Allemagne : un des plus grands procès néonazis de l’après-guerre s’ouvre

Environ 2000 personnes ont participé à une manifestation samedi à Munich afin de dénoncer le régime de terreur imposé pendant des années par un trio de néonazis.
Photo: Kerstin Joensson Associated Press Environ 2000 personnes ont participé à une manifestation samedi à Munich afin de dénoncer le régime de terreur imposé pendant des années par un trio de néonazis.

L’un des plus grands procès de néonazis de l’après-guerre s’ouvre mercredi à Munich (sud) pour juger une série de neuf meurtres xénophobes qualifiés par Angela Merkel de honte pour l’Allemagne.


Les conditions d’organisation du procès ont fait polémique en raison de l’absence de places réservées par le tribunal de Munich aux médias turcs, alors que huit des victimes étaient originaires de ce pays, suscitant des tensions entre Berlin et Ankara.


La Cour constitutionnelle a finalement ordonné vendredi que des places supplémentaires soient accordées aux médias étrangers, notamment turcs. Mais la controverse fait désordre dans une affaire déjà marquée par une cascade de scandales autour de l’enquête qui avaient poussé la chancelière allemande à présenter des excuses publiques aux familles des victimes.


La principale accusée, Beate Zschäpe, 38 ans, qui encourt une lourde peine de prison, doit répondre de sa participation présumée à neuf meurtres xénophobes, plus celui d’une policière en 2007. Elle est également soupçonnée d’être impliquée dans deux attentats contre des communautés étrangères et 15 braquages de banque, selon l’acte d’accusation.


Ses deux acolytes, Uwe Böhnhardt (34 ans) et Uwe Mundlos (38 ans), les meurtriers présumés, se sont donné la mort le 4 novembre 2011. Tous trois formaient la cellule néonazie Clandestinité national-socialiste (NSU).


Quatre personnes, soupçonnées de leur avoir fourni une aide logistique, se tiendront aussi sur le banc des accusés.


Plus de 70 personnes se sont portées partie civile, assistées par une quarantaine d’avocats. Six cents témoins seront appelés à la barre. Le procès pourrait durer deux ans et demi.


La Cour devra notamment répondre à deux questions qui hantent l’Allemagne depuis la révélation de l’affaire : comment ces trois néonazis, dans le collimateur des services de renseignements intérieurs dès la fin des années 90, ont-ils pu vivre si longtemps sans jamais être inquiétés ?


Huit citoyens turcs ou d’origine turque et un Grec sont abattus entre le 9 septembre 2000 et le 6 avril 2006. Les meurtres sont commis dans des cafés Internet, des boutiques de fruits et légumes, des snacks de kébabs, à travers tout le pays, toujours avec la même arme. Mais jamais la police n’explore sérieusement la piste xénophobe.


L’affaire sera finalement élucidée en novembre 2011… par hasard. Des policiers retrouvent dans une caravane les corps de Böhnhardt et Mundlos, qui ont préféré mourir plutôt que de se rendre à la suite d’un braquage raté.


L’Allemagne découvre dans les mois qui suivent les ratés de l’enquête et les renseignements intérieurs sont accusés de négligences voire de racisme. Une commission d’enquête parlementaire sera même ouverte.


« Je n’aurais jamais pu imaginer qu’un tel échec massif des services [de sécurité] soit possible en Allemagne », souligne le député et président de cette commission, Sebastian Edathy.

2 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 15 avril 2013 01 h 31

    Néonazisme en Allemagne … et au Québec …!

    La gravité des crimes commis par la cellule néonazie NSU ne doit pas faire oublier l’ampleur d’un mouvement d’extrême droite qui s’est déployé dans l’Allemagne de l’Ouest avec la banalisation du Nationaldemokratische Partei Deutschlands, qui s’est implanté en Allemagne de l’Est après la fin du régime soviétique : des liens sont d’ailleurs établis entre le NSU et ce parti. Cette résurgence xénophobe et raciste n’est pas étrangère à la conception d’une citoyenneté qui privilégie le droit du sang plutôt que celui, moderne et démocratique, du sol.

    Après deux décennies d’expansion mondiale, d’instrumentalisation de sous-cultures juvéniles telles que celle des skinheads ou des Black Metal, le mouvement néonazi s’est solidement implanté dans le cyberespace.

    Au Québec, le mouvement s’est durablement divisé en deux branches, l’une principalement anglophone et de souche britannique, marquée par une opposition virulente au mouvement républicain irlandais, s’orientant ici dans une perspective anti-québécoise dans la tradition du Ku Klux Klan canadian, l’autre dite “identitaire” ayant effectué un tournant islamophobe après 2001, se mobilisant pour soutenir l’axe USA-Israël.

    Le mouvement néonazi québécois, après une phase d’expansion dans les années 1990, a subi un très important recul, du fait de la mobilisation antifasciste, ainsi que de la répression policière et judiciaire.

    Le danger d’un terrorisme d’extrême droite n’est cependant pas absent du Québec, notamment de la part de groupes militarisés anti-indépendantistes qui se rattachent au courant du KKK de l’Alberta et des cellules skinheads néonazies qui en sont le prolongement. Comme on l’a vu en Europe, une convergence locale avec des courants anti-indépendantistes de type “directiste” ou “anarcho-invisibiliste” est également possible.

    Yves Claudé - sociologue (Auteur principal de l’ouvrage «Les skinheads et l’extrême droite» (VLB), @ycsocio)

  • Georges LeSueur - Inscrit 15 avril 2013 10 h 44

    Une solution...

    Les mouvements néo-nazis sont animés par des jeunes férus de violence, d'anarchie, de xénophobie et de racisme.
    Ils n'ont pas connu la guerre mais trouvent là leur motivation par le caractère implacable et radical du nazisme à l'époque de sa puissance étalée lors des spectaculaires défilés monstres devant une population aveugle et démonstrative qui lui donnait un large appui.

    Tous les marginaux, hooligans et casseurs "professionnels" sont des adeptes potentiels dès que des meneurs organisés les conditionnent à leur mouvement extrémiste néo-nazi.
    Il appartient aux gouvernements et services policiers de les identifier, les neutraliser et les bannir avant qu'ils ne fassent tache d'huile et amènent des incidents déplorables.

    Doit-on envisager de créer et de les intégrer dans une unité spéciale où ils apprendraient l'obéissance et le civisme ainsi qu'un métier qui les sortirait de la maginalité ?