Un projet de loi vise à permettre plus d’anglais dans les universités françaises

Le projet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, entend, selon ses mots, adapter les universités françaises à « la concurrence internationale ».
Photo: Agence France-Presse (photo) Thomas Samson Le projet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, entend, selon ses mots, adapter les universités françaises à « la concurrence internationale ».

Le second article du projet de loi propose en effet d’autoriser les universités à mettre en place des formations intégralement en langues étrangères. Autrement dit, il s’agit d’enseigner en anglais afin de concurrencer les grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. La ministre ne s’en cache pas. « Pour développer la Francophonie, il faut être en mesure d’attirer dans nos établissements des talents d’Inde ou de Chine, dit-elle. Paradoxalement, c’est par les langues étrangères que nous ferons vivre la Francophonie ! » Geneviève Fioraso s’est donné pour objectif de faire passer de 12 % à 15 % le nombre d’étudiants étrangers en France.


« Avec cette loi, un jeune Français étudiant par exemple la comptabilité pourra suivre tous ses cours en anglais, dit François-Xavier Grison, responsable d’une pétition contre la réforme qui a déjà recueilli 6000 signatures. Demain, une université pourra, si elle le désire, imposer à ce même étudiant de suivre ses cours en anglo-américain. Nous formerons des comptables qui ne connaîtront même plus la terminologie française de leur métier. »


Même si elle n’est pas toujours respectée, la loi actuelle est beaucoup plus restrictive. Elle stipule que « la langue de l’enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires dans les établissements publics et privés d’enseignement est le français ». Les exceptions ne concernent que les cours dispensés par des enseignants étrangers associés ou invités. La loi Toubon relative à l’utilisation du français prévoit aussi des exceptions pour les établissements dispensant un enseignement « à caractère international ».


Le projet qui sera bientôt étudié étendra ces exceptions à tout enseignement dispensé dans le cadre d’un accord avec un établissement étranger ou bénéficiant d’un financement européen. Comme la France est un des principaux pays contributeurs à l’Union européenne, « nous allons payer pour expulser nous-mêmes la langue française de l’enseignement et de la recherche », affirment les opposants dans la pétition diffusée sur Internet.


Question d’« attractivité » ?


Le projet Fioraso n’est pas le seul à vouloir favoriser l’enseignement en anglais. Le 12 février dernier, 36 sénateurs socialistes ont déposé un autre projet de loi qui va dans le même sens. Celui-ci concerne « l’attractivité universitaire de la France ».


Les sénateurs veulent surtout faciliter l’entrée en France des étudiants étrangers. Mais ils proposent aussi d’autoriser l’utilisation d’une langue étrangère dans l’enseignement, les examens et les concours « pour les étudiants ne justifiant pas d’une connaissance suffisante du français ». Il s’agit pour une large part, disent-ils, de légaliser une pratique de plus en plus courante qui enfreint le code de l’éducation et la loi Toubon. On estime qu’en France, environ 30 % des cursus des écoles d’ingénieurs et 80 % de ceux des écoles de commerce sont déjà en anglais. La plupart de ces écoles sont dans l’illégalité.


Selon François-Xavier Grison, les sénateurs cèdent ainsi aux pressions d’un lobby universitaire pour qui « le français serait un frein à nos échanges avec le monde ». Le président de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), Pierre Tapie, réclame depuis longtemps l’autorisation de dispenser plus de cours en anglais. « Si nous ne nous mettons pas plus à l’anglais, nous allons perdre 95 % des meilleurs [étudiants] étrangers », déclarait-il au Figaro.


Un argument qui ne convainc pas tous les universitaires. Selon le collectif de scientifiques Indépendance des chercheurs, « la langue française est sacrifiée dans nos propres universités au nom d’une prétendue “ attractivité ” ». Devant le projet de loi Fioraso, le député Jean-Jacques Candelier (PCF), soutenu par plusieurs de ses collègues, a demandé à l’Assemblée nationale la création d’une commission d’enquête sur les « dérives linguistiques actuelles en France ».


Dès jeudi, une journée nationale de grève est prévue contre le projet de loi Fioraso. Mais les syndicats se mobilisent pour l’instant principalement contre d’autres mesures du projet qui, disent-ils, vont accentuer la précarité des universités et de la recherche.

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