Soirée de soutien à Djemila Benhabib à Paris

Djemila Benhabib
Photo: Yan Doublet - Archives Le Devoir Djemila Benhabib

Près d’une centaine de personnes se sont réunies à Paris jeudi soir pour soutenir la militante féministe Djemila Benhabib, qui est poursuivie devant les tribunaux québécois par une école islamiste de Montréal. L’auteure de Ma vie à contre-Coran est accusée de diffamation pour avoir critiqué sur la chaîne de radio 98,5 le caractère violent, misogyne et sexiste des extraits du Coran étudiés dans cette école privée subventionnée par le gouvernement québécois. Il y avait là plusieurs personnalités québécoises et françaises, dont l’ancienne ministre Louise Beaudoin, l’essayiste Caroline Fourest, la philosophe Catherine Kintzler et l’ancien sénateur Gérard Delfau.

 

Depuis plusieurs semaines, une pétition de soutien circule en France, où Djemila Benhabib a reçu en 2012 le Prix international de la laïcité. La pétition a déjà recueilli les signatures de la philosophe féministe Élisabeth Badinter ainsi que de l’écrivain algérien Boualem Sansal. Djemila Benhabib a aussi reçu le soutien de l’ancienne ministre socialiste de la Condition féminine Yvette Roudy et de la fondatrice de la crèche Baby-Loup, Natalia Baleato.


La « gauche bien-pensante » dénoncée

 

« La laïcité, ce n’est pas seulement un combat français », a déclaré le sénateur Delfau. Le jeune blogueur Walid Al-Husseini, arrêté et torturé en Palestine pour avoir critiqué l’islam, a aussi témoigné. Louise Beaudoin a déclaré que tout ce qu’a fait Djemila Benhabib « depuis quelques années a vraiment réveillé le combat pour la laïcité » au Québec. L’ancienne ministre actuellement en mission en France pour la Francophonie a dénoncé « cette gauche bien-pensante qui défend le multiculturalisme » et dit en riant se revendiquer maintenant de la « gauche mal-pensante ». Elle voit dans le soutien à Djemila Benhabib « un beau combat franco-québécois ».

 

À Montréal, une assemblée semblable s’était tenue au Lion d’Or le 30 janvier dernier. Djemila Benhabib a refusé toute entente à l’amiable. Le procès devrait se tenir en 2015.

4 commentaires
  • Sébastien Boisvert - Inscrit 14 février 2014 03 h 35

    Le terme «bien-pensant» est-il adéquat?

    En utilisant le terme «gauche bien-pensante», on souligne surtout le fait que ce courant de pensée est «politicly correct», qu'il a une manière de penser qui se veut plus vertueuse. Or, je crois que les sympathisants de ce courant de pensée défendent authentiquement et réellement certaines valeurs, comme la lutte à la discrimination, la défense de la diversité et la lutte contre la tyrannie de la majorité. Je ne crois pas que ce soit seulement une manière de penser, ils y croient vraiment! Que l'on soit plus ou moins en faveur avec ce courant de pensée d'ailleurs. Le terme «bien-pensant» sert davantage à dénigrer qu'à vouloir échanger et débattre avec cette gauche «bien présente» dans le débat sur la Charte des valeurs, notamment.

    • Marc Lacroix - Abonné 14 février 2014 08 h 12

      La rectitude politique est-elle vraiment une vertu ? Certaines personnes qui en font usage sont probablement de bonne foi, mais à force d'atténuer les termes utilisés dans l'argumentation on finit par en perdre le sens. Il ne faut pas non plus se mettre la tête dans le sable, les idées ont avantage à être exprimées clairement et si on constate des différences de visions, aussi bien en discuter sans retard que de vivre dans l'ambiguïté ou ambivalence. La rectitude politique est un outil pour qui fuit les les "chocs d'idées" — la paire de lunettes grise du conformiste — qui cherche l'entente perpétuelle !

  • André - Inscrit 14 février 2014 09 h 16

    De Paris, merci M. Rioux de nous informer

    Installé à Paris, M. Rioux nous informe de la soirée de soutien à Djemila Benhabib qui a eu lieu à Paris, ce qui démontre le sérieux qu’il accorde à cette poursuite intentée par des musulmans fondamentalistes.

    J’aurais aimé qu’au moins un journaliste du Devoir nous informe aussi de celle qui a eu lieu à Montréal le 30 janvier dernier. C’était le silence total qui a suivi cet événement qui était important considérant que cette poursuite visait à faire taire Mme Benhabib qui est une personnalité essentielle dans le débat de la laïcité qui a cours actuellement. Ça laisse une impression certaine qu’on soutient beaucoup plus Mme Benhabib à Paris qu’à Montréal pour une poursuite qui a eu lieu à Montréal. Bizarre de situation.

    Aussi, ce qui m’amène à me poser des questions sur la couverture plutôt réduite faite par le Devoir sur ce débat de société d’une extrême importance. Par exemple, avec la commission parlementaire sur la charte, plutôt que de se limiter aux quelques mémoires des institutions civiles majeures au Québec, il aurait été intéressant d’avoir des comptes-rendus quotidiens de l’ensemble des mémoires, question d’être pleinement informé.