France - Hollande pris dans une tornade politique


	Après avoir nié depuis décembre la possession d’un compte secret, Jérôme Cahuzac, ancien président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et ex-chirurgien, a reconnu mardi avoir menti au président, au gouvernement, au Parlement et à plusieurs médias. 
Photo: Agence France-Presse (photo)
Après avoir nié depuis décembre la possession d’un compte secret, Jérôme Cahuzac, ancien président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et ex-chirurgien, a reconnu mardi avoir menti au président, au gouvernement, au Parlement et à plusieurs médias. 

Confronté, avec les mensonges de Jérôme Cahuzac, à la plus grave crise politique de son mandat, le président français, François Hollande, a tenté mercredi de s’en dépêtrer en annonçant des projets de loi et en assurant qu’il n’avait pas protégé son ex-ministre du Budget.

« J’affirme ici que Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d’innocence, et il a quitté le gouvernement à ma demande dès l’ouverture d’une information judiciaire », a dit M. Hollande dans une déclaration télévisée solennelle.


Le président a dénoncé « un outrage fait à la République » en évoquant les mensonges de son ancien ministre chargé de la lutte contre la fraude fiscale et titulaire d’un compte bancaire non déclaré à l’étranger, d’abord en Suisse, ensuite à Singapour, totalisant 600 000 euros.

 

Des difficultés


La « bombe Cahuzac » secoue un exécutif déjà impopulaire et confronté à de multiples difficultés : chômage en hausse, report des objectifs de réduction des déficits, mobilisation massive des adversaires du projet de loi sur le mariage et l’adoption par les couples homosexuels. « À la crise économique et sociale dans laquelle est plongée la France s’ajoute désormais une profonde crise démocratique, tant le plus élémentaire contrat de confiance entre le peuple et ses gouvernants est rompu », déplorait mercredi le journal Le Monde.


Pour tenter de limiter les dégâts, François Hollande, qui avait fait campagne pour une « République exemplaire » après les affaires survenues pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, a annoncé plusieurs lois sur la transparence de la vie politique.


Le gouvernement soumettra au Parlement « dans les semaines qui viennent » un projet visant à « assurer la publication et le contrôle sur les patrimoines des ministres et de tous les parlementaires », a ainsi précisé le président. Afin de lutter de « manière impitoyable contre les conflits entre les intérêts publics et les intérêts privés », il est aussi prévu d’interdire de mandat tout condamné pour corruption ou fraude fiscale, a ajouté le chef de l’État.

 

L’exécutif piégé


Après avoir nié depuis décembre la possession d’un compte secret, Jérôme Cahuzac, ancien président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et ex-chirurgien, a reconnu mardi avoir menti au président, au gouvernement, au Parlement et à plusieurs médias. Il a été mis en examen (inculpé) pour blanchiment de fraude fiscale, ce qui peut lui valoir jusqu’à cinq ans de prison en sus d’une amende.


L’enquête judiciaire menée en Suisse a permis d’établir l’existence du compte non déclaré de Jérôme Cahuzac. L’ex-ministre avait ouvert ce compte auprès de la banque UBS en 1992. Le compte a été fermé à la fin de 2000 et l’argent a été transféré auprès de la société financière Reyl et cie, toujours à Genève. Il a ensuite été transféré à Singapour en 2009, a précisé son avocat.


L’affaire a sidéré les anciens partenaires politiques de M. Cahuzac, qui crient à la trahison. Elle a provoqué à droite, au centre, à l’extrême droite et dans la gauche radicale des attaques contre l’exécutif, soupçonné soit d’avoir couvert l’ancien ministre, soit d’avoir été naïf.


Jérôme Cahuzac a accepté mercredi que la documentation concernant son compte bancaire saisie dans des banques suisses soit transmise aux autorités judiciaires françaises, a annoncé le parquet de Genève.


Par l’intermédiaire de son avocat suisse, Me Didier Boottge, l’ex-ministre français du Budget a accepté que le parquet de Genève transmette en procédure simplifiée la documentation le concernant. Cette procédure évite la procédure ordinaire qui peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. « Dès lors, les pièces seront transmises dans les plus brefs délais aux autorités d’instruction françaises », souligne le parquet de Genève.


« Aucune procédure pénale n’a été ouverte à Genève, aucune infraction punissable n’ayant été commise en Suisse », ajoute le parquet.


Ce dernier développement survient peu après que le journal Le Temps, s’appuyant sur des déclarations du procureur Jean-Bernard Schmid, a indiqué que le revirement de position de M. Cahuzac et ses aveux ont été motivés par le fait qu’il avait été informé par son avocat des résultats de l’enquête suisse.

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