Un projet de loi vise à permettre plus d’anglais dans les universités françaises

Le projet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, entend, selon ses mots, adapter les universités françaises à « la concurrence internationale ».
Photo: Agence France-Presse (photo) Thomas Samson Le projet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, entend, selon ses mots, adapter les universités françaises à « la concurrence internationale ».

Paris — Il n’y a pas que l’école HEC Montréal qui suscite la controverse en augmentant le nombre de ses cours dispensés en anglais. Ce matin, le conseil des ministres français examinera un projet de loi qui vise notamment à faciliter l’enseignement en anglais dans toutes les universités françaises. Selon les mots de la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, il s’agit d’adapter les universités françaises à « la concurrence internationale ». Or, parmi les articles du projet qui ont suscité les plus vives critiques, s’en trouve un qui ouvre toute grande la porte à l’enseignement en anglais.

Le second article du projet de loi propose en effet d’autoriser les universités à mettre en place des formations intégralement en langues étrangères. Autrement dit, il s’agit d’enseigner en anglais afin de concurrencer les grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. La ministre ne s’en cache pas. « Pour développer la Francophonie, il faut être en mesure d’attirer dans nos établissements des talents d’Inde ou de Chine, dit-elle. Paradoxalement, c’est par les langues étrangères que nous ferons vivre la Francophonie ! » Geneviève Fioraso s’est donné pour objectif de faire passer de 12 % à 15 % le nombre d’étudiants étrangers en France.


« Avec cette loi, un jeune Français étudiant par exemple la comptabilité pourra suivre tous ses cours en anglais, dit François-Xavier Grison, responsable d’une pétition contre la réforme qui a déjà recueilli 6000 signatures. Demain, une université pourra, si elle le désire, imposer à ce même étudiant de suivre ses cours en anglo-américain. Nous formerons des comptables qui ne connaîtront même plus la terminologie française de leur métier. »


Même si elle n’est pas toujours respectée, la loi actuelle est beaucoup plus restrictive. Elle stipule que « la langue de l’enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires dans les établissements publics et privés d’enseignement est le français ». Les exceptions ne concernent que les cours dispensés par des enseignants étrangers associés ou invités. La loi Toubon relative à l’utilisation du français prévoit aussi des exceptions pour les établissements dispensant un enseignement « à caractère international ».


Le projet qui sera bientôt étudié étendra ces exceptions à tout enseignement dispensé dans le cadre d’un accord avec un établissement étranger ou bénéficiant d’un financement européen. Comme la France est un des principaux pays contributeurs à l’Union européenne, « nous allons payer pour expulser nous-mêmes la langue française de l’enseignement et de la recherche », affirment les opposants dans la pétition diffusée sur Internet.


Question d’« attractivité » ?


Le projet Fioraso n’est pas le seul à vouloir favoriser l’enseignement en anglais. Le 12 février dernier, 36 sénateurs socialistes ont déposé un autre projet de loi qui va dans le même sens. Celui-ci concerne « l’attractivité universitaire de la France ».


Les sénateurs veulent surtout faciliter l’entrée en France des étudiants étrangers. Mais ils proposent aussi d’autoriser l’utilisation d’une langue étrangère dans l’enseignement, les examens et les concours « pour les étudiants ne justifiant pas d’une connaissance suffisante du français ». Il s’agit pour une large part, disent-ils, de légaliser une pratique de plus en plus courante qui enfreint le code de l’éducation et la loi Toubon. On estime qu’en France, environ 30 % des cursus des écoles d’ingénieurs et 80 % de ceux des écoles de commerce sont déjà en anglais. La plupart de ces écoles sont dans l’illégalité.


Selon François-Xavier Grison, les sénateurs cèdent ainsi aux pressions d’un lobby universitaire pour qui « le français serait un frein à nos échanges avec le monde ». Le président de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), Pierre Tapie, réclame depuis longtemps l’autorisation de dispenser plus de cours en anglais. « Si nous ne nous mettons pas plus à l’anglais, nous allons perdre 95 % des meilleurs [étudiants] étrangers », déclarait-il au Figaro.


Un argument qui ne convainc pas tous les universitaires. Selon le collectif de scientifiques Indépendance des chercheurs, « la langue française est sacrifiée dans nos propres universités au nom d’une prétendue “ attractivité ” ». Devant le projet de loi Fioraso, le député Jean-Jacques Candelier (PCF), soutenu par plusieurs de ses collègues, a demandé à l’Assemblée nationale la création d’une commission d’enquête sur les « dérives linguistiques actuelles en France ».


