La course à la présidentielle est lancée

Selon un sondage publié mercredi, Ioulia Timochenko est créditée de 8,2 % des intentions de vote.
Photo: Agence France-Presse (photo) Genya Savilov Selon un sondage publié mercredi, Ioulia Timochenko est créditée de 8,2 % des intentions de vote.

Après l’annexion de la Crimée, les menaces sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine demeurent. Pourtant, les élites politiques du pays sont déjà entièrement tournées vers l’élection présidentielle du 25 mai. Au point que le chef de l’État par intérim, Olexandre Tourtchinov, a cru bon de lancer, mercredi, un appel général à la retenue, pour éviter les coups bas.

 

Ce scrutin revêt une importance fondamentale. Certes, la fonction présidentielle n’aura plus autant de poids qu’auparavant, en raison du retour à la Constitution de 2004, voté le jour de la fuite de Viktor Ianoukovitch. Mais l’enjeu du vote, que les États-Unis et l’Union européenne n’ont eu de cesse de rappeler aux nouvelles autorités de Kiev, sera de retrouver la voie de la légitimité populaire.

 

Le casting de l’élection dessine une rivalité entre vainqueurs, même si des désistements stratégiques de dernière minute pourraient survenir. Pendant les trois mois de lutte sur Maïdan, les chefs de l’opposition étaient apparus soudés, taisant leurs différends. Mais, depuis, beaucoup de choses ont changé.

 

Les rêves de Timochenko

 

Arseni Iatseniouk, de Batkivchtchina, est devenu premier ministre. La chef de cette formation, Ioulia Timochenko, a retrouvé la liberté et ne rêve que de revanche. Vitali Klitschko, le boxeur et chef du parti Udar, a refusé d’entrer dans un gouvernement qu’il devinait condamné à l’impopularité. Enfin, Oleg Tiakhnibok, le chef nationaliste de Svoboda, veut jouer sa partition pour ne pas se laisser dépasser par un nouveau venu, Dmitri Iaroch, le chef de l’organisation paramilitaire et ultranationaliste Pravyi Sektor, très active sur Maïdan, qui se lance en politique.

 

Autre nouveau visage, celui d’Olga Bogomolets, célèbre médecin, responsable des soins sur Maïdan, qui a refusé de devenir ministre.

 

Le parti Udar, de Vitali Klitschko, tient son congrès samedi, à la veille de la fin des candidatures.

 

Le même jour se tiendra également celui du Parti des régions (PR), la formation du président déchu, Viktor Ianoukovitch. Le PR se trouve en plein marasme. La vitesse époustouflante à laquelle les députés ont lâché leur chef n’a convaincu ni leurs partisans traditionnels ni leurs adversaires. La candidature de Serhiy Tikhipko, troisième homme surprise du scrutin en 2010, permettra peut-être de limiter la casse.

 

Le meneur

 

Selon un sondage publié mercredi, l’homme d’affaires Petro Porochenko se trouverait largement en tête, avec 24,9 % des voix, devant Vitali Klitschko (8,9 %) et Ioulia Timochenko (8,2 %). Serhiy Tikhipko n’obtiendrait que 7,3 %. Cette étude est à prendre avec prudence. Les trois noms en tête sont tous issus de l’ancienne opposition. Or, le pays reste coupé en deux. Et même la perte de l’électorat russophone de Crimée n’explique pas un tel déséquilibre pour les candidats pro-européens.

 

Le score très élevé de Petro Porochenko, patron du groupe de confiserie Roshen, partisan de l’intégration européenne et ancien ministre, s’explique par son expérience et ses vues modérées. Mais cet oligarque serait-il prêt à mettre ses intérêts industriels de côté ? Vitali Klitschko, lui, n’a pas réussi à capitaliser sur sa présence continue à Maïdan. Ses piètres performances à l’oral, où il donne le sentiment de réciter des fiches, ne l’aident guère.

 

Ioulia Timochenko, elle, revient dans la vie publique. Elle joue déjà un rôle majeur en coulisses. Lors de sa première rencontre, depuis sa libération, avec les députés de Batkivchtchina, l’ancienne première ministre est arrivée toute de noir vêtue, sans sa fameuse tresse, s’aidant de béquilles pour marcher. Le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, s’est assis à ses côtés, comme un assistant. Bien que diminuée physiquement par sa détention, l’ancienne prisonnière n’a rien perdu de son ambition et de son caractère explosif.