Barroso appelle les Européens à répliquer aux discours populistes

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne
Photo: Agence France-Presse (photo) Lionel Bonaventure José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne

Paris — Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a appelé vendredi les Européens à sortir de leur silence et de la « zone de confort » en défendant l’Europe face aux populistes et aux extrémistes, dans un entretien à l’AFP.

 

« Nous devons avoir le courage de combattre ces forces très négatives. Je lance un appel très véhément aux Européens pour qu’ils sortent de la zone de confort, qu’ils quittent le silence, qu’ils ne laissent pas l’initiative toujours aux extrêmes, qu’ils aient, aussi en France, le courage de défendre l’Europe », a-t-il déclaré.

 

« J’aimerais que ce ne soit pas les anti-Européens qui prennent l’initiative en manipu- lant les émotions et les anxiétés » liées à la crise et au chômage, a ajouté M. Barroso, à moins de six mois des élections européennes qui devraient voir une montée des partis extrémistes.

 

La présidente du Front national, Marine Le Pen, et le chef de file de l’extrême droite néerlandaise, Geert Wilders, ont conclu à la mi-novembre une alliance en vue de former un groupe au Parlement européen après les élections de mai 2014. Il pourrait inclure le Vlaams Belang belge, la Ligue du Nord italienne et le Parti de la liberté autrichien (FPÖ). D’autres pays comptent des partis populistes forts, notamment le Royaume-Uni avec l’UKIP de Nigel Farage.

 

Cela « exige que les pro-Européens assument un discours plus constructif », a estimé M. Barroso, qui achèvera en 2014 son deuxième mandat de cinq ans à la tête de l’exécutif européen.

 

« J’aimerais voir les forces pro-européennes de centre-gauche, de centre-droit et du centre avoir le courage de venir défendre l’Europe, montrer qu’il y a des choses qu’il faut faire au niveau national aussi, ne pas toujours mettre sur le dos de l’Europe les responsabilités que l’Europe n’a pas », a-t-il plaidé, alors que la Commission est la cible régulière des critiques des pays membres.

 

Pour l’ex-premier minis- tre portugais, il faut « expliquer que l’Europe n’est pas la cau- se des problèmes mais qu’elle est aussi une partie de la solution ».

 

« Ce n’est pas l’Europe qui a créé les déficits et la dette excessives de certains gouvernements. C’est nous qui essayons de mettre un peu d’ordre. […] C’est l’Europe qui fait la règlementation et la supervision financière qui n’existaient pas au niveau européen » avant la crise, a-t-il expliqué.

 

« Ce n’est pas l’Europe qui a créé la confusion dans les marchés financiers, c’est l’Euro- pe qui est en train de mettre de l’ordre », a-t-il poursuivi, en rappelant la sanction record de 1,7 milliard d’euros infligée cette semaine à six grandes banques pour avoir manipulé les indices interbancaires.

 

« Quand on parle de l’Europe, est-ce qu’on parle des institutions européennes ou des décisions que les gouvernements ne sont pas à même de prendre ? », a encore lancé M. Barroso.

 

À titre d’exemple, il a rappelé que la Commission avait proposé en mars de renforcer une directive datant de 1996 sur les conditions de travail des salariés détachés provisoirement dans un autre pays européen, afin de lutter contre les fraudes et les abus.

 

« Mais les gouvernements ne se sont pas encore mis d’accord », a-t-il rappelé, avant une réunion lundi des ministres européens du Travail pour tenter de dégager un compromis.

 

Les entreprises qui « exploitent, ne respectent pas les congés ou les salaires […], c’est illégal, ce n’est pas l’Europe qui permet cela », a dit M. Barroso.

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