Dès jeudi, une journée nationale de grève est prévue contre le projet de loi Fioraso. Mais les syndicats se mobilisent pour l’instant principalement contre d’autres mesures du projet qui, disent-ils, vont accentuer la précarité des universités et de la recherche.

31 commentaires
  • Eric Shannon - Inscrit 20 mars 2013 05 h 34

    Contexte différent

    Je vis en France depuis 2007, en tant que prof. d'anglais et traducteur. D'une part, le contexte de l'anglais en France est très différent de celui du Qc et d'autre part, cela démontre le danger auquel se soumet le Qc en limitant l'accès aux cours d'anglais au primaire. La France perd effectivement en compétitivité et les français souffrent de leur faiblesse en anglais (je l'entends tous les jours...). La France est tellement mauvaise en langues secondes (particulièrement en anglais) que sa population n'osent pas postuler sur des postes parce que l'anglais y est requis, alors qu'ils en rêvent. Ils sont donc en situation d'isolement. En limitant l'enseignement de l'anglais, le Qc creuse son fossé avec l'international, ce qui nuirait grandement à une souveraineté éventuelle, tant au niveau économique que politique.

    Voir l'anglais comme un ennemi afin de protéger le français est une manière manichéene et démagogique d'entrevoir les choses. On peut protéger et faire la promotion du français (sa langue et sa culture) sans tenter d'éliminer l'anglais de la province. Nous devrions être fiers de pouvoir parler deux langues correctement. Parce qu'en France... c'est une catastrophe et ils en souffrent. Est-ce vraiment ce que le Qc veut ?

    • Jean Richard - Abonné 20 mars 2013 09 h 51

      Qui voit l'anglais comme un ennemi au Québec ? Qui a parlé d'éliminer l'anglais au Québec ? On croirait lire un éditorial de The Gazette ou du National Post, ou écouter un discours de l'ex-premier ministre Charest.

      Il faut parfois être aveugle pour ne pas voir qu'il y a au Québec une survalorisation de l'anglais (quand on est prêt à sacrifier une année scolaire pour y enseigner l'anglais, n'est-ce pas faire en sorte pour que les francophones aient une année de retard sur les anglophones ?), une surestimation de sa nécessité (mais oui, les mécanos, les plombiers, les cuisiniers, les chauffeurs d'autobus de demain vont faire affaire avec l'international) et par ricochet, une dévalorisation du français. Le français inutile, c'est ce vers quoi on veut orienter le Québec. Le français folklorisé, c'est une réalité en pleine croissance au Québec.

      Et ces pauvres Français qui souffrent parce qu'ils ne parlent pas bien l'anglais (pourtant, malgré leur fort accent, ils se font très bien comprendre, j'en suis témoin), on veut les convaincre, et ce sera facile, que leur langue est aussi du folklore – le mot ringard se vend mieux là-bas).

      Étrange que ce mal français ne se retrouve pas en Allemagne. À l'échelle de la planète, l'allemand est beaucoup moins parlé que le français et pourtant, les Allemands ne semblent pas s'en faire de complexes.

    • Eric Shannon - Inscrit 20 mars 2013 11 h 28

      @ M. Richard,

      De part votre rhétorique, vous avez bien illustré mon propos. Merci.

    • Eric Shannon - Inscrit 20 mars 2013 11 h 32

      "l'allemand est beaucoup moins parlé que le français et pourtant, les Allemands ne semblent pas s'en faire de complexes."

      C'est parce qu'ils parlent tous anglais.

    • Laurence Pelletier - Inscrite 20 mars 2013 13 h 08

      M. Shannon, votre connaissance de l'Europe semble s'arrêter à la France.

      Les Allemands sont loin de parler tous anglais. Ou bien je ne sais pas dans quelles villes vous avez bien pu voyager pour rester avec cette impression.

      Pour mon expérience, le pays où il y a le plus de bilingues (trilingues!), c'est aux Pays-Bas. Là, en effet, c'est très difficile de trouver quelqu'un qui ne parle pas anglais.

      Et je crois que nous n'avons pas la même définissions du mot réthorique. Mais c'est un autre sujet.

