Kiev instaure les visas pour les Russes

Sans violence, des soldats russes ont investi mercredi des bases militaires ukrainiennes en Crimée. Sur la photo, un haut gradé ukrainien quitte la base à laquelle il était affecté.
Photo: Agence France-Presse (photo) Viktor Drachev Sans violence, des soldats russes ont investi mercredi des bases militaires ukrainiennes en Crimée. Sur la photo, un haut gradé ukrainien quitte la base à laquelle il était affecté.

Dans une réplique au rattachement de la Crimée à la Russie, Kiev a décidé mercredi d’introduire les visas pour les Russes et de se retirer de la Communauté des États indépendants regroupant onze ex-républiques soviétiques.

 

Simultanément, dans un climat de tension croissante, Kiev a donné mercredi trois heures aux autorités de la Crimée pour libérer le chef de sa marine, capturé plus tôt par les forces pro-russes lors de l’occupation du quartier général des forces navales à Sébastopol.

 

Parallèlement, l’Ukraine prépare un plan d’évacuation des militaires et de leurs familles, a indiqué le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, Andriï Paroubiï, qui a aussi annoncé que le ministère des Affaires étrangères était chargé d’introduire un régime de visas avec la Russie et que l’Ukraine entamait le processus de sortie de la CEI.

 

Cette dernière mesure a une importance avant tout symbolique, mais elle signifie aussi que l’Ukraine, grand pays industriel et agricole, s’éloigne encore plus de la zone d’influence russe.

 

La journée a été marquée par l’occupation du quartier général naval et d’une autre base ukrainienne par les forces russes, tandis que les premières conséquences économiques du rattachement à la Russie touchaient la péninsule, et que Moscou promettait un pont reliant la Crimée à la Russie.

 

Mercredi matin, les autorités de Kiev, qui ne reconnaissent pas ce qu’elles qualifient d’annexion, ont tenté d’envoyer en Crimée deux ministres, dont celui de la Défense qui se sont heurtés à une fin de non-recevoir des nouvelles autorités de la Crimée.

 

Sur le terrain, les partisans de Moscou, secondés par les soldats russes, sont passés à l’offensive. Ils ont indiqué s’être emparé du chef de la marine ukrainienne, Serguiï Gaïdouk, après avoir saisi le quartier général des forces navales à Sébastopol.

 

Des reporters de l’AFP ont vu les soldats ukrainiens quitter le bâtiment. Un des hommes avait des larmes aux yeux, tandis que le drapeau russe a remplacé le drapeau ukrainien qui flottait habituellement sur le quartier général.

 

Sur le plan international, les dirigeants européens, qui se réunissent jeudi et vendredi à Bruxelles, vont chercher à s’entendre sur une riposte crédible à Moscou, mais sans aller jusqu’à des sanctions économiques qui porteraient aussi atteinte à leurs intérêts.

 

Le G7, dont les dirigeants sont convoqués lundi à la Haye, devraient discuter « de l’exclusion permanente de la Russie » des rangs du G8, a déclaré mercredi le premier ministre britannique, David Cameron.

 

Le passage de la Crimée sous le contrôle de la Russie, déjà illustré par l’arrivée du rouble et la nationalisation des entreprises publiques ukrainiennes, commence aussi à avoir un impact sur l’économie.

 

La première banque ukrainienne, PrivatBank, a annoncé mercredi avoir cessé toute opération en Crimée « en raison de l’incertitude sur le statut juridique du système bancaire de la péninsule ».

 

1 commentaire
  • Baudouin Petit - Inscrit 20 mars 2014 09 h 46

    L'Occident a tout faux

    Il faut cesser d'obéir aux Américains qui n'y comprennent rien, certainement pas sanctionner mais au contraire discuter calmement avec Moscou. Car c'est Staline qui a arbitrairement joint à l'Ukraine des territoires russophones, pour noyer, étouffer, minoriser l'identité et le nationalisme des Ukrainiens. Et empêcher l'émergence d'une opposition après la famine meurtrière et criminelle imposée à ce pays. Au point qu'aujourd'hui les Russes sont majoritaires en Ukraine officielle. Ces territoires tôt ou tard voudront revenir à la Russie, comme la Crimée, et si nous intervenons, cela devrait être pour favoriser une partition à l'amiable, respectueuse des minorités, analogue à celle qui a divisé la Tchéchoslovaquie. Ne pas entamer cette démarche d'apaisement n'est pas cohérent avec un engagement démocratique, revient même paradoxalement à refuser une étape de la déstalinisation. Et on ferait bien de se souvenir que le coup de force des Russes répond à la provocation d'un pouvoir ukrainien sans envergure et sans vision, chauvin et même haineux qui vient de supprimer le statut de langue officielle dont bénéficiait le russe, pourtant parlé par une majorité de la population, et davantage que l'ukrainien...