La Russie montre ses muscles

Kiev a été le théâtre mercredi d’une marche à la mémoire des manifestants décédés.
Photo: Agence France-Presse (photo) Bulent Kilic Kiev a été le théâtre mercredi d’une marche à la mémoire des manifestants décédés.

Pendant que la diplomatie occidentale s’affaire autour de l’Ukraine, la Russie a joué du muscle, mercredi, en plaçant ses troupes en alerte près de sa frontière avec ce pays et en renforçant la sécurité autour de la base navale qu’elle loue en Crimée, la péninsule ukrainienne à majorité russophone, alors que les « leaders du Maïdan » s’entendaient à Kiev sur un nouveau gouvernement qu’attend une tâche colossale.

 

La Crimée, qui a fait partie de la Russie pendant plusieurs décennies à l’époque soviétique, a d’ailleurs été mercredi le théâtre d’affrontements entre manifestants pro et anti-russes.

 

Au terme de longues discussions, c’est Arseni Iatseniouk que les leaders de la contestation ukrainienne ont retenu pour le poste de premier ministre. Ce choix devrait être entériné par le Parlement jeudi. Ancien ministre, membre du parti pro-européen d’Ioulia Timochenko, l’« égérie » de la révolution orange de 2004, il devra sauver son pays de la banqueroute tout en conjurant les risques de partition.

 

Sa nomination a été annoncée en soirée au Maïdan, l’emblématique place de l’Indépendance, à une foule considérable.

 

Inspection-surprise

 

L’Ukraine a besoin d’une aide de 35 milliards de dollars dans les deux années à venir.

 

Plus tôt dans la journée, le président russe, Vladimir Poutine, avait ordonné une inspection-surprise de toutes les troupes stationnées dans la partie ouest de la Russie, pour vérifier leur aptitude au combat. Des véhicules blindés et des postes de contrôle ont par ailleurs été placés à des endroits stratégiques à Sébastopol, où est basée la flotte russe en mer Noire.

 

Des manifestations croisées de russophones d’une part, d’Ukrainiens de souche et de Tatars pro-Ukrainiens d’autre part, ont donné lieu à des affrontements à Sinféropol, la capitale de la région autonome de Crimée.

 

La Russie ne reconnaît toujours pas le renversement de son protégé Viktor Ianoukovitch, et la politique suivie par ce puissant voisin inquiète les Ukrainiens pro-européens. Trois anciens présidents ukrainiens ont d’ailleurs accusé mercredi Moscou d’« intervenir directement dans la vie politique de la Crimée ».

 

Aide financière américaine

 

Les États-Unis ont mis la Russie en garde contre toute intervention militaire, l’avertissant qu’il s’agirait là d’une « erreur grave ». Le secrétaire d’État, John Kerry, a pressé Moscou de « tenir promesse » quant au respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. M. Kerry a également annoncé mercredi que les États-Unis offriraient à Kiev une garantie de prêt de 1 milliard. Il a par ailleurs demandé à la Russie de retirer ses troupes des régions de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Nord, en Géorgie.

 

Valentina Ivanovna Matvienko, la présidente du Conseil de la Fédération de Russie, a déclaré que le scénario d’ingérence armée russe dans les événements en Ukraine est totalement exclu, selon La Voix de la Russie. « Un tel scénario est impossible. La Russie déclare et confirme sa position. Nous ne sommes pas en droit et nous ne pouvons pas nous ingérer dans les affaires intérieures d’un État souverain », a-t-elle expliqué.

 

Les ministres de la Défense de l’OTAN ont déclaré mercredi qu’ils « continueront à soutenir la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, son intégrité territoriale, son développement démocratique et le principe de l’inviolabilité de ses frontières ».« L’Ukraine est la question de sécurité la plus importance en Europe aujourd’hui », a déclaré le secrétaire général de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen, à l’issue d’une réunion ministérielle à Bruxelles.

 

La ministre allemande de la Défense, Ursula Von der Leyen, a souligné l’importance de maintenir les contacts avec la Russie lors de cette rencontre. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, doit d’ailleurs rencontrer son homologue russe, Sergeï Lavrov, le 6 mars, après un nouveau déplacement prévu lundi à Kiev.

 

Mandat d’arrêt contre Ianoukovitch

 

Sans attendre la nomination du nouveau gouvernement, l’Ukraine a réclamé « un mandat d’arrêt international » contre Viktor Ianoukovitch, poursuivi pour « meurtres de masse », a annoncé le procureur général par intérim, Oleg Makhnitski. Un porte-parole de Vladimir Poutine a affirmé mercredi que le Kremlin ne dispose d’aucune information permettant d’affirmer que le président ukrainien déchu se trouve près de Moscou, comme l’a affirmé un média russe.

 

Plus tôt mercredi, le ministre de l’Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a annoncé la dissolution des forces spéciales antiémeute ukrainiennes, particulièrement haïes après les violences des dernières semaines.

 

Une délégation canadienne menée par le ministre des Affaires étrangères, John Baird, doit se rendre en Ukraine vendredi. Elle sera composée de quatre représentants de la communauté ukrainienne du Canada ainsi que de deux députés et d’un sénateur conservateurs.


Avec l'Associated Press, l'Agence France-Presse et La Presse canadienne

1 commentaire
  • Jacques Moreau - Inscrit 27 février 2014 11 h 18

    Pauvre Ukraine!

    Il faut voir l'histoire de l'Ukraine pour comprendre que c'est un peuple, étiré de partout, dominé pour la plupart du temps, un territoire aux frontières malléable; et ce, depuis plusieurs siècles. Au point que la Russie considère l'Ukraine comme une de ses "provinces". Déchiré, tour à tour entre la Lithuanie, la Pologne, l'Autriche, la Russie. Aujourd'hui la partie sud-est de l'Ukraine est majoritairement russophone, proche des Russes, avec accès à la mer Noire. J'ai bien l'impression que la Russie, ne lâchera pas le "morceau" sans combat. Il se pourrait bien qu'à quelques part, la Russie mette le pied à terre pour mettre fin à l'émiettement de la "Grande Russie".