    • Jean Richard - Abonné 20 mars 2013 13 h 19

      Une petite étude sur le niveau d'anglais dans divers pays.

      http://www.ef.com.es/epi/europe/france/

      Avec plus de 54 %, la France est loin de l'unilinguisme avec lequel on tente de la définir. Elle n'est pas si loin de l'Allemagne avec ses 59 % (résultat gonflé par les jeunes car les Allemands plus âgés, et j'en connais quelques uns, ont souvent un anglais très minimal). Elle se compare à l'Italie ou à l'Espagne. Elle dépasse la Chine, le Brésil et le Mexique, des pays dits émergents.

      On pourrait plutôt déplorer que si peu de Français parlent espagnol, la langue de leurs voisins immédiats (ce n'est pas le catalan qui lui barre la route), une langue qui n'est pas si loin de l'anglais au niveau de la pénétration mondiale, et qui est la langue officielle de plus de 20 pays, fait non négligeable si on tient à parler d'internationalisme.

    • C GUIBBS - Inscrit 20 mars 2013 14 h 46

      @ Jean Richard

      Merci d'enfoncer un coin dans cette vaste illusion d'une France imperméable à l'anglais. La Commission Européenne confirme également cette analyse : environ 40 % des Français peuvent tenir une conversation courante en anglais...soit autant que les Japonais ou les Québecois et, comme vous l'avez dit, plus que dans les pays émergents.

      Toutefois, entre savoir tenir une conversation et adhérer aux valeurs véhiculées par la langue anglaise...il y a tout un monde !

      Concernant l'espagnol, sa faible connaissance en France (et en Europe) est à mettre sur le compte des graves difficultés économiques que traverse l'Espagne. En Europe, cette langue (loin derrière l'allemand ou l'italien en nombre de locuteurs) est plutôt vue comme une langue des Amériques.

    • Francois Lamoureux - Inscrit 20 mars 2013 19 h 14

      Voici un petit coup de serpent à sonnette pour ceux qui dorment et pour ceux qui pensent que la langue française est une langue morte.

      www.fll.vt.edu/french

      Cliquez plus bas. sur "Why study french?"

    • Camille JURIE-JOLY - Inscrit 21 mars 2013 01 h 09

      @Jean Richard: Bien que je partage votre point de vue sur le fait que les français ne soient pas pires en anglais que la plupart des populations des pays industrialisés. Je pense cependant que cette étude surestime le niveau d'anglais en France. J'ai lu la méthodologie et il semblerait que les tests d'évaluation soient fait en ligne. Je pense pourtant que c'est à l'oral que le bât blesse en France. J'en suis la preuve vivante. Je peux comprendre à peu près 80% du site en espagnol que vous avez mis en ligne et je suis capable de lire des livres et des articles scientifiques en anglais. Par contre tenir des conversations poussées, il faut l'admettre je n'en suis pas capable.
      Les Français imperméables à l'anglais, certaienement pas. Les Français fuyant l'anglais oral par peur du ridicule, oui certainement.

    • Eric Shannon - Inscrit 21 mars 2013 08 h 31

      @ L. Pelletier

      Pour avoir étudier à Berlin pendant plusieurs mois, je pense avoir une bonne impression de la ville, bien que je ne connaisse pas le pays au complet. Peut-être pourriez-vous m'aider à ce niveau si vous avez une autre expérience.

      Je crois que vous avez raison. Nous n'avons pas la même "définissions", ni la même épellation de "rhétorique". Mais pour avoir étudier la linguistique et la rhétorique, je pense aussi comprendre ses multiples sens. Il est toutefois difficile d'exposer un argumentaire en 2000 mots.

      Les Pays-Bas sont effectivement très habiles à parler plusieurs langues, ainsi que la Belgique et les pays scandinaves qui eux maîtrisent bien l'anglais. Ce qui en fait un excellent exemple. Le Qc adore se comparer à la Norvège et à la Suède au niveau politique sociale. Et malgré le fait qu'ils n'ont pas peur d'être bilingues, leur intégrité identitaire ne semble pas menacer.

      Et pour la France vs. l'Europe, comme j'ai mentionné dès le début, le contexte est très différent. La France a bien d'autres problèmes qui font qu'elle a de la difficulté avec l'anglais. Ça fait 6 ans que j'enseigne l'anglais en entreprise et après avoir fait une étude de marché d'envergure sur le sujet, je pense pouvoir affirmer "qu'ils en arrachent...".

