premier test électoral pour le président socialiste François Hollande depuis son arrivée au pouvoir en 2012, ce scrutin municipal a été marqué dimanche par un taux d’abstention record.

Le Parti socialiste paie l’impopularité majeure de l’exécutif et l’absence de mobilisation massive de ses électeurs.

Le taux de participation au second tour des municipales était estimée à 61,5 % par deux instituts, Ifop-SAS pour I-Télé et CSA pour BFMTV, ce qui constituerait un record d’abstention de 38,5 %, jamais atteint pour ce type d’élection.

À Paris, la socialiste Anne Hidalgo a remporté l’élection municipale et va devenir la première femme à diriger la capitale française, selon une estimation des instituts Ifop et Sas pour la chaîne i-Télé.

À 54 ans, Anne Hidalgo, bras droit du maire socialiste sortant Bertrand Delanoë, a battu sa rivale de droite UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, 40 ans, proche de l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui était arrivée première lors du premier tour. Anne Hidalgo obtiendrait 54,5% des voix et «NKM» 45,5%, selon les mêmes sources.

La première ville remportée dès le premier tour par le Front national, Hénin-Beaumont (nord), a accueilli dimanche son nouveau maire. «C’est le premier jour d’une ère nouvelle», s’est félicitée la présidente du Front National (FN), Marine Le Pen.

À Béziers (71 000 habitants), la victoire de l’ancien président de Reporters sans frontières Robert Ménard grâce au soutien du FN incarne la stratégie suivie depuis quelques années par Marine Le Pen pour dédiaboliser sa formation.

Remaniement?

La victoire de l’opposition de droite et l’ancrage de l’extrême droite sont révélatrices d’une désespérance sociale. Elles devaient faire réagir l’exécutif rapidement. Un remaniement gouvernemental en début de semaine permettrait à François Hollande d’éviter un règlement de comptes dans la famille socialiste, où les débats sont vifs sur la ligne suivie par l’exécutif.

Depuis une semaine, Jean-Marc Ayrault est désigné comme le bouc émissaire de l’échec des municipales, alors que le nom du populaire et ambitieux ministre de l’Intérieur Manuel Valls est le plus cité pour prendre la tête d’une équipe resserrée, devant celui du chef de la diplomatie Laurent Fabius.

Mais s’il rassure une majorité des Français pour sa posture de fermeté face à la délinquance et à l’immigration clandestine, Manuel Valls, 51 ans, hérisse une partie de la gauche qui ne lui pardonne pas des déclarations virulentes contre la communauté des Roms.

Les écologistes, qui comptent deux ministres (Logement et Développement), ont bénéficié du désaveu infligé par les électeurs au principal parti au pouvoir.

D'autres détails suivront.
3 commentaires
  • Marcel Dubien - Inscrit 30 mars 2014 14 h 51

    Taux de participation en baisse.

    Si on y regarde de près, le parti d' "extrême-droite" FN, (qui tente de faire oublier cette "appellation"), ne recoit pas plus de votes qu' auparavant.
    Mais le taux de participation de la gauche dans certaines municipalités est en chute libre, ce qui laisse la place libre à la droite.

    Même s'il est évident que les difficultés économiques de l'Europe nuisent à la France et donc à la popularité de son Président, il faut aussi rappeler qu' en France, il n' y a pas forcémment de corrélations entre les résultats des municipales et ceux des présidentielles, car aux municipales on votent plus pour un homme que pour son allégeance politique.

  • Marcel Dubien - Inscrit 30 mars 2014 15 h 57

    RSF

    «À Béziers la victoire de l’ancien meneur de «Reporters sans frontières», Robert Ménard, a été obtenu par alliance avec le FN»,... Ca renseigne sur la neutralité de RSF et ses parti-pris contre le Venezuela, Haïti et Cuba.

  • Marcel Dubien - Inscrit 30 mars 2014 17 h 16

    Victoire?..Par abandon.

    Le chef (très contesté) du parti de droite UMP, Jean-François Copé, a revendiqué «une grande victoire».

    il n' est plus à ca près de revendiquer ses diverses illusions.
    Si c' est un échec pour la gauche, il est entièrement dû à l' abstentionisme, dans ce cas on ne parle pas de victoire, sinon celle par abandon .