Le président ukrainien demanderait la libération des manifestants

Kiev, Ukraine — Le président ukrainien aurait l'intention de demander au procureur général du pays de trouver un moyen de libérer certains des manifestants qui ont été arrêtés lors de récentes manifestations, dans l'espoir de soulager un peu les tensions dont souffre le pays.

Kiev est le théâtre de manifestations parfois violentes depuis plus de trois semaines — dont certaines ont attiré des centaines de milliers de personnes —, depuis que le président Viktor Ianoukovitch a renoncé à signer une entente politique et commerciale avec l'Union européenne pour plutôt resserrer les liens entre l'Ukraine et la Russie.

Les manifestations se sont faites plus amples et plus vigoureuses après deux interventions musclées de la police.

La libération des manifestants arrêtés est une des principales demandes des leaders de l'opposition.

M. Ianoukovitch a formulé son offre lors d'une rencontre avec trois anciens présidents ukrainiens, mais on ne connaissait pas la réaction de l'opposition.

L'offre de M. Ianoukovitch ne touche toutefois que les manifestants qui n'ont pas commis de crime grave ou ceux qui ont des enfants ou une famille.

«De telles personnes seront certainement libérées», a-t-il déclaré lors d'une télédiffusion de la rencontre. Les manifestants qui seront libérés demeureront sous enquête.

Il a ensuite déclaré être prêt à signer l'entente avec l'UE lors d'un sommet au printemps, mais seulement si l'Europe offre de meilleures conditions financières.

«Nous désirons obtenir des conditions qui satisfont l'Ukraine, les producteurs ukrainiens, le peuple ukrainien, a-t-il dit lors de la rencontre avec ses prédécesseurs. Si nous en venons à une entente et que des compromis sont conclus, alors nous signerons.»

Les leaders de l'opposition ont déjà exigé que M. Ianoukovitch renvoie son gouvernement avant l'ouverture de discussions, ou encore qu'il nomme un nouveau gouvernement voué à un rapprochement avec l'UE.

M. Ianoukovitch n'a pas laissé entendre qu'il envisageait de congédier le gouvernement, se contentant de répéter que l'Ukraine désire resserrer ses liens avec l'Europe.
Leonid Kravchuk, le premier président de l'Ukraine après l'indépendance face à l'Union soviétique en 1991, a estimé qu'il est inacceptable pour les forces de l'ordre de rudoyer des manifestants.

«Les policiers doivent savoir qu'il est interdit de battre les gens. Et il n'y a aucune justification pour ceux (qui le font)», a sermonné M. Kravchuk, qui se trouvait en compagnie de M. Ianoukovitch et de deux autres anciens présidents.

M. Ianoukovitch a semblé amusé par ce commentaire. Il a répliqué que les deux parties étaient responsables de la violence.

M. Kravchuk a aussi laissé entendre que le départ du premier ministre Mikola Azarov pourrait aider à désamorcer la crise. M. Ianoukovitch n'a pas commenté.

De nombreux diplomates occidentaux, dont la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton et la secrétaire d'État adjointe des États-Unis Victoria Nuland, se sont rendus à Kiev mardi pour tenter de dénouer l'impasse.

La présence policière demeurait importante au cœur de Kiev. Les manifestants affirment que dix personnes ont été blessées lors d'affrontements survenus pendant la nuit.

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