  • Yves Balle - Inscrit 20 mars 2013 06 h 01

    Le français n'est pas un frein aux échanges avec le monde

    C'est une posture idéologique et dogmatique de croire que le français est un frein aux échanges avec l'étranger. En effet :

    - Voter les dispositions législatives incrimnées par l'article revient à renier les pays francophones et à renoncer, pour les Français, à un facteur de confort, d'efficacité et d'identité : leur langue !

    - Les étudiants étrangers ne viennent pas en France parce que l'on y parle l'anglais mais... parce que l'on y parle le français justement.

    - Une langue n'est pas neutre mais au contraire porteuse de valeurs : imposer l'anglais revient à imposer une pensée et une culture étrangères à la France et, à terme, à abandonner le pouvoir aux anglophones.

    J'ai trouvé le lien vers la pétition qui est mentionnées dans l'article :

    http://www.petitions24.net/contre_la_loi_esr_fiora

    Bravo pour cet article !

    • Michel Leduc - Inscrit 20 mars 2013 10 h 28

      Il faut être aveugle pour ne pas constater l'omniprésence de l'anglais dans la région de Montréal et le fait que la majorité des jeunes québécois de la région sont bilingues.

    • Eric Shannon - Inscrit 20 mars 2013 11 h 29

      "et, à terme, à abandonner le pouvoir aux anglophones."

      Joli délire de persécution.

    • Richard Swain - Abonné 20 mars 2013 21 h 51

      @Yves Balle : Merci bien d'avoir fourni ce lien. On est plusieurs milliers qui ont déjà signé la pétition.

  • François Dugal - Inscrit 20 mars 2013 07 h 53

    Parole d'évangile

    «Si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on?» - Évangile selon St-Matthieu, 5, 13

  • Jean Lapointe - Abonné 20 mars 2013 09 h 18

    On dirait que les Français ne voient pas le danger

    Mon impression d'ici c'est que les Français se sentent tellement sûrs d'eux qu'ils ne craignent absolument pas de perdre leur langue.

    Mais j'ai aussi l'impression qu'ils s'illusionnent.

    A mon avis, ils sous-estiment les dangers qu'il y aurait à permettre plus d'anglais dans les universités et ailleurs.

    On dirait qu'ils ont développé un complexe. On dirait que trop d'entre eux se sentent inférieurs parce qu'ils ne connaissent pas suffisamment l'anglais.

    On dirait que, pour eux, de plus en plus, apprendre l'anglais c'est s'élever dans le monde.

    Je me demande si la raison principale ce ne serait pas qu'ils en seraient venus eux aussi à considérer le développement économique comme étant ce qu'il y a de plus important dans la vie.

    Or, comme ils ont perdu du terrain dans ce domaine, ils en sont venus à se dire que c'est que parce qu' ils ne seraient pas aussi bons que les anglo-saxons. D' où la nécessité d'apprendre leur langue pour pouvoir se mesurer à eux.

    Pourtant ils auraient tout avantage à tabler sur ce qui les distingue des anglo-saxons, au lieu de les imiter, pour retrouver une place importante dans le monde.

    La France aurait intérêt à tabler davantage sur ce qui la distingue des autres pays pour avancer plutôt que d'essayer de faire comme les anglo-saxons.

    D'ici, du Québec, je me désole de voir ce qui est en train de se passer en France. J'espère qu'ils vont réagir au plus vite , comme nous tentons de le faire ici au Québec.

    Il faut essayer de voir à plus long terme plutôt que de se cogner le nez sur les réussites des anglo-saxons dans le domaine économique et d'aspirer à faire comme eux.

    • Monique Deschaintres - Abonnée 20 mars 2013 09 h 51

      Tout à fait d'accord avec vous Mr lapointe. En effet les français ne savent plus quoi inventer pour sortir la tête de l'eau mais ils vont certainement dans la mauvaise direction en voulant être ce qu'ils ne seront jamais, des anglos saxons soit disant "gagnants". Vivement que la France retrouve la fierté son identité, ce qui n'empêche pas son évolution.

    • Jean Boucher - Inscrit 20 mars 2013 10 h 48

      « Je me demande si la raison principale ce ne serait pas qu'ils en seraient venus eux aussi à considérer le développement économique comme étant ce qu'il y a de plus important dans la vie »

      La langue anglaise comprend environ 50% de mots français depuis Guillaume le Conquérant (propos entendus à TV5 et lus dans des médias de l'Hexagone). Encore un petit effort et la langue anglaise va peut-être disparaître!/?*

      Heureusement qu'il y a encore des communistes! Tant qu'à dériver, ce serait encore plus "payant" pour les universités de France, ça ne va pas bien chez les économies des USA et du RU, de se mettre à enseigner le mandarin, cantonais, japonais ou l'arabe!

