Élections allemandes (2) - La Merkel nouvelle est-elle arrivée?

Berlin — À Potsdam, en banlieue de Berlin, quelques centaines de militants attendaient leur chancelière en avalant des saucisses et en sirotant une bière. Lorsqu’elle est enfin apparue sur la place de l’église, les musiciens de l’orchestre rétro qui faisait patienter la foule se sont soudainement réveillés. Les pères ont aussitôt pris le petit dernier sur leurs épaules pour qu’il puisse entrevoir celle que les militants surnomment affectueusement « Mutti » (maman).

La femme la plus puissante du monde (selon le magazine Forbes) qui dirige la première puissance économique d’Europe débarque dans cette ville de province comme si elle était la mairesse de la grosse municipalité d’en face. À quelques jours d’une victoire annoncée, comme le prédisent les sondages, son message est simple : « L’Allemagne va bien, mais il faut continuer à serrer les cordons de la bourse. Faites-moi confiance, je m’en occupe ! » Merkel dit cela comme une mère compréhensive caresserait la joue de ses enfants en leur rappelant de ne pas oublier de faire leurs devoirs.
 
Un ange «tueur»
 
« Angela Merkel a cultivé jusqu’à la perfection cette image de mère de tous les Allemands », dit l’historien Étienne François, spécialiste de l’Allemagne qui vit à Dahlem, une paisible banlieue de Berlin. « Toute la campagne a été centrée sur sa personnalité, à tel point qu’elle n’a pratiquement rien dit. La meilleure nouvelle pour Merkel, ce fut le report de l’intervention militaire en Syrie. Un débat de moins ! On sait pourtant que derrière ses sourires maternels, Merkel est une tueuse redoutable qui a toujours éliminé tous ses rivaux. »
 
Cette fille d’un pasteur protestant de l’ancienne Allemagne de l’Est, entrée en politique à 30 ans dans un pays qu’elle ne connaissait pas, en a vite saisi les mécanismes. Elle s’est lancée dans cette troisième campagne en kidnappant littéralement le programme de ses adversaires. Les Verts réclamaient depuis des années que l’Allemagne sorte du nucléaire ? L’Allemagne en sortira en 2022, dit Merkel. Quitte à construire des centrales au charbon ! Les sociaux-démocrates (SPD) prévoyaient mettre au coeur de leur programme la création d’un salaire minimum destiné aux sept millions d’Allemands qui gagnent moins de 8,50 euros l’heure ? La chancelière les a pris de vitesse en proposant un salaire minimum négocié par branches industrielles. Les Verts avaient toujours fait de la parité hommes-femmes leur cheval de bataille ? Voilà Merkel qui impose l’idée aux vieux bonzes conservateurs du parti de Konrad Adenauer. Même chose pour la fixation d’un plafond aux hausses de loyer, qui laisse la gauche littéralement sans voix.
 
Machiavélisme ou pragmatisme ? « Merkel a eu une stratégie très efficace dans cette campagne,dit le politologue Kai Olaf. Elle a su prendre le pouls de la société et comprendre qu’après les années d’austérité, il fallait peut-être changer… sans trop changer tout de même. Elle a notamment compris qu’après Fukushima, l’opinion publique allemande était irrémédiablement gagnée à la sortie du nucléaire. »
  
La gauche en panne
 

À plusieurs centaines de mètres du meeting de la CDU à Potsdam, ce soir-là, les partisans socialistes sirotaient les mêmes bières et avalaient les mêmes saucisses. Ils écoutaient le président du SPD, Sigmar Gabriel, parler de « justice sociale » et tenter de convaincre les militants que les jeux n’étaient pas faits. Mais le coeur n’y était pas. « La justice sociale, c’est comme la tarte aux pommes, dit le politologue Dieter Heribert. Les sociaux-démocrates sont d’autant plus mal placés pour critiquer Merkel qu’elle reprend à son compte les dures réformes économiques qu’avait introduites l’ancien chancelier social-démocrate Gerhardt Schroeder et que rejette aujourd’hui le SPD. Sans compter que le candidat du SPD, Peer Steinbrück, a été un artisan de ces réformes et le ministre des Finances de Merkel en 2005. Comment voulez-vous que les électeurs s’y retrouvent ? »
 
Plusieurs médias allemands n’hésitent pas à parler du « virage à gauche » de la chancelière. Le quotidien économique Handelsblatt a calculé que la note de toutes ces promesses pourrait atteindre 28,5 milliards d’euros. Après les années de disette et de crise, même si Merkel s’en défend, le temps serait donc venu de desserrer un peu la ceinture. Ce n’est pas la première fois que cette chancelière issue d’une ancienne république socialiste surprend les secteurs les plus conservateurs de son parti. Dès sa première élection, en 2005, elle avait fait campagne pour la création de garderies, alors que la CDU avait toujours favorisé le maintien des femmes à la maison.
  
La carte des femmes
 
Pour la première fois dans cette élection, Angela Merkel n’a pas hésité à jouer cette carte. Il faut dire qu’en Allemagne, l’électorat féminin dépasse de deux millions l’électorat masculin. Selon une enquête du magazine féminin Emma, 33 % des femmes pensent que leur chancelière n’en a pas fait suffisamment pour l’égalité. Qu’à cela ne tienne, la chancelière parle soudain de parité dans les milieux économiques et d’équité salariale, mais sans intervention de l’État. Ce qui ne l’empêche pas de reprendre la revendication d’un salaire à la ménagère défendue par ses alliés bavarois de la CSU. Cette femme plus que discrète a pour la première fois multiplié les « confidences » sur sa vie privée, allant même jusqu’à divulguer une de ses recettes de cuisine. « Je ne suis pas féministe, mais je suis un exemple intéressant de modèle féminin », a-t-elle déclaré au magazine Brigitte.
 
« Merkel est un boxeur qui gagne par élimination en évitant les coups, dit Étienne François. Le candidat social-démocrate Peer Steinbrück a beau faire une vraie campagne, comment peut-il se battre contre un édredon ? Merkel est d’abord un animal politique. C’est aussi une centriste. On pourrait dire… une sociale-démocrate de droite animée d’un patriotisme profond. »
 
Tous les analystes s’entendent pour dire qu’avec ce programme recentré, la chancelière se prépare à gouverner avec les sociaux-démocrates si, comme on s’y attend, son allié libéral traditionnel (FDP) mord la poussière dimanche prochain. Cette « grande coalition » est d’ailleurs largement plébiscitée par les électeurs. Au SPD, les participants à la négociation ont déjà été désignés.
 
Avec un tel bilan, reste-t-il quelque chose à reprocher à la chancelière ? « Merkel est une excellente gestionnaire, mais on ne voit pas chez elle de vision d’avenir, dit Étienne François. Il est regrettable de voir un pays qui a tant d’atouts économiques ne pas prendre ses responsabilités dans le monde et en Europe. L’Allemagne se rêve comme une grande Suisse à l’abri des problèmes du monde. C’est un pays vieillissant comme sa population, qui manque d’audace et d’imagination. Au fond, un pays de rentiers… »

2 commentaires
  • Claude Kamps - Inscrit 20 septembre 2013 07 h 15

    Ce que Hitler, voulait avec les armes

    Ce que Hitler, voulait avec les armes, la domination de l'Europe, la chancellière l'a gagné avec les banques....
    Il faut reconnaître aussi que ce but a été atteint par la discipline du peuple allemand germanique...

  • jean laplante - Inscrit 20 septembre 2013 20 h 22

    Merkel!|


    La discipline et le travail ,un effort que nous sommes pas près

    de fournir!