À l'approche des élections allemandes - Hollande vote Merkel

Paris — Mercredi dernier, François Hollande participait à Berlin à un grand raout européen pour combattre le chômage des jeunes. La mise en scène n’a pourtant trompé personne. Déguisée en sommet européen, l’opération avait tout d’un meeting électoral, ballons et fanfares en moins. En pleine campagne électorale, la chancelière avait convoqué les leaders européens sur ses terres afin de parler des sujets qui ne fâchent pas. Pour ceux qui s’inquiétaient de l’équilibre budgétaire allemand, celle qui devrait être réélue pour un troisième mandat consécutif avait prévenu qu’il ne serait « pas question d’argent, mais de la façon dont nous voulons l’employer de la manière la plus efficace ».


Même s’il souffle le chaud et le froid, depuis quelques semaines, François Hollande n’hésite plus à se prêter à ces petits jeux électoraux. Sachant la partie presque perdue pour les sociaux-démocrates du SPD aux élections législatives du 22 septembre prochain, le président français mise sur un subtil rapprochement avec Berlin en échange d’une inclinaison de la politique économique allemande après le 22 septembre.


La «mère fouettarde»


Même si elle recueille 43 % des intentions de vote (contre 26 % pour le SPD), Angela Merkel craint en effet que son image de « mère fouettarde » de l’Europe ne lui nuise en campagne. Le thème du chômage des jeunes lui offrait l’occasion de briller devant l’électorat puisque le chômage des jeunes Allemands n’est que de 8 % contre 25 % en France et plus de 50 % en Espagne et en Grèce. Seuls les esprits malveillants auront eu le culot de souligner que cet avantage n’est dû qu’en partie aux politiques économiques compte tenu du taux de natalité catastrophique du pays depuis des années. Pour avoir de jeunes chômeurs, encore faut-il avoir des jeunes.


Quant aux 6 milliards d’euros que l’Union européenne vient de débloquer avec l’accord de la chancelière pour les régions les plus touchées par le chômage, les méchantes langues n’y verront aussi que des grenailles. Que pèsent-ils à côté des « 120 milliards d’euros du plan de relance demandé par François Hollande »,à propos desquels l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors demandait récemment « où en sont-ils ? » et « qui s’en occupe ? » ?


En bon équilibriste, François Hollande se plie d’autant plus facilement à l’exercice que lui commande la chancelière que celle-ci n’a pas hésité de son côté à piller le programme électoral des sociaux-démocrates. Celle que les socialistes français traitaient hier encore d’« égoïste » propose d’investir pas moins de 30 milliards d’euros dans l’économie allemande, de créer un salaire minimum (par branche), de plafonner les hausses de loyers et d’augmenter les allocations familiales. De quoi réjouir un président français qui, n’ayant pas les moyens de la relance, n’a cessé de réclamer un geste de son voisin allemand.


Cette inflexion de la politique française est apparue évidente lors du discours prononcé par François Hollande à Leipzig en mai dernier. Pour célébrer le 150e anniversaire du SPD, le président avait vanté les réformes drastiques de l’ancien chancelier Gerhardt Schröder. « Le progrès, c’est aussi de faire des réformes courageuses pour préserver l’emploi et anticiper les mutations sociales et culturelles comme l’a montré Gerhard Schröder, disait-il. On ne construit rien de solide en ignorant le réel. »


Depuis cette date, le virage « merkelien » de François Hollande ne fait plus de doute, dût-il mécontenter ses alliés sociaux-démocrates allemands. Leur leader, Peer Steinbrück, a récemment rompu le pacte de non-agression qui semblait unir la CDU et le SPD sur la rigueur en Europe. Pour la première fois, il a dénoncé avec une virulence rare les mesures d’austérité de la chancelière, qui « ont provoqué, dit-il, une augmentation du nombre de chômeurs de 26 millions ».


Les échéances du SPD ne sont malheureusement pas celles de François Hollande. Le président qui avait promis d’inverser la courbe du chômage en un an sera jugé lors des élections municipales de mars 2014. Deux mois plus tard, il pourrait essuyer une seconde défaite cinglante aux élections européennes du mois de mai. Misant sur Angela Merkel pour le scrutin de septembre prochain, Hollande anticipe la formation d’une de ces grandes coalitions CDU-SPD dont les Allemands ont le secret. Avec elle viendrait probablement une politique de relance qui, est seule en mesure de relancer l’emploi en Europe et en France.


Comme à son habitude, le président français s’avance donc vers l’échéance de 2014 avec un double discours. Le premier repris par le Parti socialiste vise à ratisser à gauche, chez les partisans de Jean-Luc Mélenchon, en dénonçant la politique de rigueur de l’Europe imposée par l’Allemagne. À ce titre, la récente passe d’arme sur l’exception culturelle entre François Hollande et le président de la Commission européenne, Manuel Barroso, ne peut que servir la popularité du président français. Le second discours, plus pragmatique, escompte de l’Allemagne un véritable investissement capable d’assurer un certain retour de la croissance en Europe.

 

Le fédéralisme?


À Bruxelles, on chuchote aussi que, convaincue que ni la France ni le Royaume-Uni n’accepterait une réforme fédérale de l’Union, Angela Merkel aurait abandonné son projet de révision des traités européens. La chancelière aurait mis de côté ses prétentions fédéralistes pour se rallier à l’idée française d’une Europe des États et accepter l’idée d’un pilotage économique de la zone euro. Malgré cette nouvelle alliance, François Hollande dit maintenir une « tension dynamique » dans ses rapports avec l’Allemagne. Si la relance était au rendez-vous dans quelques mois, le jeu en vaudrait la chandelle.

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