      C'est peut-être celà le socialo-capitalisme mondialiste, même le pape y participe activement lorsqu'il "tweete" en anglais, qui compte ici de nombreux apôtres solidaires, toutes idéologies, religions et missionnaires confondus.

    • Camille JURIE-JOLY - Inscrit 20 mars 2013 11 h 48

      N'ayez aucune inquiétude, 85% des français ne connaissent absolument rien à l'anglais et n'en ont pas grand chose à faire. Mon niveau d'anglais est vraiment moyen et j'ai eu un bacchelor (licence) en France. Les problèmes qui sont rencontrés avec les examens en anglais ne concernent que les grandes écoles (HEC et compagnie), c'est à dire des écoles qui tendent vers l'international (finance, certains secteurs de l'ingénierie etc...). Il est clair que dans ce type de cursus l'anglais est aujourd'hui indispensable (le français n'est plus la langue internationale comme au 14éme siècle). Je suis en sciences politiques à l'UDEM et il est clair que j'ai dû faire des efforts en anglais (et il m'en reste à faire) sinon c'est l'échec et derrière les débouchés professionnels dépendent de ça.
      Je ne rejoint cependant pas les propos de la ministre qui cherche à rendre les universités françaises attractives internationalement. On ne concurrence pas avec un système public et quasiment gratuit des universités privées qui sont des machines à faire de l'argent. C'est juste ridicule. La loi comme l'ont souligné les sénateurs PS doit être adaptée à certaine réalités des grandes écoles, mais les diplômes universitaires doivent rester en français. Rien ne justifie dans ce secteur une anglicisation des diplomes et des cours.

    • Eric Shannon - Inscrit 20 mars 2013 12 h 47

      "Mon impression d'ici c'est que les Français se sentent tellement sûrs d'eux qu'ils ne craignent absolument pas de perdre leur langue."

      De la France même, où je vis depuis 6 ans, est le contraire. Cette fausse assurance cache un profond sentiment d'infériorité. L'arrogance sert à masquer.

      "ils en seraient venus eux aussi à considérer le développement économique comme étant ce qu'il y a de plus important dans la vie."

      Au delà de l'économie, il y a la culture. Échanger avec d'autres cultures est enrichissant à tous les niveaux.

      "parce qu' ils ne seraient pas aussi bons que les anglo-saxons."

      Pas du tout. C'est parce que le contexte est à la mondialisation. Il faut une langue commune pour pouvoir s'enrichir, autant au niveau culturel, qu'intellectuel et économique. Cela ne veut pas dire pour
      autant renier sa langue et sa culture.

      "Il faut essayer de voir à plus long terme plutôt que de se cogner le nez sur les réussites des anglo-saxons dans le domaine économique et d'aspirer à faire comme eux."

      Justement. À long terme, les échanges avec les autres pays seront de plus en plus fréquents. Si il n'y a pas de langue commune pour échanger, on va rester dans son coin.

      Se fermer à l'anglais comme le fait le Qc est très dangereux. Ça provoque un climat isolationiste qui ne résistera pas dans le temps. Ça ralentit le développement autant culturel, que politique et économique. Ça nous garde dans notre coin.

      Je salue les jeunes générations qui embrassent le biliguisme et qui n'ont rien à faire des vieilles gué-guerres passées. Parce que c'est de ça qu'il s'agit au Qc. Cette vieille peur de retourner pré-révolution tranquille. C'est de la paranoïa ça. Les vieilles générations retiennent le progrès et c'est tout le Qc qui en pâtit. Les souverainistes sont leurs pires ennemis.

  • C GUIBBS - Inscrit 20 mars 2013 11 h 05

    Affaire de priorités

    C'est drôle de voir qu'au Québec, on se soucie de la transition de l'enseignement supérieur français vers plus d'anglais...de ce côté-ci de l'Océan, pas un journal, ni émission de Télé ne relate cette évolution pourtant fondamentale, qui changera les mentalités dans le pays.

    Ce qui fait les gros titres ici, ce sont plutôt les conséquences de la quasi-faillite de Chypre !

