L’accueil fait aux migrants à Lampedusa choque l’Italie et l’Europe

L’arrivée de centaines de migrants en Italie a attiré l’attention du monde entier sur ce drame.
Photo: Agence France-Presse (photo) Filippo Monteforte L’arrivée de centaines de migrants en Italie a attiré l’attention du monde entier sur ce drame.

Le traitement choc infligé aux migrants à leur arrivée dans le centre d’accueil de Lampedusa a suscité mercredi une vague d’indignation en Italie et en Europe, moins de trois mois après les naufrages qui ont coûté la vie à des centaines d’étrangers.

 

Dans un reportage diffusé par TG2, le journal de la deuxième chaîne de la télévision publique italienne, lundi soir, on voit des réfugiés se mettre à nu dans un espace qui semble en plein air, avant d’être soumis devant les autres à des jets d’un traitement contre la gale. Ces images, apparemment tournées avec un téléphone portable, ont été prises par un certain Khalid, un réfugié présent au centre depuis 65 jours. « On est traités comme des chiens », commente-t-il en affirmant que le même traitement est infligé aux femmes.

 

Alors que le monde célébrait mercredi la journée internationale des migrants, la maire de l’île, Giusi Nicolini, a comparé la structure à un « camp de concentration ».

 

« Les images du centre de Lampedusa sont épouvantables et inacceptables », a commenté la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, en menaçant Rome de sanctions.

 

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a demandé au gouvernement italien « des solutions urgentes pour améliorer l’accueil à Lampedusa », rappelant que les nouveaux arrivants sont censés passer un maximum de 48 heures dans ce centre de premier secours, avant de regagner d’autres structures dans le pays. « La surpopulation permanente est insoutenable. Malgré les efforts des travailleurs humanitaires, l’aide offerte est bien en deçà des minimum acceptables », a commenté Laurens Jolles, son porte-parole pour le sud de l’Europe.

 

Interrogé à la radio, l’administrateur de la coopérative gérant depuis cinq ans la structure d’accueil de Lampedusa, Cono Galipo, s’est défendu en expliquant qu’il fallait remettre ces images « dans leur contexte ». « Nous avons accueilli trois bateaux dans lesquels des cas de rage étaient fortement suspectés. Normalement, quand la suspicion est faible, le traitement se fait à l’infirmerie, mais quand, comme là, on parle de 104 personnes, on a besoin de locaux adaptés », a-t-il affirmé.

 

Selon lui, le traitement a duré une heure et demie. « À un moment, des réfugiés se sont impatientés et ont commencé à se déshabiller ; ils ont clairement mis en scène ce qu’on a vu ensuite à la télévision », a-t-il ajouté.

 

Promettant une enquête « approfondie » et « des sanctions contre les responsables », le premier ministre, Enrico Letta, s’est dit choqué. La présidente de la chambre des députés, Laura Boldrini, ex porte-parole du HCR, a jugé ces conditions « indignes d’un pays civilisé ». Première Noire dans un gouvernement en Italie, Cecile Kyenge, ministre de l’Intégration, a jugé que « faire dénuder une personne de la sorte est inhumain ».

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