Ex-ministre inculpé pour blanchiment de fraude fiscale: Hollande annonce des mesures de transparence

L'Hexagone a tremblé. Jérôme Cahuzac, l'ex-ministre du Budget, a admis mardi avoir menti au président, au gouvernement, au Parlement et à plusieurs médias. Confronté à la pire crise politique de son mandat après ces aveux, le président français François Hollande a riposté mercredi par des mesures de transparence politique.

Le séisme Cahuzac, inculpé pour blanchiment de fraude fiscale, faisait la une des tous les médias français ce mercredi.

Certains n'y allaient pas de main morte: «INDIGNE», a titré en grosses lettres Libération. «C’est plus qu’une honte, c’est une ignominie», écrit le rédacteur en chef du service politique-investigation, Eric Decouty, mettant l'emphase sur l’existence de son compte en Suisse.

Pour d'autres, la faute est impardonnable, d'autant qu'elle est mise à jour au moment où la France vit une grave crise économique et sociale. «À l’heure où la France s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise, rien n’est plus grave que l’atmosphère de suspicion généralisée que provoquera inévitablement l’affaire Cahuzac», estime Paul-Henri du Limbert, directeur adjoint au Figaro.

Cahuzac, qui avait toujours affirmé être innocent, a démissionné de son poste le 19 mars, après que l’ouverture d’une information judiciaire pour blanchiment de fraude fiscale sur cette affaire ait été annoncée. Cette affaire est devenue d’autant plus explosive que l’ancien ministre avait fait de la lutte contre l’évasion fiscale un de ses chevaux de bataille. Il risque maintenant jusqu’à cinq ans de prison en plus d’une amende.

Mercredi, Cahuzac a accepté que la documentation concernant son compte bancaire saisie dans des banques suisses soit transmise rapidement aux autorités judiciaires françaises, selon le parquet de Genève. Ce dernier a aussi précisé que Cahuzac a détenu dès 1992 un compte en Suisse.

Le Pen éclaboussée

Ce qui nous mène à un autre coup de théâtre, ce mercredi. Selon Le Monde, ce compte suisse a été ouvert en 1992 par Philippe Peninque, un proche de la présidente du Front national (FN) Marine Le Pen.

Florian Philippot, vice-président du FN, a confirmé ce fait tout en soulignant que vouloir mêler la dirigeante du parti à l'affaire Cahuzac était une «grossière manoeuvre de diversion».

Interrogé par Le Monde, Philippe Peninque, un ancien avocat spécialisé dans les montages fiscaux explique avoir aidé Jérôme Cahuzac, avec lequel il avait une relation amicale, à ouvrir un compte.

Marine Le Pen a demandé plus tôt en journée la démission du gouvernement et la dissolution de l'Assemblée nationale à la suite de l'affaire Cahuzac. «Nous allons apprendre que le président et le premier ministre étaient en réalité au courant depuis plusieurs semaines de la véracité de ce qui était reproché à M. Cahuzac», a-t-elle proposé.

Hollande dans l'eau chaude


Pris dans cette tornade politique, le président François Hollande a tenté mercredi de s’en défaire, en annonçant des projets de loi et en assurant qu’il n’avait pas protégé son ex-ministre du Budget: «J’affirme ici que Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d’innocence, et il a quitté le gouvernement à ma demande dès l’ouverture d’une information judiciaire», a dit M. Hollande dans une déclaration télévisée rapportée par l'Agence France-Presse.

Le président a parlé d'«un outrage fait à la République», en dénonçant les mensonges de son ancien ministre.

La «bombe Cahuzac» éclabousse un exécutif déjà impopulaire et confronté à plusieurs difficultés: chômage en hausse, report des objectifs de réduction des déficits, mobilisation massive des adversaires du projet de loi sur le mariage et l’adoption par les couples homosexuels.

Le gouvernement français soumettra donc au Parlement sous peu un projet visant à «assurer la publication et le contrôle sur les patrimoines des ministres et de tous les parlementaires», a ainsi précisé le président.

Avec l'Agence France-Presse, Le Monde, Libération et Reuters.

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