    Il faut dire que tous nos voisins (même les Italiens !) se sont mis à l'enseignement supérieur en anglais, comment pourrions-nous y résister ? Il s'agit là seulement de s'adapter à la réalité économique du moment.

    Dans tous les cas, comparer les situations du français en Europe et en Amérique n'est pas pertinent : il y a 10 fois plus de francophones en Europe, et la communauté anglophone a un poids marginal en France. Ce sont plutôt les langues régionales qui patissent de la concurrence avec l'anglais.

    • Gilles Théberge - Abonné 20 mars 2013 13 h 48

      Copernic en son temps a du publier en Latin pour être lu. Je ne m'étonne pas qu'en certains milieux la langue des échanges soit devenue ce qu'elle est maintenant.

      Le problème avec ça, c'est qu'il ne semble pas y avoir de mesure. La vertu est dans l'équilibre écrivait Thomas d'Aquin. Mais au train où vont les choses vu de notre bord de la grande mare, ça ne peut évidemment pas avoir le même sens que de votre côté monsieur Guibreteau.

      Je ne doute pas qu'en France vous soyez suffisamment nombreux pour consrver la langue Nationale. qui est aussi la mienne. De plus vous êtes entourés de langues différentes, Espagnol, Allemand, flamand, Italien, Portugais, Catalan. Nous, à 360 degrés ce sont des anglos-saxons.

      Notre problème ici ce n'est pas de pouvoir ou non utiliser l'anglais d'une façon utilitaire. Notre problème, c'est que l'anglais veut remplacer le français comme langue de convergence et langue commune, partout dans l'espace public. D'où le conflit permanent entre francophiles et anglophiles.

      Je dirais même qu'une certaine partie des québécois est pratiquement devenue anglomane. Certains ne font plus la différence entre langue première et langue seconde. C'est ça qui est grave dans notre situation.

      Mais une étude du British council publiée il n'y a pas très longtemps jette un doute sur la pérennité à long terme de l'hégémonie de l'anglais à travers le monde. Je vous invite à en prendre connaissance : http://www.britishcouncil.org/learning-research-en

      Je ne crois pas du tout que comme le dit péremptoirement monsieur Éric Shannon ci-haut, que tous les Allemands parlent anglais. Et je ne crois surtout pas que 1 milliard trois cent millions de chinois vont devenir anglophones, à fortiori quand la Chine aura enfin l'assurance d'être la première Nation du monde... Un Empire qui n'impose pas sa langue et sa culture, ça n'existe pas.

      Ce ne serait pas bête de se mettre au Cantonais. Monsieur Shannon devrait-il se recycler pendant qu'il en

    • Eric Shannon - Inscrit 21 mars 2013 17 h 15

      @ M. Théberge

      J'ai vécu et enseigné à Taiwan et en Chine et j'ai pensé me mettre au mandarin, qui n'est pas si difficile à parler et comprendre --le lire et l'écrire est une autre paire de manches par contre.

      "Notre problème, c'est que l'anglais veut remplacer le français comme langue de convergence et langue commune, partout dans l'espace public. D'où le conflit permanent entre francophiles et anglophiles."

      Je vous rejoins sur bien des points, mais pas sur ce que vous dites ici. L'anglais, même au Qc, ne cherche pas à remplacer le français. Et les mesures en place sont là pour s'en porter garantes. Le problème avec l'anglais au Qc est un problème de faible identité de la nation. Depuis la révolution tranquille, la majorité francophone se bat pour affirmer son identité, ce qui est normal. Toutefois, en se battant pour "être" on se garde dans une position de victime. Qui dit victime, dit oppresseur. Or l'anglais au Qc n'est pas une menace pour le français, grâce à la charte qui protège la langue. Il faut protèger la langue et la culture française au Qc. Mais cela ne veut pas dire rester dans une position de victime imaginaire qui n'a plus l'oppresseur de jadis. Cela ne veut pas dire empêcher des gens d'apprendre l'anglais à un âge où c'est plus simple et plus facile.

      Plusieurs pays d'Europe du nord parlent très bien l'anglais. Ils ont pourtant gardé leurs langues, leurs cultures et leurs identités porpres. Avec des bons chiens de gardes, la même chose est possible au Qc. Ça permettrait peut-être enfin au Qc de sortir de son délire de persécution contre un anglais imaginaire qui soi-disant voudrait sa ruine.