Poutine enlève la Crimée à l’Ukraine

Le président russe, Vladimir Poutine, levant les bras après avoir a signé un traité qui rattache officiellement la Crimée à la Russie, mardi à Moscou.
Photo: Agence France-Presse (photo) Kirill Kudryavtsev Le président russe, Vladimir Poutine, levant les bras après avoir a signé un traité qui rattache officiellement la Crimée à la Russie, mardi à Moscou.

Certaines frontières de l’Europe ont été redessinées par un Vladimir Poutine imperméable aux menaces de l’Occident, mardi, alors que la crise en Crimée faisait ses premières victimes.

 

Dans une salle autrefois utilisée par les tsars de Russie et sous le regard des parlementaires et gouverneurs russes, Vladimir Poutine a signé un traité qui rattache officiellement la Crimée à la Russie, faisant suite au référendum de dimanche, au cours duquel 95,5 % des citoyens ont voté pour l’annexion de cette région de l’Ukraine à la fédération.

 

Le geste a immédiatement été rejeté par Kiev ainsi que par les pays de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord, pour qui le référendum du week-end est illégal et illégitime.

 

Il s’agit là d’un juste retour de l’histoire, a affirmé le président Poutine. « Dans le coeur et la conscience des gens, la Crimée était et reste une partie intégrante de la Russie. Il suffit de connaître l’histoire de la Crimée, de savoir ce que la Russie signifie pour la Crimée et la Crimée pour la Russie », a-t-il dit.

 

Des mots qui n’ont pas trouvé écho auprès des leaders occidentaux et ukrainiens, qui ont dénoncé d’une seule voix la signature du traité, et annoncé l’imposition de nouvelles sanctions, dont une possible exclusion de la Russie du Groupe des 8 (le G8).

 

Dans la capitale Simferopol, l’euphorie des derniers jours avait laissé place aux tensions entre groupes armés, une fusillade ayant fait deux morts. Il s’agit des premières victimes de la crise qui secoue la région depuis deux semaines.

 

Un militaire ukrainien et un membre des « Forces d’autodéfense », un groupe paramilitaire pro-russe, ont perdu la vie, selon une porte-parole de la police locale. Deux autres militaires ont été blessés au cours de l’incident.

 

Une riposte soutenue

 

L’option militaire étant exclue, les pays d’Occident comptent sur l’impact d’un isolement international croissant de la Russie.

 

Le vice-président des États-Unis, Joe Biden, a qualifié de « confiscation de territoire » les gestes posés par Moscou, alors que Barack Obama convoquait les dirigeants du G7 et de l’Union européenne à une conférence sur la crise, la semaine prochaine à La Haye.

 

Dans les faits, les sanctions imposées par les ministres européens des Affaires étrangères à l’encontre de 21 responsables ukrainiens et russes — restrictions de visas et gels d’avoirs, notamment — sont inédites dans l’histoire des relations entre l’Union européenne et la Russie, depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

 

De passage à Montréal en fin d’après-midi, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a réitéré que le Canada ne reconnaîtrait pas l’annexion de la Crimée par la Russie, ni le traité censé officialiser l’intégration de cette région de l’Ukraine à la fédération russe. Le gouvernement canadien a par ailleurs annoncé des sanctions à l’égard de 17 individus proches du Kremlin, principalement des interdictions de séjour et des sanctions économiques.

 

La Russie a deux choix devant elle, selon John Baird : s’engager au dialogue avec la communauté internationale ou faire face à des sanctions croissantes de la part du Canada et d’autres pays.

 

« Nous n’hésiterons pas à étendre les sanctions si, et quand, nous jugerons cela approprié, a affirmé le ministre. Rien n’est suffisamment sévère quand un dirigeant du Kremlin tente de redessiner les frontières de l’Europe dans l’ère post-guerre froide. »

 

Le ton d’Ottawa n’impressionne guère Georgiy Mamedov, ambassadeur au Canada de la fédération de Russie. Selon lui, si Ottawa et les grandes capitales occidentales s’entêtent à imposer des sanctions économiques à la Russie, celle-ci pourra se tourner vers son principal voisin, la Chine. « Je ne pense pas que les pays occidentaux soient assez aventureux ou fous pour se tirer dans le pied et saper les relations […] avec la Russie », a-t-il dit.

 

« Mais même s’ils le faisaient, la plus grande frontière que nous avons dans le monde est avec la Chine, pas avec la Belgique ou le Canada », a-t-il ironisé.

 

Le premier ministre Stephen Harper doit se rendre en Ukraine vendredi, dans le cadre d’une tournée européenne.


Avec l’Associated Press,  La Presse canadienne et AFP

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